société
Femmes de Dakhla – Par Seddik Maanionou
« Il y a des aventures qui naissent d’une intuition, d’un souffle, d’une conviction intime, presque viscérale, parfois même d’un devoir silencieux. Des aventures que l’on commence sans encore en connaître l’ampleur, mais avec la conviction intime qu’un geste juste est en train de naître. Notre Forum MD Sahara appartient à cette catégorie rare des projets qui dépassent très vite la simple idée d’un événement. » (Souad Mekkaoui)
Dakhla, le cinquième Forum MD Sahara a offert bien plus qu’un espace de réflexion institutionnelle. Seddik Maaninou revient sur cette rencontre organisée par Maroc Diplomatique à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Marche verte et du soixante-septième anniversaire de l’Indépendance. Placée sous le signe de « l’unité nationale et de l’ambition continentale », le Forum a mis en lumière une réalité marquante du Maroc contemporain : l’engagement central des femmes dans les dynamiques politiques, culturelles, diplomatiques et territoriales du Royaume, notamment dans les provinces du Sud, devenues un laboratoire vivant du Maroc de demain.

Seddik Maaninou
J’ai récemment participé dans la ville de Dakhla au cinquième Forum organisée par Maroc Diplomatique sous le thème : « Unité nationale et ambition continentale », à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Marche verte et du soixante-septième anniversaire de l’Indépendance.
Souad, la militante
Dans les coulisses de la rencontre, j’ai été frappée par le nombre important de femmes prenant part à ces journées d’étude. Après avoir écouté leurs interventions, j’ai acquis la conviction que la femme marocaine est aujourd’hui au premier plan des événements et qu’elle contribue pleinement à accompagner le Maroc nouveau… le Maroc de Mohammed VI.
Souad Mekkaoui, présidente du Forum, a veillé au moindre détail, petit ou grand, afin d’assurer la réussite de cette rencontre. Pendant plusieurs semaines, elle a assuré de bout en bout la logistique, est restée en contact avec les invités, a préparé les thématiques de discussion, réservé les billets d’avion, dispatché les hôtels et inspecté la salle de conférence. Malgré la fatigue, elle est apparue rayonnante dans son allocution, déclarant : « La Marche verte demeure une source d’inspiration et un symbole éternel de l’unité nationale, ainsi qu’un levier du rayonnement du Royaume aux niveaux africain et international. »
Les deux ministres
Les travaux se sont poursuivis avec l’intervention d’Amal El Fallah Seghrouchni, ministre de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration. La ministre s’est exprimée dans un langage technique reflétant sa spécialité et a estimé que « la digitalisation constitue une locomotive du développement humain dans les provinces du Sud ».
Leïla Benali, ministre de la Transition énergétique, a affirmé, elle, que les efforts déployés dans les provinces méridionales « feront du Sahara atlantique un corridor d’ouverture et de connexion entre deux continents ». Elle a ensuite exposé avec compétence les différentes étapes du développement durable dans le Sud marocain.
Les secrets
Le journaliste Adil Abdel Ali m’a invité ensuite à la tribune pour un échange autour des souvenirs et des secrets de la Marche verte. Dans une atmosphère empreinte d’émotion, j’ai rappelé les étapes de cette mobilisation humaine libératrice et informé l’assistance que la décision d’organiser la Marche avait été prise par feu Hassan II dans la nuit du 19 août 1975, au Palais royal de Fès. J’ai également précisé qu’il avait envisagé de diriger lui-même la Marche lors du franchissement des frontières, mais que plusieurs hauts responsables de l’État l’avaient supplié de renoncer à cette initiative, bien que toutes les dispositions nécessaires aient déjà été prises.
Le photographe de renom Mohamed Maradji a, quant à lui, partagé une série de souvenirs en s’appuyant sur des clichés qu’il avait pris le jour du lancement de la Marche.
À la fin de mon intervention, mon ami Naïm Kamal me glissa : « Je m’attendais à ce que ton intervention se fasse en arabe… » J’ai souri, ne sachant s’il était surpris par mon français, ou voulait-il me reprocher de l’avoir utilisé ?
Trois femmes
Par la suite, Neila Tazi, activiste culturelle, militante politique et présidente de Commission des Affaires étrangères, de la défense nationale et des Marocains résidant à l'étranger à la Chambre haute d Parlement, a pris part au débat avec une intervention sur « Le Sahara, mémoire vivante de la souveraineté culturelle ». Comme à son habitude, elle a fait preuve d’une parfaite maîtrise du sujet et d’une grande qualité de suivi et d’analyse.
À la table du déjeuner, je me suis retrouvé entouré de femme. A ma droite Aïcha Douihi, spécialiste et chercheuse en droits de l’homme, fondatrice de l’Observatoire pour la paix en Suisse. À ma gauche se trouvait Gjoumoula Boussif, présidente de l’Observatoire du Sahara pour le développement économique. La discussion a porté sur les interventions remarquables de ces deux jeunes femmes sahraouies, ainsi que sur leurs activités au Maroc et à l’étranger. Elles portaient toutes deux la « melhfa » traditionnelle, choisie dans de magnifiques couleurs.
Le Premier ministre
En soirée, j’ai été honorée lors d’une cérémonie au cours de laquelle l’ancien Premier ministre, Driss Jettou, a bien voulu me remettre un trophée. Lorsque je l’ai remercié, il m’a répondu : « C’est moi qui vous remercie et qui salue vos efforts… c’est un honneur pour moi de vous avoir rencontrée. » Cet homme est resté d’une grande courtoisie et d’une profonde bienveillance, laissant le souvenir de son sérieux, de sa compétence et de son intégrité.
De retour à ma table, Laila Beniss, présidente de l’Association Portail de Fès , m’a félicité. Je lui présenté à cette occasion Omar Hilale, ambassadeur du Maroc auprès des Nations unies, qu’elle a invité en vue d’un hommage dans la capitale spirituelle du Royaume. À ses côtés, Bahia El Amrani, journaliste dynamique, fondatrice et animatrice du Reporter, m’a également adressé ses félicitations, me disant : « Tu le mérites amplement. »
Le grand port
Le troisième jour, nous avons visité le port de Dakhla, encore en cours de construction. Nous avons été accueillis par la toujours souriante Nesrine Ouzzi, responsable du grand projet. Elle nous a expliqué que « ce projet n’est plus un simple plan ni une ambition, il est désormais une réalité et son avancement est à 50 % », précisant qu’il nécessite la mobilisation de tous : « Le port est un espace de réflexion stratégique pour l’avenir du Maroc en Afrique. Des défis nous attendent, appelant des solutions réalistes et durables. »
Hiam et Sakina
Je me suis alors rappelé l’intervention de Houyam Benhamou, spécialiste en communication et conseillère auprès de la Fédération internationale de football, qui avait affirmé : « Le sport est un levier de la diplomatie marocaine et de son rayonnement international, de l’unité nationale à l’ambition continentale. » C’est dire que ces journées ont été particulièrement riches par la diversité des interventions et des activités, incarnant pleinement l’esprit de « Femmes de Dakhla ».
Sur le chemin de l’aéroport, Sakina Agoujil m’a offert son premier ouvrage intitulé « Invitation à la découverte de Dakhla ». Souriante, elle m’a confié : « Je suis née à Dakhla et j’y ai fait mes études avant de rejoindre l’université. » Elle a réajusté sa melhfa élégante et exprimé le souhait que je découvre le contenu de son livre.
La réussite
Les femmes de Dakhla ont pris part à l’ensemble des conférences et suivi toutes les interventions de ministres et de spécialistes marocains et étrangers. Les axes principaux ont porté sur cinquante années d’intégration, de développement et de gouvernance territoriale, ainsi que sur l’investissement dans le Sahara en vue de bâtir un modèle économique durable.
A Souad Mekkaoui, j’ai dit que je serais heureux, un jour, de la féliciter lors de la remise de ses lettres de créance en tant qu’ambassadrice du Maroc. Elle a souri et s’est éclipsée, se préparant sans doute à une nouvelle aventure.
Pour toutes ces rencontres et ce moment, un grand merci à Souad, et félicitations pour le succès de la cinquième édition du Forum MD Sahara.