société
Marocains : entre passé et modernité - Ahmed Laayouni
Héritage et traditions révolution numérique et montée des influenceurs
Héritage et traditions révolution numérique et montée des influenceurs, fragilisation du lien social et quête de repères, Ahmed Laayouni évoque dans ce billet une société marocaine encore à la quête des conditions d’une modernisation capable de fusionner identité, esprit critique et cohésion collective.

Ahmed Laayouni
Le Maroc change vite, et cela bouscule les citoyens. Aujourd’hui, les Marocains sont partagés entre deux mondes : le poids des traditions et la pression de la vie moderne (technologie, consommation). Ce décalage crée un vrai malaise.
La société avance à deux vitesses. D'un côté, le numérique progresse très vite à cause de la mondialisation. De l'autre, les mentalités changent très lentement. Les valeurs du passé ne suffisent plus pour comprendre le présent, et la modernité a été adoptée pour ses objets (smartphones, écrans), mais sans son esprit critique et scientifique.
Ce contraste est très visible sur Internet. Aujourd’hui, le pouvoir n'est plus aux mains des intellectuels, mais des influenceurs. Pour attirer du monde, ces derniers jouent sur les émotions et transforment les problèmes du quotidien en spectacle.
Ce phénomène est mondial. Face aux crises, les gens fatiguent et cherchent des réponses simples. C'est le piège des discours qui coupent le monde en deux : « nous contre eux ». Faire le buzz devient plus important que de faire réfléchir les citoyens.
Ce changement détruit le lien social. L'expression populaire « Kolchi baghi islek » (Chacun veut sauver sa peau) résume bien la situation : on passe de la citoyenneté à la survie individuelle. Le pays est parfois vu comme une simple gare de transit. L'émigration devient le seul espoir, et l'argent rapide le seul moyen de réussir, quitte à oublier la morale.
Pourtant, réussir la modernisation est possible. Le Japon et la Corée du Sud ont adopté le monde moderne tout en gardant leur culture. Le problème au Maroc, c'est un choix incomplet : nous avons gardé le côté rigide du passé et le côté superficiel de la modernité. Cela bloque le pays.
La colère et le repli sur soi ne s'arrêteront pas seuls. Si les inégalités économiques durent, la frustration va grandir. Pour changer les choses, il faut apprendre aux citoyens à analyser les informations au lieu de réagir sous le coup de l'émotion.
Pour s'en sortir, le Maroc a besoin d'institutions fortes, de justice et d'une école moderne qui apprend à réfléchir. Les sociétés ne progressent pas avec de fausses promesses, mais en regardant la vérité en face. Tant que la peur de l'avenir et le regret du passé domineront, les mêmes problèmes reviendront.