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À Bamako, les médias africains appellent à bâtir leur propre récit
L’Appel de Bamako considère que l’Afrique ne peut plus se contenter de voir son image façonnée principalement par des acteurs extérieurs
Réunis du 3 au 6 juin à Bamako à l’occasion de la première édition du Forum panafricain des médias (FOPAME), des professionnels de l’information venus de plusieurs pays africains ont adopté l’« Appel de Bamako », un texte qui plaide pour l’émergence d’une souveraineté narrative africaine. Les participants ont appelé à renforcer les capacités des médias du continent afin de produire des contenus capables de refléter les réalités africaines et de peser davantage dans les débats internationaux.
Une ambition : faire entendre la voix de l’Afrique
Pendant quatre jours, journalistes, responsables de médias, universitaires et experts ont débattu des défis auxquels fait face l’écosystème médiatique africain. Placé sous le thème « Unir les voix, renforcer les liens entre médias africains », le forum, dont le Maroc était l’invité d’honneur, a mis l’accent sur la nécessité pour le continent de maîtriser son propre récit.
L’Appel de Bamako considère que l’Afrique ne peut plus se contenter de voir son image façonnée principalement par des acteurs extérieurs. Les participants ont plaidé pour un journalisme davantage ancré dans les réalités locales, attentif aux transformations sociales, économiques et culturelles du continent, et capable de valoriser ses initiatives, ses innovations et ses réussites.
Cette démarche vise à promouvoir une représentation plus équilibrée de l’Afrique dans l’espace médiatique mondial, souvent dominé par des récits centrés sur les crises, les conflits ou les difficultés structurelles.
Former les journalistes de demain
La question de la formation a occupé une place centrale dans les discussions. Les participants ont appelé les établissements d’enseignement et les écoles de journalisme à adapter leurs programmes aux mutations profondes du secteur de l’information.
L’objectif est de préparer une nouvelle génération de professionnels capables de produire des contenus panafricains à fort impact, tout en maîtrisant les nouveaux outils numériques. Les signataires de l’Appel estiment également que le développement du journalisme de crise, de la vérification de l’information et de l’éducation aux médias constitue désormais une priorité stratégique.
Ils ont par ailleurs recommandé le renforcement des échanges entre rédactions, universités et centres de formation à travers le continent afin de favoriser la circulation des compétences et des expériences.
Les langues africaines au cœur du projet
L’un des axes majeurs du texte adopté à Bamako concerne la valorisation des langues africaines. Les participants considèrent que leur intégration plus large dans les médias, les plateformes numériques et les outils technologiques est essentielle à la préservation de la diversité culturelle du continent.
Selon eux, la souveraineté narrative ne peut être atteinte sans une meilleure représentation des langues locales dans les contenus d’information et de communication. Cette orientation est également perçue comme un moyen de toucher des publics plus larges et de renforcer l’appropriation des contenus médiatiques par les populations africaines.
L’Appel préconise ainsi des politiques favorisant la production multilingue et le développement de solutions technologiques adaptées aux réalités linguistiques du continent.
Le défi numérique et l’intelligence artificielle
Au-delà des questions éditoriales, les participants ont insisté sur l’urgence de renforcer les infrastructures numériques africaines. Ils recommandent notamment la création de centres de données, de plateformes de diffusion, de systèmes d’archivage et de réseaux de distribution capables de réduire la dépendance du continent envers les opérateurs étrangers.
Dans cette perspective, la constitution de banques africaines d’images, de vidéos, de données et de contenus documentaires apparaît comme un levier stratégique pour mieux maîtriser la production et la circulation de l’information.
Les débats ont également porté sur l’intelligence artificielle. Les participants ont plaidé pour le développement de modèles conçus à partir de données africaines et adaptés aux contextes culturels, sociaux et linguistiques locaux. Ils estiment que cette démarche constitue une condition essentielle pour éviter une reproduction des biais externes dans les technologies de demain.
Les échanges ont enfin abordé plusieurs thèmes majeurs, notamment la guerre de l’information, la coopération entre médias africains, le traitement de l’information en période de crise ainsi que les enjeux professionnels, sociaux et économiques auxquels sont confrontés les acteurs du secteur. Autant de questions qui témoignent de la volonté croissante des médias africains de construire un espace informationnel plus autonome et davantage connecté aux réalités du continent.