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Festivals, littérature et cinéma : le Maroc culturel au rythme de l’été
L’écrivain et plasticien marocain Mahi Binebine a présenté à Tanger son nouveau recueil de nouvelles, « Nokta – Traité du foin savant et autres... », lors d’une rencontre organisée à la Galerie Kent
De Tanger à Guercif, en passant par Rabat, Casablanca et Harhoura, l’actualité culturelle marocaine se distingue par une succession de rendez-vous consacrés à la littérature, aux musiques patrimoniales, à la culture amazighe et au cinéma. Présentation du nouveau recueil de Mahi Binebine, célébration du Tarab Al Ala, retour du festival Voix Amazighes, hommage au réalisateur Ahmed Boulane et projections les pieds dans le sable composent une programmation estivale placée sous le signe de la diversité, de la transmission et de la rencontre avec le public.
À Tanger, Mahi Binebine dévoile les récits décalés de « Nokta »
L’écrivain et plasticien marocain Mahi Binebine a présenté à Tanger son nouveau recueil de nouvelles, « Nokta – Traité du foin savant et autres... », lors d’une rencontre organisée à la Galerie Kent. L’événement a réuni des passionnés de littérature et d’arts plastiques autour de l’univers créatif de l’auteur, de son parcours et des thèmes qui traversent cette nouvelle publication.
Paru aux éditions Le Fennec simultanément au Maroc et en France, l’ouvrage rassemble 24 nouvelles réparties sur 121 pages. Son titre, « Nokta », signifie « blague ». Il annonce une écriture marquée par l’humour, l’ironie, l’absurde et la dérision. Derrière la volonté de faire sourire ou rire, Mahi Binebine invite toutefois ses lecteurs à réfléchir aux paradoxes de la condition humaine et aux contradictions du quotidien.
La rencontre s’est achevée par une séance de dédicace. Elle a également permis à la fondatrice de la Galerie Kent, Aziza Laraki Perellón, de présenter la nouvelle orientation de cet espace, jusque-là principalement consacré aux arts plastiques contemporains. La galerie souhaite désormais accorder davantage de place à l’édition et aux rencontres littéraires.
Né en 1959, Mahi Binebine est l’une des figures reconnues de la création marocaine contemporaine. Après des études de mathématiques à Paris et plusieurs années d’enseignement, il s’est consacré à la littérature et à la peinture. Auteur d’une douzaine de romans traduits dans plusieurs langues, il bénéficie aussi d’une importante reconnaissance internationale comme plasticien, certaines de ses œuvres ayant intégré la collection permanente du musée Guggenheim à New York.
Rabat célèbre un Tarab Al Ala vivant et renouvelé
La capitale accueille la neuvième édition du Festival régional de Tarab Al Ala, organisée dans plusieurs espaces culturels sous le thème « Tarab Al Ala, patrimoine vivant et renouvelé ». Initiée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, la manifestation entend consolider la place de cette musique parmi les composantes majeures du patrimoine marocain.
La soirée inaugurale, animée par l’Orchestre régional de Tarab Al Ala de Rabat-Salé-Kénitra, a proposé une sélection de pièces de la « Nouba Rasd Eddil ». Plus de 50 musiciens et chanteurs ont participé à ce concert consacré aux sonorités de la musique arabo-andalouse.
Cette édition intervient alors que Rabat porte en 2026 le titre de Capitale mondiale du livre de l’UNESCO. Pour les organisateurs, ce contexte renforce la vocation de la ville comme lieu de création, de transmission et de valorisation du patrimoine matériel et immatériel.
Le festival ne se limite pas aux concerts. Il comprend un colloque intitulé « Tarab Al Ala : de la mémoire orale au défi de la documentation scientifique », ainsi qu’une prestation d’une troupe féminine et une soirée de clôture assurée par de jeunes artistes. Quatre personnalités ont également été honorées : le musicologue Abdelaziz Benabdeljalil, le maestro Abdelkarim Lamarti, l’artiste Abderrahim Mouline et la chanteuse Bahaa Ronda.
La manifestation veut ainsi favoriser la transmission de cet héritage aux nouvelles générations, tout en encourageant la recherche, l’enseignement musical et la documentation académique.
Guercif donne de la voix à la culture amazighe
Les 28 et 29 juillet, Guercif accueillera la quinzième édition du festival « Voix Amazighes », sous le thème « La culture amazighe au service des causes nationales ». Organisé par l’Association Adrar à l’occasion de la Fête du Trône, l’événement réunira environ 124 artistes.
Le festival ambitionne de promouvoir la culture amazighe comme composante fondamentale de l’identité marocaine. Il vise également à enrichir l’offre culturelle de la région, à soutenir les artistes et à contribuer au développement du tourisme culturel.
Plusieurs formations patrimoniales provenant de différentes provinces du Royaume participeront aux soirées musicales. Le programme annonce notamment des groupes de Reggada et d’Ahidous de Guercif, Taza, Sefrou et Tahla. Les poètes Safia Jebbari, Rabia Boumehraz et Asmae Belkasmi prendront également part à la manifestation.
Le volet artistique sera complété par des conférences réunissant universitaires, experts et chercheurs. L’Association d’amitié franco-marocaine de Béziers sera l’invitée d’honneur. Des hommages seront rendus à l’artiste Abderrahim Charfi, installé en Espagne, et à Mimoun Rakeb, qui présentera son nouvel ouvrage consacré à la poésie bédouine et à la musique traditionnelle.
Des ateliers de dessin, de coloriage et d’initiation à l’écriture en tifinagh seront enfin proposés aux enfants, illustrant la volonté du festival d’associer animation populaire et transmission culturelle.
Ahmed Boulane revient sur un parcours entre théâtre et cinéma
À Casablanca, le Festival du film arabe a consacré une masterclass au réalisateur Ahmed Boulane, figure marquante du cinéma marocain. Cette rencontre a permis de revenir sur un parcours commencé dans les années 1970 et construit entre jeu d’acteur, théâtre, radio, écriture, casting et réalisation.
Ahmed Boulane a évoqué ses débuts aux côtés de personnalités comme Abderrazak Hakam, Larbi Doghmi et Mohamed Ahmed Basri. Il a également rappelé son expérience dans l’écriture de chansons, notamment « La Larme », interprétée par Atiqa Ammar.
Son installation en Italie lui a ensuite permis d’acquérir une expérience dans plusieurs métiers du cinéma, notamment comme assistant réalisateur et directeur de casting sur des productions internationales. Cette période a préparé son passage à la réalisation.
En 2000, il signe son premier long métrage, « Ali, Rabiaa et les autres ». Malgré une exploitation en salles limitée à trois jours, le film rencontre un succès critique et obtient plusieurs récompenses. Il demeure une œuvre importante dans la carrière du cinéaste, attaché aux sujets humains et sociaux.
La septième édition du Festival du film arabe de Casablanca se poursuit jusqu’au 24 juillet. Sa compétition officielle réunit 29 œuvres, dont 12 longs métrages et 17 courts métrages, auxquelles s’ajoutent plusieurs projections hors compétition.
À Harhoura, le cinéma prend ses quartiers sur la plage
Le Festival Ciné-Plage Harhoura revient du 21 au 26 juillet pour une septième édition organisée par l’Association marocaine de l’art sans frontières. Le rendez-vous associe projections, compétitions, formations et activités de sensibilisation dans un cadre estival ouvert au grand public.
Trois figures du cinéma et de la télévision marocains seront mises à l’honneur : Rachid El Ouali, Anas El Baz et Aïcha Mahmah. L’ouverture sera marquée par la projection de « Noud w Noud », réalisé par Jaouad El Khaoudi.
Deux compétitions sont prévues, l’une réservée aux longs métrages et l’autre aux courts métrages réalisés dans les écoles de cinéma. Des ateliers seront encadrés par Anas El Baz et Abdelilah Zirat, tandis que Noureddine Lakhmari et Rafik Boubker animeront deux masterclass.
Le festival ouvrira aussi le débat sur les transformations du secteur à travers deux tables rondes consacrées au cinéma face à l’intelligence artificielle et à ses liens avec les droits de l’Homme.
En marge des projections, des activités sportives se dérouleront à la plage Sidi El Abed. La manifestation participera également à la campagne « Plages propres » avec une marche réunissant des artistes. Cette programmation confirme la volonté de rapprocher le cinéma du public tout en associant création artistique, formation et responsabilité environnementale.