Actu
À Essaouira, l’arganier au cœur des stratégies de résilience climatique et de développement durable
Plus de 130 communications scientifiques ont été présentées durant les différentes sessions consacrées aux dimensions écologiques, biotechnologiques, socio-économiques et industrielles liées à l’arganier.
La 8e édition du Congrès International de l’Arganier s’est achevée à Essaouira après trois jours de rencontres scientifiques, institutionnelles et professionnelles consacrées aux enjeux de préservation, de recherche et de valorisation durable de l’arganier. Organisé autour du thème de la résilience hydrique et du développement de l’arganiculture, l’événement a réuni près de 500 chercheurs, experts et acteurs de la filière venus du Maroc et de l’étranger.
Une plateforme scientifique dédiée à l’avenir de l’arganier
Durant trois journées, Essaouira s’est transformée en carrefour international de réflexion autour de l’arganier et de ses multiples enjeux environnementaux, économiques et sociaux. Placée sous le thème « De l’Arganeraie à l’Arganiculture : l’Arganier, pilier de la résilience hydrique des écosystèmes, des territoires et des communautés », cette 8e édition du Congrès International de l’Arganier a confirmé la place centrale occupée par cette filière dans les stratégies marocaines de développement durable.
Organisé par l’Agence Nationale pour le Développement des Zones Oasiennes et de l’Arganier (ANDZOA), en partenariat avec l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), l’Agence Nationale des Eaux et Forêts (ANEF) et la Fédération Interprofessionnelle de la Filière de l’Argane (FIFARGANE), le congrès a réuni près de 500 congressistes issus du monde scientifique, institutionnel et professionnel.
Plus de 130 communications scientifiques ont été présentées durant les différentes sessions consacrées aux dimensions écologiques, biotechnologiques, socio-économiques et industrielles liées à l’arganier.
La cérémonie de clôture, présidée par le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, a été marquée par la signature de plusieurs conventions de partenariat destinées à renforcer la recherche appliquée, la formation technique et le développement durable de la filière.
L’ANDZOA a ainsi conclu des accords avec l’INRA, l’Institut Africain de la Nutrition des Plantes (APNI) ainsi qu’avec la société Managem. Ces conventions portent notamment sur l’amélioration des pratiques liées à l’arganiculture, le développement de programmes scientifiques, le renforcement des capacités techniques et la promotion de solutions innovantes destinées à améliorer la résilience de l’écosystème de l’arganier.
La clôture du congrès a également donné lieu à la remise des prix « Jeunes chercheurs » récompensant plusieurs travaux universitaires dans les catégories master, ingénierie et doctorat. Des distinctions ont aussi été attribuées dans le cadre des « Doctoriales de la Chaire ICESCO de l’Arganier ».
Vers une arganiculture moderne et scientifiquement encadrée
Les recommandations scientifiques présentées lors du congrès traduisent une évolution importante dans l’approche de gestion de l’arganier. Les participants ont insisté sur la nécessité de passer progressivement d’une logique forestière traditionnelle à une véritable arboriculture moderne fondée sur la science, la sélection variétale et les innovations agronomiques.
La directrice de l’INRA, Lamiae Ghaouti, a présenté les principales conclusions issues des différentes sessions scientifiques. Celles-ci s’articulent autour de quatre grands axes : la biodiversité et l’écologie de l’arganier, le développement de l’arganiculture, la valorisation des produits dérivés et les dimensions socio-économiques liées à cet écosystème.
Parmi les priorités identifiées figure l’utilisation de variétés officiellement inscrites et multipliées par clonage afin de garantir la qualité et la productivité des plantations. Les participants ont également mis en avant les progrès réalisés dans les domaines de la biotechnologie et de la génomique.
Le séquençage génétique de l’arganier réalisé par l’INRA a permis d’identifier près de 35.000 gènes, ouvrant de nouvelles perspectives pour la sélection végétale, la résistance au stress hydrique et l’amélioration des rendements.
Lors d’un panel consacré à « l’Arganiculture, biotechnologies et amélioration génétique », le chercheur Rachid Mentag a rappelé que l’arganier constitue aujourd’hui un levier stratégique pour les territoires arides et semi-arides.
Selon lui, cette espèce emblématique joue un rôle déterminant dans la préservation des ressources naturelles, le maintien de la biodiversité et le développement socio-économique des populations locales.
Il a également souligné l’importance de développer une arganiculture moderne, durable et scientifiquement fondée afin de répondre aux effets combinés du changement climatique, de la pression anthropique et de la faible régénération naturelle.
Les travaux présentés lors du panel ont mis en évidence les avancées réalisées dans les techniques de production des plants, la maîtrise des pépinières, l’optimisation des conditions de croissance et l’acclimatation des jeunes plantations.
Les experts ont insisté sur le rôle essentiel de la qualité du matériel végétal dans la réussite des programmes de restauration des écosystèmes dégradés et dans la durabilité des plantations.
La valorisation économique au cœur des enjeux
Au-delà de la dimension écologique, les travaux du congrès ont largement porté sur les perspectives économiques et industrielles offertes par l’arganier et ses produits dérivés.
Les intervenants à un panel consacré aux produits de l’arganier ont souligné que les innovations scientifiques et technologiques constituent désormais un levier essentiel pour renforcer la compétitivité internationale de cette filière.
Les chercheurs ont notamment insisté sur l’importance de mieux caractériser les composés bioactifs issus de l’arganier afin d’ouvrir de nouvelles pistes de valorisation dans les secteurs cosmétique, pharmaceutique et agroalimentaire.
Selon les experts, le potentiel économique de l’arganier reste encore largement sous-exploité malgré l’intérêt croissant suscité par l’huile d’argan sur les marchés internationaux.
Les progrès réalisés dans les technologies d’extraction et d’analyse permettent désormais d’identifier de nouveaux composés à forte valeur ajoutée susceptibles d’élargir les débouchés commerciaux de la filière.
Les panélistes ont également plaidé pour un renforcement des passerelles entre la recherche scientifique et les coopératives opérant dans la filière. L’objectif est d’assurer un meilleur transfert des technologies et des innovations vers les acteurs de terrain.
Dans une déclaration à la MAP, le chercheur Abderraouf El Antari a expliqué que plusieurs études menées à l’international, notamment aux États-Unis, démontrent l’intérêt croissant accordé aux produits dérivés de l’arganier.
Il a souligné l’importance d’accompagner les coopératives afin d’améliorer la qualité des produits et de renforcer leur compétitivité sur les marchés internationaux.
Les recommandations finales du congrès ont également insisté sur la nécessité de mieux exploiter les sous-produits de l’arganier afin d’améliorer la rentabilité globale de la filière et de favoriser l’intégration économique des agriculteurs, des femmes rurales et des jeunes.
L’arganier comme symbole de résilience climatique
La clôture du congrès a coïncidé avec la célébration à Essaouira de la Journée Internationale de l’Arganier, proclamée par les Nations Unies en 2021.
Cette cérémonie a permis de mettre en avant le rôle stratégique de l’arganier dans la lutte contre la désertification, la raréfaction des ressources hydriques et les effets du changement climatique.
Dans son intervention, Ahmed El Bouari a qualifié l’arganier de « pilier de résilience écologique, économique et sociale », capable d’apporter des réponses concrètes aux défis environnementaux auxquels font face les territoires arides.
Le ministre a rappelé les efforts engagés par le Maroc pour développer une filière intégrée et durable à travers l’extension des plantations, la réhabilitation des espaces forestiers et le soutien à la recherche scientifique.
Dans un message vidéo diffusé lors de la cérémonie, l’ambassadeur Omar Hilale a souligné que le Royaume considère l’arganier comme « un projet de civilisation » capable d’articuler développement humain, préservation environnementale et valorisation du patrimoine.
Selon lui, le Maroc cherche désormais à faire évoluer l’arganiculture vers un levier de souveraineté écologique, hydrique et économique.
Le directeur régional de l’UNESCO pour le Maghreb, Charaf Ahmimed, a rappelé pour sa part que la Réserve de Biosphère de l’Arganeraie est inscrite depuis 1998 au programme « Homme et Biosphère » de l’UNESCO.
Il a décrit l’arganeraie comme un « laboratoire vivant » offrant des perspectives importantes pour la recherche scientifique, l’éducation au développement durable et les solutions fondées sur la nature.
De son côté, la représentante résidente du PNUD au Maroc, Ilaria Carnevali, a mis en avant les actions menées en faveur des coopératives féminines, notamment dans les domaines du marketing digital et de l’ouverture sur de nouveaux marchés.
Le représentant de la FAO au Maroc, Alexandre Anh Tài Huynh, a alerté sur les menaces liées aux sécheresses récurrentes, à l’irrégularité des précipitations et à la hausse des températures, plaidant pour une approche intégrée associant eau, agriculture et environnement.
Cette nouvelle édition confirme le Congrès International de l’Arganier dans son rôle de plateforme internationale dédiée à la réflexion scientifique, à la coopération institutionnelle et à l’accompagnement stratégique d’une filière considérée comme essentielle pour les équilibres écologiques et socio-économiques des territoires du Sud marocain.