À Genève, le Maroc imprime sa marque à la Conférence du désarmement

À Genève, le Maroc imprime sa marque à la Conférence du désarmement

Lors du segment de haut niveau, une intervention du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, prononcée par Omar Zniber, a mis l’accent sur la nécessité d’un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme.

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Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes et une érosion préoccupante de la confiance entre États, le Maroc assume la présidence de la Conférence du désarmement des Nations Unies à Genève. Placée sous le signe du dialogue et de la relance du multilatéralisme, cette présidence intervient à un moment charnière pour l’architecture mondiale de sécurité.

Une présidence marocaine tournée vers la relance

À la tête de l’unique organe multilatéral onusien chargé de négocier des traités relatifs au désarmement, le Maroc travaille à insuffler une nouvelle dynamique aux travaux de la Conférence. Son représentant permanent auprès de l’ONU à Genève, Omar Zniber, a souligné que cette présidence s’inscrit dans une volonté claire de revitaliser un cadre qui, depuis plusieurs années, souffre d’une léthargie normative et d’un manque de résultats concrets.

La tenue du segment de haut niveau sur trois jours, avec la participation du Secrétaire général des Nations Unies et de nombreux ministres des Affaires étrangères et responsables sécuritaires, illustre selon Rabat l’importance stratégique de cette instance. Dans un environnement international qualifié de très perturbé, dominé par des rivalités exacerbées et des conflits persistants, la question du désarmement demeure centrale pour la sécurité collective.

Le Maroc affirme vouloir organiser les débats de manière inclusive, favoriser l’écoute entre États membres et encourager des initiatives susceptibles de rendre les discussions plus productives. Malgré les obstacles structurels et les divergences profondes entre puissances, la présidence marocaine affiche sa confiance dans la capacité de la Conférence à retrouver une dynamique constructive.

Un appel renouvelé au multilatéralisme

Lors du segment de haut niveau, une intervention du ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, prononcée par Omar Zniber, a mis l’accent sur la nécessité d’un engagement renouvelé en faveur du multilatéralisme. Le message est clair : face à l’intensification des tensions internationales et à l’affaiblissement de la confiance entre acteurs majeurs, le désarmement ne peut être relégué au second plan.

Le ministre a rappelé que le désarmement nucléaire constitue une exigence politique et morale incontournable. Il a plaidé pour la mise en œuvre pleine et effective du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, considéré comme le pilier du régime international en la matière. Dans un monde où les équilibres stratégiques se fragilisent, Rabat insiste sur la nécessité de préserver et de renforcer les instruments juridiques existants.

La présidence marocaine, qui s’étend jusqu’au 13 mars 2026, est présentée comme la traduction d’un engagement constant du Royaume en faveur d’un ordre international fondé sur le droit, la coopération et la recherche de solutions concertées. Elle consacre également la place du Maroc comme acteur crédible au service du dialogue et de la sécurité collective.

Antonio Guterres et l’urgence de rebâtir la sécurité

Le segment de haut niveau a été marqué par l’intervention du Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, qui a lancé un appel pressant pour restaurer la confiance internationale. Selon lui, le monde traverse une période de changement chaotique, caractérisée par des violations manifestes du droit international et un usage imprudent de la force dans plusieurs régions.

Le chef de l’ONU a dénoncé des dynamiques alimentant de nouvelles courses aux armements, alors que les dépenses militaires mondiales ont atteint 2.700 milliards de dollars l’an dernier. Ce montant représente, a-t-il rappelé, treize fois l’aide publique au développement et équivaut au produit intérieur brut total de l’Afrique. Ces chiffres traduisent une dérive préoccupante dans un contexte où les besoins humanitaires et sociaux restent immenses.

Antonio Guterres a mis en garde contre les illusions sécuritaires et les discours de fermeté présentés comme des réponses simples à des peurs complexes. Le désarmement, a-t-il insisté, n’est pas un luxe réservé aux périodes de paix, mais un instrument essentiel de prévention des conflits.

Le vide stratégique après New START

Le Secrétaire général a rappelé que le contrôle des armements nucléaires a prouvé son utilité en évitant des catastrophes et en réduisant considérablement les arsenaux. Il a salué l’engagement des États-Unis et de la Russie à poursuivre des accords contraignants, malgré l’expiration récente du traité New START le 5 février.

Signé en 2010 et entré en vigueur en 2011, ce traité plafonnait le nombre d’armes nucléaires stratégiques déployées par les deux principales puissances nucléaires, détentrices de l’essentiel du stock mondial. Son expiration crée un vide stratégique dans un environnement international fragmenté par les rivalités et marqué par le retour d’une rhétorique nucléaire dans plusieurs crises contemporaines.

Face à cette situation, Antonio Guterres a plaidé pour une architecture de sécurité internationale renouvelée, fondée sur la coopération et la prévention de l’escalade. Il a appelé la Conférence du désarmement à retrouver pleinement son rôle d’organe de négociation et à travailler à l’arrêt de la course aux armements nucléaires. Il a également insisté sur la nécessité de prévenir une militarisation accrue de l’espace et, à terme, d’envisager l’élimination totale des armes nucléaires.

Dans ce contexte global incertain, la présidence marocaine intervient comme une tentative de réactiver un forum multilatéral essentiel. Reste à savoir si l’élan diplomatique insufflé à Genève pourra se traduire par des avancées concrètes dans un monde où la sécurité demeure trop souvent pensée à travers l’accumulation des armes plutôt que par la consolidation de la confiance.

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