À Khouribga, l’Afrique s’interroge et se raconte en images

À Khouribga, l’Afrique  s’interroge et se raconte en images

« L’Héritier des secrets » de Mohamed Nadif raconte le parcours d’un homme confronté, plusieurs décennies après la disparition de son père, à une vérité familiale longtemps enfouie.

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La 26e édition du Festival international du cinéma africain de Khouribga (FICAK) a abordé sa dernière phase avec une programmation marquée par la diversité des regards et des récits. Entre projections marocaines, réflexions sur l’avenir du cinéma africain, témoignages de cinéastes du continent et initiatives culturelles en milieu carcéral, le festival a confirmé son rôle de plateforme de dialogue autour des enjeux artistiques et sociaux du septième art africain.

Deux productions marocaines pour clôturer les compétitions officielles

La dernière soirée des compétitions officielles a mis à l’honneur deux productions marocaines aux univers distincts mais réunies par une même attention portée à la mémoire et aux blessures intimes.

Présenté dans la compétition des longs métrages, « L’Héritier des secrets » de Mohamed Nadif raconte le parcours d’un homme confronté, plusieurs décennies après la disparition de son père, à une vérité familiale longtemps enfouie. Adapté du roman « L’Émancipation du désir » de l’écrivaine marocaine Fatiha Morchid, le film explore les conséquences des non-dits sur les relations familiales et interroge des thèmes tels que le droit à la différence et les tabous sociaux.

Pour Mohamed Nadif, il s’agit d’une œuvre particulièrement importante puisqu’elle marque sa première projection au Maroc et sur le continent africain. Le réalisateur explique avoir été attiré par la richesse des questionnements soulevés par le roman, notamment la manière dont les secrets familiaux peuvent influencer durablement le destin des individus.

La soirée a également été marquée par la projection du court métrage « Que Vadis, Meryem ! » d’Amine Zeriouh. Dans ce film de douze minutes, une femme entreprend un voyage avec son époux qui la conduit à revisiter un passé douloureux et à faire face à un drame longtemps refoulé. À travers une mise en scène intimiste portée par Sandia Tajdin et Fayçal Chekdali, le réalisateur aborde les thèmes du deuil, de la mémoire et des relations humaines.

Aux côtés des productions marocaines figuraient également le court métrage burkinabè « Sans banc fixe » de Galiam Bruno Henry et le long métrage égyptien « 50 mètres » de la réalisatrice Youmna Khattab.

Un cinéma africain ancré dans ses réalités

Au fil des projections et des échanges organisés dans le cadre du festival, une tendance se confirme : les cinéastes africains continuent de raconter leurs sociétés à partir de leurs propres références culturelles, historiques et sociales.

Les films présentés à Khouribga abordent une grande variété de sujets : mémoire collective, pouvoir, identité, spiritualité, transmission ou encore mutations sociales. Cette diversité témoigne d’une volonté de proposer des récits enracinés dans les réalités du continent tout en traitant de questions universelles.

Pour Hassan Ouahbi, secrétaire général de l’Association « Cinéma pour tous et partout » et acteur de longue date du FICAK, cette capacité à conjuguer ancrage local et portée universelle constitue l’une des forces majeures du cinéma africain contemporain. Selon lui, les réalisateurs du continent demeurent profondément attachés à leurs environnements sociaux tout en développant des œuvres susceptibles de toucher des publics très différents.

Des villages ruraux aux grandes métropoles, des drames familiaux aux questionnements collectifs, les films présentés cette année offrent une image plurielle de l’Afrique. Ils participent à une démarche de représentation qui cherche à dépasser les visions simplificatrices souvent associées au continent.

Cette ambition se heurte néanmoins à plusieurs obstacles. Les professionnels réunis à Khouribga évoquent régulièrement les difficultés liées au financement, à la rareté des salles de cinéma et à la diffusion limitée des œuvres. À l’ère des plateformes numériques, la question de la visibilité des productions africaines demeure plus que jamais centrale.

Mohamed Rashad plaide pour un cinéma fidèle à son environnement

Cette réflexion sur l’identité du cinéma africain a trouvé un écho particulier dans les propos du réalisateur égyptien Mohamed Rashad, dont le film « The Settlement » figure en compétition officielle.

Le cinéaste estime que l’ancrage local ne constitue en rien un frein à l’universalité d’une œuvre. Selon lui, les spectateurs du monde entier souhaitent découvrir les sociétés à travers leurs propres récits plutôt qu’au travers de modèles narratifs standardisés.

« The Settlement » raconte l’histoire de deux frères vivant dans un quartier ouvrier d’Alexandrie. Après la mort de leur père dans un accident de travail, l’entreprise leur propose un emploi en échange de l’abandon de toute poursuite judiciaire. À partir de cette situation, le réalisateur explore les liens entre travail, précarité, justice sociale, deuil et héritage familial.

Mohamed Rashad souligne que son cinéma se nourrit à la fois de son expérience personnelle et de l’observation de son environnement. Pour lui, la sincérité constitue la condition première d’une œuvre capable de toucher le public. Il considère également que le rôle du cinéma n’est pas de fournir des réponses mais de susciter des interrogations et d’encourager la réflexion.

Le réalisateur égyptien insiste par ailleurs sur l’un des principaux défis auxquels fait face le cinéma africain : la circulation des œuvres entre les pays du continent. À ses yeux, les productions africaines doivent davantage parvenir à leurs propres publics afin de renforcer les échanges culturels et la connaissance mutuelle entre sociétés africaines.

Le cinéma comme outil de dialogue et de réinsertion

Au-delà des salles de projection, le FICAK poursuit également sa vocation sociale. La prison locale de Khouribga a ainsi accueilli la sixième édition du Festival culturel en faveur des détenus africains, placée sous le thème « Le cinéma raconte les histoires des détenus africains ».

Organisée en partenariat avec la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion, cette initiative a réuni 69 détenus africains issus de plusieurs établissements du Royaume. Hommes et femmes ont participé à une journée articulée autour de la projection du film marocain « Enterrements en sursis » de Mohammed Marouazi.

L’événement a également donné lieu à des lectures critiques animées par des étudiants-détenus inscrits à la licence d’excellence « Cinéma et humanité de la réinsertion ». Les échanges qui ont suivi ont permis aux participants d’exprimer leurs analyses et leurs perceptions de l’œuvre projetée.

Cette initiative illustre l’une des dimensions singulières du FICAK : faire du cinéma non seulement un espace de création artistique, mais aussi un vecteur de dialogue, d’éducation et d’inclusion. Alors que le festival s’apprête à dévoiler son palmarès, cette édition confirme la place de Khouribga comme un rendez-vous où se rencontrent les imaginaires, les expériences et les interrogations d’un continent en constante transformation.

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