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Assurances : état des lieux et perspectives d’un secteur en transformation
Malgré une croissance notable, le secteur des assurances reste en deçà de son potentiel. En une décennie, la taille du marché a doublé, traduisant une dynamique positive. Toutefois, le taux de pénétration demeure limité, ce qui révèle des marges importantes en matière d’inclusion financière. ( Nadia Fettah)
Réuni à Rabat pour célébrer les dix ans de l’Autorité de Contrôle des Assurances et de la Prévoyance Sociale, le secteur marocain des assurances met en avant son rôle central face aux mutations économiques et climatiques. Entre consolidation de la supervision, lancement d’un nouveau cadre de solvabilité basé sur les risques et intégration de l’innovation, les autorités cherchent à renforcer la résilience du marché tout en élargissant son impact social et économique.
Un secteur appelé à jouer un rôle stratégique
Le secteur des assurances s’impose aujourd’hui comme un levier essentiel de résilience face à un environnement marqué par la complexité des risques. Intervenant lors de la conférence commémorative des dix ans de l’ACAPS, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, a souligné la nécessité de repenser en profondeur la place de l’assurance dans l’économie nationale.
Selon elle, l’enjeu dépasse désormais la simple couverture des risques. Il s’agit d’accompagner les transformations structurelles de la société, notamment face aux défis climatiques et aux mutations économiques. L’assurance est ainsi appelée à devenir un acteur clé de stabilisation, capable d’anticiper les chocs et de soutenir les trajectoires de développement.
La création de l’ACAPS, consacrée par l’entrée en vigueur de la loi 64-12 en 2016, a marqué une étape structurante dans cette évolution. En dotant le secteur d’une autorité indépendante, alignée sur les standards internationaux, le Maroc a posé les bases d’un cadre de confiance et d’une supervision crédible.
Des progrès réels, mais un potentiel encore sous-exploité
Malgré une croissance notable, le secteur des assurances reste en deçà de son potentiel. En une décennie, la taille du marché a doublé, traduisant une dynamique positive. Toutefois, le taux de pénétration demeure limité, ce qui révèle des marges importantes en matière d’inclusion financière.
Pour Nadia Fettah, l’élargissement de l’accès aux produits d’assurance constitue une priorité, dans un contexte où les attentes des citoyens évoluent rapidement. L’interconnexion croissante des risques impose également une transformation des modes de régulation. Réguler ne signifie plus uniquement encadrer, mais anticiper et accompagner.
Cette évolution passe par une supervision plus fine, fondée sur l’analyse des données et une approche par les risques. Elle suppose aussi de soutenir l’innovation, notamment à travers le développement des insurtechs, afin d’améliorer concrètement la protection des assurés et d’adapter les offres aux nouveaux besoins.
Une régulation en mutation profonde
Pour Hassan Boubrik, premier président de l’ACAPS et actuel directeur général de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale, la transformation de l’ancienne direction des assurances en une autorité indépendante relève d’un changement de paradigme. Il s’agissait de passer d’une logique administrative à une logique de régulation autonome, dotée de responsabilités accrues et d’une gouvernance renforcée.
Entre 2016 et 2021, les fondations de cette institution ont été consolidées autour de deux axes majeurs : le renforcement de la solidité financière des opérateurs face aux nouveaux risques et la protection rigoureuse des assurés. Cette phase a également permis d’engager une convergence progressive avec les standards internationaux et de garantir davantage d’équité dans les pratiques du marché.
Sur le plan international, l’intégration de l’ACAPS au sein de l’Association Internationale des Contrôleurs d’Assurance illustre cette ouverture. Elle permet au Maroc de participer activement aux débats mondiaux sur la régulation, tout en portant la voix des économies émergentes.
Un nouveau cadre de solvabilité pour franchir un cap
Le secteur s’apprête désormais à franchir une étape décisive avec l’achèvement du cadre prudentiel de solvabilité basée sur les risques. Présenté par le directeur général de l’ACAPS, Abderrahim Chaffai, ce dispositif vise à remplacer l’approche classique fondée sur des ratios standards.
Inspiré de la directive européenne Solvabilité II, ce nouveau référentiel a été adapté aux spécificités du marché marocain. Il introduit une méthode plus dynamique et plus fine d’évaluation des risques, permettant de mieux apprécier la solidité financière des entreprises d’assurance et de réassurance.
Cette réforme devrait renforcer la stabilité du secteur tout en améliorant la protection des assurés. Elle a également un impact macroéconomique, en offrant aux assureurs une plus grande flexibilité dans la gestion de leurs activités et en consolidant leur rôle dans le financement de l’économie.
L’aboutissement de ce chantier place le Maroc parmi les pays pionniers de la région en matière de supervision par les risques, renforçant ainsi l’attractivité et la crédibilité de son marché assurantiel.
Innovation, données et anticipation des risques
La transformation du secteur repose également sur l’intégration des nouvelles technologies. L’ACAPS a fait de l’innovation un axe stratégique, en structurant notamment le développement des insurtechs. L’objectif est de faire de la technologie un levier de création de valeur pour les assurés et d’aligner le marché national sur les meilleures pratiques internationales.
Dans le même temps, la supervision macroprudentielle a été renforcée grâce à un cadre analytique élaboré en partenariat avec Bank Al-Maghrib et l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux. Ce dispositif permet de simuler des scénarios de chocs systémiques et d’anticiper les mesures correctives nécessaires pour préserver la stabilité du secteur.
La protection des assurés demeure au cœur des priorités. En témoigne le traitement de plus de 6.000 dossiers de réclamations en 2023, ainsi que la mise en place d’un cadre strict de gouvernance des produits d’assurance.
Par ailleurs, l’anticipation des risques émergents, notamment liés à l’intelligence artificielle et au changement climatique, constitue un enjeu majeur pour les années à venir. À cet égard, le dispositif national de couverture des événements catastrophiques, fondé sur un partenariat public-privé, illustre la capacité du secteur à modéliser et absorber des chocs complexes.
L’assurance au cœur des réformes sociales
Ces évolutions s’inscrivent dans un contexte plus large, marqué par le chantier de généralisation de la protection sociale. L’extension de la couverture à une large frange de la population impose de garantir la qualité, la continuité et la soutenabilité financière des dispositifs.
La réforme des retraites, en particulier, apparaît comme un enjeu structurant qui devra être conduit avec prudence et concertation. Dans ce cadre, le secteur des assurances est appelé à jouer un rôle déterminant, en complément des mécanismes publics, pour assurer la pérennité des systèmes de protection sociale.
Au terme de cette décennie, le bilan de l’ACAPS met en évidence une transformation profonde du paysage assurantiel marocain. Entre consolidation institutionnelle, modernisation des outils de supervision et intégration de l’innovation, le secteur se positionne comme un pilier de la résilience économique et sociale du Royaume.