Actu
Bank Al-Maghrib : taux directeur inchangé dans un contexte d’incertitude, inflation sous surveillance, Croissance à 5,6% en 2026
Dans un environnement international marqué par l’incertitude et les tensions géopolitiques, la Banque centrale opte pour la stabilité, tout en se réservant la possibilité d’ajuster sa politique en fonction de l’évolution
Réuni à Rabat pour sa première session trimestrielle de 2026, le Conseil de Bank Al-Maghrib a décidé de maintenir son taux directeur à 2,25%. Une décision prudente, motivée par une inflation maîtrisée, une croissance soutenue et un environnement international incertain, marqué notamment par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
Une décision guidée par la prudence
Le Conseil de Bank Al-Maghrib a opté pour le statu quo monétaire, maintenant son taux directeur à 2,25%. Cette orientation repose sur plusieurs facteurs convergents : la bonne tenue de l’activité économique nationale, des perspectives d’inflation contenues et un climat international incertain.
La Banque centrale souligne également avoir pris en compte les résultats des stress tests réalisés sur l’économie marocaine. Dans ce contexte, elle privilégie une approche graduelle, fondée sur l’analyse continue des données conjoncturelles.
Le Conseil affirme qu’il continuera de suivre de près les évolutions nationales et internationales, en particulier les répercussions des tensions au Moyen-Orient. Ces dernières pourraient affecter l’économie marocaine, notamment à travers les comptes extérieurs et les fluctuations des prix de l’énergie.
Une inflation maîtrisée, mais sous surveillance
Sur le front des prix, l’inflation évolue actuellement à des niveaux faibles. Cette modération s’explique par l’amélioration de l’offre de certains produits alimentaires et par le recul des prix des carburants.
À moyen terme, Bank Al-Maghrib anticipe toutefois une légère accélération, en lien avec la dissipation de ces facteurs et une hausse attendue des cours du pétrole. L’inflation devrait ainsi s’établir à 0,8% en 2026, avant de progresser à 1,4% en 2027, tout en restant globalement maîtrisée.
Les anticipations d’inflation s’inscrivent, elles aussi, dans une tendance baissière. Les experts du secteur financier tablaient, avant le déclenchement de la guerre en Iran, sur un taux moyen de 1,5% à l’horizon de deux ans et de 1,8% à plus long terme.
Une croissance portée par l’investissement et l’agriculture
L’économie nationale affiche une dynamique solide, soutenue par la vigueur des secteurs non agricoles et la reprise attendue de l’activité agricole.
Les conditions climatiques particulièrement favorables devraient permettre une production céréalière estimée à 82 millions de quintaux, sur une superficie emblavée de 3,9 millions d’hectares. Dans ce contexte, la valeur ajoutée agricole devrait rebondir de 14,4% en 2026, après une progression globale de l’économie estimée à 4,8% en 2025.
Cette embellie agricole serait suivie d’un repli en 2027, sous l’hypothèse d’un retour à une campagne moyenne. En parallèle, les activités non agricoles continueraient de croître à un rythme soutenu, autour de 4,5%, tirées par les investissements dans les infrastructures économiques et sociales.
Au total, la croissance nationale devrait atteindre 5,6% en 2026 avant de ralentir à 3,5% en 2027.
Des équilibres extérieurs sous pression
L’évolution des comptes extérieurs reste marquée par la hausse attendue des prix des matières premières. Le déficit du compte courant devrait ainsi s’élargir à 3,1% du PIB en 2026, après 2,3% en 2025, avant de se réduire à 2,5% en 2027.
La facture énergétique, après un recul en 2025, devrait augmenter de 15,6% en 2026, avant de diminuer à nouveau en 2027.
Dans le même temps, les importations de biens d’équipement progresseraient à un rythme soutenu, proche de 10% par an, en lien avec la dynamique d’investissement.
En contrepartie, les exportations affichent des perspectives encourageantes. Le secteur automobile devrait enregistrer une forte croissance, avec des ventes atteignant près de 210 milliards de dirhams en 2027. Les exportations de phosphates et dérivés devraient également progresser en 2026, avant un ajustement à la baisse l’année suivante.
Les recettes touristiques poursuivraient leur hausse pour atteindre 158,2 milliards de dirhams à l’horizon 2027, tandis que les transferts des Marocains résidant à l’étranger se stabiliseraient autour de 129 milliards. Les investissements directs étrangers devraient représenter environ 3,5% du PIB.
Dans ce contexte, les réserves de change continueraient de se renforcer, atteignant plus de 482 milliards de dirhams en 2027, soit près de six mois d’importations.
Conditions monétaires et finances publiques en ajustement
Sur le plan monétaire, le besoin de liquidité des banques devrait continuer de s’accroître, passant de 131,7 milliards de dirhams en 2025 à près de 169,4 milliards en 2027, sous l’effet notamment de la progression de la monnaie fiduciaire.
Le crédit bancaire au secteur non financier devrait, quant à lui, accélérer, atteignant 6% en 2026 avant de ralentir légèrement en 2027.
Concernant le dirham, les analyses de Bank Al-Maghrib indiquent qu’il reste globalement en ligne avec les fondamentaux économiques. Le taux de change effectif devrait connaître une légère dépréciation en 2026, suivie d’une stabilisation en 2027.
Sur le volet budgétaire, les finances publiques affichent une trajectoire d’amélioration progressive. Les recettes ordinaires ont augmenté de manière significative en 2025, portées par la hausse des recettes fiscales, tandis que les dépenses ont progressé à un rythme plus modéré.
Le déficit budgétaire devrait ainsi poursuivre sa réduction, passant de 3,6% du PIB en 2025 à 3,5% en 2026, puis à 3,4% en 2027.
Une stratégie d’équilibre face aux incertitudes
En maintenant son taux directeur inchangé, Bank Al-Maghrib privilégie une approche équilibrée, visant à soutenir la croissance tout en maîtrisant les risques inflationnistes.
Dans un environnement international marqué par l’incertitude et les tensions géopolitiques, la Banque centrale opte pour la stabilité, tout en se réservant la possibilité d’ajuster sa politique en fonction de l’évolution des indicateurs économiques.