Barrages, gouvernance et cybersécurité au menu du conseil de gouvernement

Barrages, gouvernance et cybersécurité au menu du conseil de gouvernement

A l’issue du Conseil le ministre de l’Équipement et de l’Eau a livré ses données sur Oued El Makhazine et Al Wahda

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Entre crues exceptionnelles, gestion proactive des retenues et séries de décisions réglementaires, le Conseil de gouvernement s’est penché à Rabat une séquence où l’eau, la sécurité des infrastructures, le contrôle interne des ministères, la cybersécurité et la modernisation de l’action publique ont formé les grandes lignes du point de presse du porte-parole du gouvernement. A l’issue du Conseil le ministre de l’Équipement et de l’Eau a livré ses données sur Oued El Makhazine et Al Wahda.

Oued El Makhazine : des apports hors norme et une gestion sous surveillance renforcée

Au cœur du point de presse tenu à l’issue du Conseil de gouvernement, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a détaillé une situation hydrologique exceptionnelle au barrage d’Oued El Makhazine. Selon ses déclarations, les retenues atteignent actuellement 1.097,9 millions de mètres cubes, pour un niveau de 71,04 mètres. Depuis le 1er septembre 2025, l’ouvrage a enregistré environ 1.462 millions de mètres cubes d’apports hydriques. Mais l’élément le plus marquant réside dans l’accélération récente : sur ce total, près de 1.031 millions de mètres cubes, soit 71,6 pour cent, ont été enregistrés durant les deux dernières semaines, un rythme qui dépasse, d’après le ministre, la moyenne annuelle à hauteur de 284 pour cent.

Cette concentration d’apports dans une fenêtre temporelle très courte a placé la gestion du barrage dans un régime d’attention maximale. Le ministre a évoqué des records établis au fil des jours, illustrant l’intensité de l’épisode : débit maximal de 3.210 m3 par seconde le 28 janvier, niveau de 69,30 mètres atteint le 4 février, débit maximal de 878 m3 par seconde le 9 février, puis un niveau de stockage maximal de 1.117 millions de mètres cubes le 10 février, correspondant à un taux de remplissage annoncé à 166,2 pour cent, et enfin une hauteur maximale de retenue de 71,59 mètres le même jour. Au-delà de l’effet d’annonce, ces chiffres traduisent une contrainte opérationnelle : gérer des volumes massifs tout en préservant l’intégrité des ouvrages et en réduisant le risque en aval.

Lâchers préventifs, drones et simulations : la boîte à outils de la prévention

Face à cette dynamique, une série de mesures proactives a été engagée, avec un objectif double : sécuriser l’infrastructure et anticiper l’évolution des débits. Nizar Baraka a évoqué des lâchers d’eau préventifs et proactifs portant sur un volume cumulé de 832 millions de mètres cubes. L’idée est de créer des marges de manœuvre dans la retenue, afin d’absorber de nouveaux apports sans basculer vers une situation critique.

La surveillance a été renforcée à un niveau rarement observé : au lieu d’une inspection mensuelle, un programme intensif de contrôle est désormais réalisé deux fois par jour. Des relevés topographiques précis par laser et des prises d’images par drone ont été intégrés au dispositif, complétés par le déploiement d’équipes de techniciens et d’experts spécialisés. Le ministère mise également sur des simulations hydrologiques continuellement mises à jour, s’appuyant sur des prévisions climatiques horaires par sous-bassins, pour prévoir apports et ruissellements. Dans le même esprit, des cartes des écoulements en aval et des zones inondables ont été élaborées afin d’estimer les niveaux d’eau et de les mettre à disposition des autorités locales. La promesse est claire : améliorer la lecture en temps réel de la situation, réduire l’incertitude et prendre des décisions éclairées sur le tempo et le volume des lâchers.

Al Wahda : un géant qui frôle le plein et impose une coordination fine

Le Conseil de gouvernement a aussi été l’occasion de faire le point sur Al Wahda, autre barrage stratégique, dont les apports hydriques sont décrits comme tout aussi exceptionnels. Depuis le 1er septembre 2025, Al Wahda a reçu environ 3,48 milliards de mètres cubes, faisant bondir son taux de remplissage de 41,66 pour cent à 94,70 pour cent, pour un volume de stockage actuel proche de 3,33 milliards de mètres cubes. La semaine dernière, à elle seule, aurait apporté environ 1,39 milliard de mètres cubes, signe d’un épisode d’une intensité remarquable.

Plusieurs repères chiffrés ont été cités : un apport journalier record de 348 millions de mètres cube le 4 février, un débit maximal de 5.135 m3 par seconde le même jour, et un débit de lâcher maximal de 2.200 m3 par seconde à partir du 31 janvier. Ici encore, la stratégie annoncée repose sur la prévention. Un programme proactif de gestion du réservoir a permis, selon le ministre, de constituer une réserve de 566 millions de mètres cubes au 3 février 2026, afin d’atténuer le risque d’inondation en aval. Les lâchers préventifs et proactifs, modulés entre 250 et 2.200 m3 par seconde, ont atteint un volume cumulé de 1.762 millions de mètres cubes. L’approche est identique à celle déployée à Oued El Makhazine : simulations hydrologiques en continu, prévisions horaires par sous-bassins, cartographies des débits et zones inondables en aval, et transmission d’éléments opérationnels aux autorités territoriales.

Quand l’hydrologie bouscule l’agenda public

Au-delà des chiffres, l’exécutif met en avant une lecture stratégique : la gestion des barrages n’est pas seulement une affaire technique, mais un enjeu de sécurité publique et de gouvernance territoriale. La succession de records de débits et de niveaux de retenue rappelle la vulnérabilité des zones en aval, la nécessité d’une coordination permanente entre services de l’eau, autorités locales, protection civile et dispositifs de gestion de crise. Le vocabulaire utilisé, prévention, proactivité, simulations, cartographies, insiste sur un modèle de gestion fondé sur l’anticipation, plutôt que sur la réaction.

Loi de règlement 2024 : clôturer les comptes pour mieux rendre des comptes

En parallèle du volet hydrique, le Conseil de gouvernement a adopté le projet de loi de règlement n°04.26 relatif à l’exécution de la loi de finances de l’année budgétaire 2024. Présenté par la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah, ce texte s’inscrit dans l’application de l’article 64 de la loi organique relative à la loi de finances. Il vise à arrêter le montant définitif des ressources effectivement recouvrées et des crédits réellement dépensés au titre de l’exercice 2024.

À travers ce projet, le gouvernement met en avant la réduction progressive des délais d’élaboration des lois de règlement, un chantier présenté comme un acquis consolidé pour les exercices 2020 à 2023 et appelé à se poursuivre. L’enjeu est institutionnel : permettre au Parlement d’évaluer les résultats de l’exécution budgétaire à la lumière des prévisions initialement autorisées, et renforcer, par conséquent, la redevabilité de la gestion publique. Ce type de texte, souvent perçu comme technique, est en réalité central dans l’architecture de la transparence budgétaire : il transforme les intentions en bilan et la prévision en réalité comptable.

Cybersécurité : un centre régional de réponse aux incidents basé au Maroc

Autre dossier mis en avant, la cybersécurité. Le Conseil de gouvernement s’est informé de l’accord entre le gouvernement marocain et le Réseau africain des autorités de cybersécurité portant sur la création d’un Centre d’appui et de coordination régionale de réponse aux incidents cybernétiques au Maroc. L’accord, signé le 14 avril 2025 à Marrakech, s’accompagne d’un projet de loi n°01.26 portant approbation.

Le choix de porter ce type de structure reflète l’importance croissante de la dimension numérique dans la sécurité nationale et régionale. Le centre doit jouer un rôle de coordination, d’appui et de mutualisation des réponses face à des incidents qui dépassent désormais les frontières : attaques, intrusions, perturbations de services, fuites de données. À travers cet accord, le Maroc consolide une posture de hub régional, en alignant son action sur des réseaux africains de coopération et sur des standards de gouvernance cyber en construction.

Redevances et services : ajustements réglementaires au ministère de l’Équipement

Le Conseil a également approuvé un projet de décret n°2.26.45 modifiant un décret antérieur relatif aux redevances pour les services fournis par une entité relevant du ministère de l’Équipement et de l’Eau. L’objectif annoncé est d’harmoniser la dénomination juridique d’un établissement géré de manière autonome, en remplaçant l’appellation de Département de la formation continue par celle de Centre d’accueil et de conférences.

Derrière cet ajustement, il y a une logique d’organisation administrative et de clarification des responsabilités. Le centre, désormais rattaché à l’Académie des Travaux publics, prend en charge les services liés à l’accueil, à la logistique, à la location de salles et de matériel audiovisuel. Ce type de modification, discret, participe à la rationalisation du fonctionnement interne de l’administration et à la mise en cohérence des textes avec les structures réelles.

Contrôle interne : renforcer la performance et prévenir les dysfonctionnements

Le Conseil de gouvernement a adopté un projet de décret relatif au contrôle interne au sein des départements ministériels. Présenté par la ministre de l’Économie et des Finances, ce texte est rattaché au chantier de réforme du secteur public, régulièrement évoqué dans les grandes orientations de la gouvernance administrative. L’objectif affiché est d’améliorer la performance, de consolider la gouvernance et de renforcer les systèmes de contrôle interne, en application notamment des recommandations de la Cour des comptes et de l’Inspection générale des finances.

Dans le langage administratif, le contrôle interne n’est pas seulement une vérification a posteriori : c’est un ensemble de procédures, d’indicateurs et de mécanismes de prévention des risques, destinés à sécuriser les processus de décision, limiter les erreurs, réduire les fragilités et améliorer la qualité des services rendus. Dans un contexte où les attentes citoyennes en matière d’efficacité, de transparence et de responsabilité sont élevées, le gouvernement présente ce décret comme une pièce supplémentaire dans l’outillage de la redevabilité.

Experts judiciaires, accords aériens et sécurité des barrages : d’autres dossiers validés

Le Conseil a aussi approuvé un projet de loi relatif aux experts judiciaires, présenté comme un levier de promotion de la qualité de l’action judiciaire. Le texte s’inscrit dans la mise en œuvre de la Charte nationale de réforme de la justice, qui ambitionne de renforcer la confiance dans l’institution judiciaire et d’améliorer l’efficience des procédures, notamment lorsque l’expertise technique est déterminante.

Sur le plan des relations internationales sectorielles, le Conseil s’est informé de l’accord sur les services aériens entre le Maroc et la Gambie, signé le 30 septembre 2025, ainsi que du projet de loi portant approbation. Il a également examiné un projet de décret relatif à la classification et à l’évaluation du niveau de sécurité des barrages, un élément qui résonne directement avec le contexte hydrique du moment et l’importance de disposer d’outils normatifs pour catégoriser, surveiller et prévenir les risques.

De nouvelles nominations :

Enfin, au titre des nominations à des fonctions supérieures, le Conseil de gouvernement a approuvé plusieurs propositions. Au niveau de la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion, trois responsabilités ont été attribuées : direction de la modernisation et de la digitalisation, direction de l’action sociale et de la réhabilitation pour la réinsertion, et direction de l’Institut national de formation des cadres. Du côté du ministère de l’Équipement et de l’Eau, une nomination a concerné la direction des études, du développement et de la recherche routière à la Direction générale des routes.

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