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Bassin du Congo: le Maroc défend à Naïrobi une stratégie fondée sur l’investissement et la souveraineté environnementale
À son arrivée à l’aéroport international Jomo Kenyatta, Aziz Akhannouch a été accueilli par plusieurs responsables kényans, parmi lesquels le ministre du Service public, du Développement du capital humain et des Programmes spéciaux
Le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, est arrivé à Nairobi pour représenter le Roi Mohammed VI au Sommet « Africa Forward » et au 4e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Commission Climat du Bassin du Congo et du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo. Le Maroc met en avant sa stratégie climatique et énergétique ainsi que sa vision africaine de la coopération environnementale et souligne le rôle structurant de la Commission Climat du Bassin du Congo, initiée lors de la COP22 à Marrakech, et insisté sur la nécessité de transformer les engagements climatiques africains en investissements concrets et durables.
Le Maroc représenté à Nairobi au plus haut niveau
Le Maroc participe à Nairobi à une série de rencontres consacrées aux enjeux climatiques, économiques et de coopération africaine dans un contexte marqué par l’accélération des défis environnementaux et énergétiques. Arrivé dimanche soir dans la capitale kényane, le Chef du gouvernement Aziz Akhannouch représente le Roi Mohammed VI au Sommet « Africa Forward » ainsi qu’au 4e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de la Commission Climat du Bassin du Congo (CCBC) et du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo.
À son arrivée à l’aéroport international Jomo Kenyatta, Aziz Akhannouch a été accueilli par plusieurs responsables kényans, parmi lesquels le ministre du Service public, du Développement du capital humain et des Programmes spéciaux, Geoffrey Ruku, ainsi que le Secrétaire principal aux Affaires étrangères Abraham Korir Sing’Oei. L’ambassadeur du Maroc au Kenya et au Soudan du Sud, Abderrazzak Laassel, était également présent.
La délégation marocaine réunit plusieurs responsables gouvernementaux, notamment la ministre de la Transition énergétique et du Développement durable Leila Benali, le ministre de la Santé et de la Protection sociale Amine Tehraoui, ainsi que le ministre délégué chargé de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques Karim Zidane.
Le secteur privé marocain est également représenté à travers une importante délégation de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), conduite par son président Chakib Alj. Cette présence traduit la volonté du Royaume d’associer les acteurs économiques aux dynamiques africaines liées au climat, aux investissements et au développement durable.
Africa Forward et la nouvelle architecture des partenariats africains
Le Sommet « Africa Forward » réunit plusieurs chefs d’État et de gouvernement autour des perspectives de renforcement des partenariats entre l’Afrique et la France. Les discussions portent notamment sur les investissements croisés, la formation, le développement économique et les réponses communes aux défis globaux.
Cette rencontre intervient dans un contexte de redéfinition progressive des relations économiques et stratégiques entre les pays africains et leurs partenaires internationaux. Les questions liées à la souveraineté énergétique, à la sécurité alimentaire, au financement climatique et aux infrastructures occupent désormais une place centrale dans les agendas continentaux.
Pour le Maroc, ces rencontres constituent également une plateforme diplomatique permettant de consolider sa présence économique et politique en Afrique. Depuis plusieurs années, le Royaume développe une stratégie fondée sur la coopération Sud-Sud, les investissements régionaux et le développement de partenariats dans les secteurs de l’énergie, de la finance, des infrastructures et des services.
La participation d’une délégation importante de la CGEM illustre cette orientation. Le secteur privé marocain cherche à renforcer sa présence sur plusieurs marchés africains, notamment dans les domaines liés à la transition énergétique, aux infrastructures durables et aux technologies vertes.
Le sommet intervient également quelques semaines avant la table ronde des bailleurs de fonds prévue le 26 mai à Brazzaville, consacrée au financement du Fonds Bleu pour le Bassin du Congo. Cette réunion doit permettre d’entériner plusieurs documents politiques et techniques liés à la mobilisation des ressources financières nécessaires aux projets prioritaires de la région.
La Commission Climat du Bassin du Congo comme cadre continental
À Nairobi, la ministre Leila Benali a mis en avant le rôle de la Commission Climat du Bassin du Congo, initiée lors de la COP22 organisée à Marrakech sous l’impulsion du Roi Mohammed VI.
Selon la ministre, cette commission représente aujourd’hui un cadre structurant pour la coopération climatique africaine. Elle repose sur une vision fondée sur la solidarité continentale, la responsabilité partagée et la valorisation durable du capital naturel africain.
Intervenant lors de la réunion ministérielle de la CCBC, Leila Benali a souligné les avancées enregistrées ces derniers mois autour de la structuration d’un portefeuille de projets prioritaires alignés sur les plans nationaux de développement, du renforcement du cadre de gouvernance et de l’implication croissante des partenaires techniques et financiers.
Elle a toutefois insisté sur un enjeu central : celui du passage des stratégies à la mise en œuvre concrète des investissements. Pour la ministre, la crédibilité des engagements climatiques africains dépend désormais de la capacité des États et des partenaires à financer et à concrétiser les projets annoncés.
Leila Benali a également rappelé que l’année 2026 marquera le dixième anniversaire de la création de la Commission Climat du Bassin du Congo, ainsi que le premier anniversaire de la Déclaration de Marrakech/Cadre ESG Mines, élaborée avec les ministres africains des Mines pour promouvoir un secteur minier durable.
Dans cette perspective, le Fonds Bleu pour le Bassin du Congo est présenté comme un exemple de mécanisme financier africain conçu pour répondre aux priorités environnementales et de développement du continent. Selon la ministre, ce fonds illustre la capacité de l’Afrique à développer ses propres instruments de financement autour de la valorisation durable du capital naturel.
Le climat comme levier de développement économique
Au-delà des enjeux diplomatiques, la délégation marocaine a également mis en avant l’expérience nationale en matière de transition énergétique et d’action climatique.
Leila Benali a rappelé que le Maroc a choisi une approche intégrée articulée autour de sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), dont l’objectif d’atténuation a été porté à 53 % à l’horizon 2035. Cette stratégie s’appuie sur un portefeuille de 90 projets liés à la réduction des émissions et de 107 projets destinés à renforcer la résilience climatique dans dix secteurs.
La ministre a souligné que cette démarche repose sur une logique orientée vers les résultats, combinant ambition environnementale, efficacité économique et impacts sociaux. Elle a également mis en avant l’utilisation d’outils techniques destinés à optimiser les investissements climatiques.
Selon elle, le Maroc cherche désormais à transformer les engagements climatiques en leviers de développement territorial. Cette approche s’inscrit dans le cadre de la régionalisation avancée, avec l’élaboration de plans climat territoriaux et de plans régionaux d’adaptation.
Le Royaume a également engagé plusieurs réformes liées à la finance climat, notamment à travers l’étiquetage des dépenses climatiques, l’alignement des projets de la CDN avec la programmation budgétaire triennale, ainsi que le développement d’une taxonomie verte et d’obligations vertes pour le financement public.
Leila Benali a enfin insisté sur l’importance croissante des marchés carbone et des mécanismes prévus par l’Article 6 de l’Accord de Paris. Pour le Maroc, ces outils ne doivent pas être perçus uniquement comme des instruments financiers, mais aussi comme des leviers de justice climatique capables de générer des retombées concrètes pour les populations locales.
À Nairobi, le Royaume cherche ainsi à consolider son positionnement comme acteur africain engagé dans les politiques climatiques et la coopération environnementale continentale, dans un contexte où les enjeux liés au financement, à l’énergie et à la souveraineté écologique occupent une place de plus en plus stratégique.