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Bassin du Loukkos : entre répit hydrique et vigilance face aux risques climatiques
Malgré l’embellie htdriques, les autorités restent prudentes. Le bassin du Loukkos a connu, au cours des dernières années, un déficit pluviométrique significatif. Cette situation rappelle la vulnérabilité structurelle des ressources hydriques face aux aléas climatiques. L’amélioration observée cette année ne suffit pas à effacer les effets cumulés des périodes de sécheresse. (Nizar Baraka)
Réuni à Chefchaouen sous la présidence de Nizar Baraka, le Conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos a dressé un bilan contrasté de la situation hydrique. Si les précipitations récentes ont permis une amélioration notable des réserves en eau et du taux de remplissage des barrages, elles ont également ravivé les risques d’inondations dans certaines zones du nord du Royaume. Entre gestion de l’urgence et planification à long terme, les autorités réaffirment leur engagement à renforcer durablement la sécurité hydrique à travers des projets structurants et des dispositifs de prévention.
Une amélioration notable des ressources hydriques
Les importantes précipitations enregistrées ces derniers mois ont profondément modifié la situation hydrique dans le bassin du Loukkos. Selon les données présentées lors du Conseil d’administration, le cumul pluviométrique a atteint 937 mm entre septembre 2025 et début mars 2026, soit une hausse significative par rapport à la moyenne habituelle et une nette progression comparée à l’année précédente.
Cette évolution s’est traduite par une amélioration spectaculaire des réserves en eau. Le volume stocké dans les barrages du bassin a atteint plus de 1,7 milliard de mètres cubes, correspondant à un taux de remplissage supérieur à 92 %, contre moins de 45 % à la même période un an auparavant. Une progression qui offre un répit après plusieurs années marquées par un déficit hydrique persistant.
Le ministre de l’Équipement et de l’Eau a souligné l’impact positif de ces apports sur le secteur agricole et sur l’ensemble des activités économiques dépendantes de l’eau. Cette amélioration contribue également à renforcer la sécurité hydrique et alimentaire du pays, dans un contexte marqué par la variabilité climatique.
Un contexte marqué par des années de déficit
Malgré cette embellie, les autorités restent prudentes. Le bassin du Loukkos a connu, au cours des dernières années, un déficit pluviométrique significatif, notamment durant l’année hydrologique 2024-2025. Ce déficit a affecté les apports en eau des barrages, avec des niveaux parfois largement inférieurs aux moyennes annuelles.
Cette situation rappelle la vulnérabilité structurelle des ressources hydriques face aux aléas climatiques. L’amélioration observée cette année ne suffit pas à effacer les effets cumulés des périodes de sécheresse. Elle souligne, au contraire, la nécessité d’une gestion durable et anticipative de l’eau.
Le ministre a insisté sur ce point, appelant à maintenir une vigilance constante et à renforcer les mécanismes de gestion des risques, notamment face aux phénomènes extrêmes qui tendent à se multiplier.
Des précipitations aux effets contrastés
Si les pluies abondantes ont permis de reconstituer les réserves, elles ont également engendré des situations critiques dans certaines zones. La montée rapide des niveaux d’eau dans les bassins du nord, notamment dans l’oued Loukkos, a provoqué des inondations, en particulier dans la région de Ksar El Kébir.
Face à ces épisodes, les autorités ont activé les dispositifs de veille et de suivi sur le terrain. Des mesures préventives et anticipatives ont été mises en œuvre en coordination avec les services locaux, afin de garantir la sécurité des infrastructures hydrauliques et de protéger les populations.
Cette double réalité illustre les défis posés par les épisodes climatiques extrêmes : des précipitations bénéfiques pour les réserves, mais susceptibles de générer des risques immédiats lorsqu’elles surviennent de manière intense et concentrée.
Des projets structurants pour une sécurité durable
Au-delà de la gestion conjoncturelle, le gouvernement poursuit une stratégie de renforcement des infrastructures hydrauliques. Celle-ci repose sur plusieurs leviers : construction de barrages, développement du dessalement, interconnexion des bassins et mobilisation de nouvelles ressources.
Ces projets visent à sécuriser l’approvisionnement en eau à long terme, tout en réduisant la dépendance aux aléas climatiques. Ils s’inscrivent dans une approche globale de gestion rationnelle de l’eau, intégrant à la fois les besoins agricoles, urbains et industriels.
Lors du Conseil, le directeur de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos a présenté l’état d’avancement des programmes engagés, ainsi que les performances enregistrées au cours de l’année 2025. Il a également exposé les grandes orientations du plan d’action pour 2026, accompagnées d’un projet de budget destiné à soutenir ces ambitions.
Renforcer la prévention des inondations
La question des inondations a occupé une place centrale dans les discussions. L’Agence poursuit actuellement la réalisation d’un Atlas des zones inondables, un outil essentiel pour identifier les zones à risque et orienter les politiques d’aménagement.
Un plan de prévention des risques d’inondation a déjà été élaboré pour la préfecture de Tanger-Assilah, avec une extension progressive prévue vers les provinces de Tétouan et de Larache. À terme, ce dispositif devrait être généralisé à l’ensemble du bassin du Loukkos.
Parallèlement, l’Agence prévoit la mise en place d’un centre d’alerte précoce, destiné à améliorer la réactivité face aux épisodes extrêmes. Ce type d’infrastructure constitue un élément clé dans la réduction des risques et la protection des populations.
Des partenariats pour une gestion intégrée
Le Conseil d’administration a également approuvé plusieurs conventions visant à renforcer la gestion des risques hydriques. Parmi celles-ci figurent des accords relatifs au déploiement du système national de prévision des inondations et du dispositif "VigiRisque-Inondations".
Ces initiatives s’inscrivent dans une logique de coopération entre les différents acteurs institutionnels, afin de mieux coordonner les interventions et d’améliorer l’efficacité des dispositifs de prévention.
D’autres conventions concernent l’élaboration de plans de prévention au profit de 65 communes du bassin, ainsi que la poursuite de programmes spécifiques, notamment à Tétouan et dans la plaine d’Ajdir, pour la protection contre les inondations.
Dans le domaine environnemental, un projet de station de traitement des déchets issus des huileries d’olive a également été validé dans la province d’Ouezzane, illustrant la volonté d’intégrer les enjeux écologiques dans la gestion des ressources hydriques.
Vers une gestion intégrée et innovante de l’eau
L’adoption d’un contrat de concession pour l’installation de panneaux solaires sur le canal de l’oued Mghogh témoigne d’une orientation vers des solutions innovantes. Ce type de projet combine production d’énergie renouvelable et optimisation de l’usage des infrastructures hydrauliques.
Il traduit une évolution vers une gestion intégrée de l’eau, où les dimensions énergétique, environnementale et économique sont prises en compte de manière complémentaire.
Cette approche reflète une transformation progressive des politiques publiques, qui tendent à dépasser la seule logique de gestion de la ressource pour intégrer des enjeux plus larges de durabilité et de résilience.
Entre opportunité et vigilance
La situation actuelle du bassin du Loukkos illustre la complexité des défis hydriques au Maroc. L’amélioration des réserves constitue une opportunité pour renforcer la sécurité hydrique, mais elle s’accompagne de nouveaux risques qu’il convient d’anticiper.
Entre gestion de l’urgence et planification à long terme, les autorités sont appelées à maintenir un équilibre délicat. La consolidation des infrastructures, le renforcement des dispositifs de prévention et l’intégration de solutions innovantes apparaissent comme des leviers essentiels pour faire face aux incertitudes climatiques.
Dans ce contexte, la réunion du Conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos confirme une orientation claire : celle d’une gestion proactive, fondée sur la connaissance, la coordination et l’anticipation.