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Bensaïd à l’IMA, Théâtronissa à l’ISADAC, Musiques sacrées à Fès, Humour à Casa et Marrakech, le livre à Azilal
Une soirée consacrée aux voix féminines a réuni des artistes venues du Liban, du Maroc, d’Allemagne, d’Inde et du Haut Atlas marocain.
Coopération culturelle maroco-française, initiatives artistiques à vocation sociale, festivals de musiques du monde, rendez-vous littéraires et spectacles d’humour, plusieurs événements ont marqué l’actualité culturelle ces derniers jours au Maroc et à l’étranger. De Paris à Azilal, en passant par Rabat, Fès, Casablanca et Marrakech, artistes, institutions et créateurs ont multiplié les initiatives destinées à promouvoir le dialogue des cultures, l’innovation créative et l’accès à l’expression artistique.
Vers une nouvelle étape de la coopération culturelle entre le Maroc et l’IMA
Le développement des industries culturelles et créatives a occupé une place centrale lors de la rencontre tenue à Paris entre le ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, Mohamed Mehdi Bensaid, et la présidente de l’Institut du Monde Arabe (IMA), Anne-Claire Legendre.
Cette première réunion depuis la nomination de la nouvelle présidente de l’institution parisienne a permis d’esquisser les contours d’une feuille de route destinée à renforcer les liens culturels entre le Maroc et l’IMA. Les deux parties ont exprimé leur volonté d’élargir une coopération déjà ancienne à des secteurs considérés comme stratégiques pour l’avenir de la création.
Parmi les domaines identifiés figurent l’animation, la bande dessinée, le livre en langue arabe, le cinéma ainsi que les nouvelles formes de création culturelle. L’objectif est de favoriser la circulation des œuvres, des talents et des savoir-faire entre les deux rives de la Méditerranée.
Cette dynamique s’inscrit dans le contexte du rapprochement diplomatique entre Rabat et Paris, renforcé depuis la visite d’État du président français Emmanuel Macron au Maroc. Plusieurs projets culturels sont déjà en préparation, notamment des expositions consacrées au mariage, à l’Alhambra ou encore à l’histoire du savoir médical.
Pour Mohamed Mehdi Bensaid, la culture doit être envisagée à la fois comme un service public et comme un secteur économique capable de créer de la valeur, de l’emploi et de nouvelles opportunités pour les créateurs marocains.
Quand le théâtre donne la parole aux invisibles
À Rabat, l’Institut supérieur d’art dramatique et d’animation culturelle (ISADAC) a accueilli la présentation du projet « Théâtronissa », une initiative originale destinée à faire découvrir l’art dramatique à des femmes travaillant dans les services de nettoyage de l’établissement.
Fruit de plusieurs mois d’accompagnement, de formation et d’ateliers théâtraux, le projet a donné naissance à la pièce « Zeman », inspirée des expériences personnelles des participantes. Le spectacle explore leurs souvenirs, leurs aspirations, leurs difficultés quotidiennes et leurs regards sur le temps qui passe.
Au-delà de l’expérience artistique, l’initiative a constitué un espace d’écoute et de soutien psychologique. Encadrées par des étudiants de l’ISADAC, les participantes ont découvert la scène comme un lieu d’expression, de confiance et d’émancipation.
Pour la directrice de l’institut, Latefa Ahrrare, ce projet démontre la capacité du théâtre à créer des passerelles entre l’enseignement artistique et la réalité sociale. Il met également en lumière des femmes souvent absentes des représentations culturelles, tout en valorisant leur dignité et leur parcours.
Fès, capitale des rencontres musicales et spirituelles
La 29e édition du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde continue d’offrir au public des moments de dialogue artistique entre traditions, spiritualités et cultures.
Une soirée consacrée aux voix féminines a réuni des artistes venues du Liban, du Maroc, d’Allemagne, d’Inde et du Haut Atlas marocain. Les prestations de Ghada Shbeir, Nabila Maan, Kaushiki Chakraborty, du groupe allemand Bodies et de la formation Ahwach Issafen ont illustré la diversité des expressions musicales féminines.
Le public a également assisté à l’un des moments forts du festival avec la prestation de Sami Yusuf à Bab Al Makina. Accompagné de musiciens issus de plusieurs pays ainsi que de Nabila Maan et du monchid Ismaïl Boujia, l’artiste britannique a proposé un voyage musical traversant les traditions soufies, andalouses et orientales.
Les chants « Madad », « Mawlana » ou encore « Hasbi Rabbi » ont suscité une forte adhésion du public, tandis que l’interprétation de pièces du patrimoine arabo-andalou a donné à la soirée une dimension particulièrement émouvante.
Dans un registre différent, le saxophoniste franco-suisse Léon Phal a transformé le Jardin Jnane Sbil en espace de contemplation sonore avec son projet « Stress Killer ». Entre jazz contemporain, improvisation et influences africaines, le musicien a invité les spectateurs à ralentir le rythme dans une époque marquée par l’accélération permanente.
L’humour confirme sa place dans le paysage culturel
À Casablanca, la troisième édition de Comediablanca a confirmé l’engouement du public pour le stand-up marocain. La dernière représentation de « Jeux de société », de Jalil Tijani, a attiré une salle comble au Complexe Mohammed V.
À travers une galerie de personnages inspirés du quotidien, l’humoriste a exploré les multiples facettes de la société marocaine. Alternant français et darija, il a proposé un regard à la fois tendre et critique sur les comportements, les habitudes et les contradictions contemporaines.
Le festival a également accordé une place importante à la transmission grâce à l’organisation de masterclasses destinées aux jeunes talents et aux passionnés d’humour.
À Marrakech, le Marrakech Comedy Festival a accueilli Nordine Ganso, l’une des figures montantes du stand-up francophone. Son spectacle « Violet » a mêlé récits familiaux, souvenirs personnels et réflexions sur les identités multiples qui composent son héritage congolais, marocain et algérien.
Son humour fondé sur l’autodérision, la proximité avec le public et le récit autobiographique a confirmé la place grandissante du stand-up comme espace d’expression culturelle et de dialogue entre les générations.
Le livre à l’honneur au cœur de l’Atlas
La ville d’Azilal a donné le coup d’envoi de la 17e édition du Salon régional du livre et de l’édition. Placée sous le thème « La voix de la montagne : une profondeur patrimoniale, historique et civilisationnelle à l’adresse de l’âme et de l’esprit », cette manifestation rassemble éditeurs, libraires, écrivains et acteurs culturels autour d’une même ambition : rapprocher le livre des citoyens.
Installé à la place Aït Achour, le salon entend valoriser le patrimoine culturel des régions montagneuses tout en favorisant la lecture et les échanges intellectuels. Pendant plusieurs jours, rencontres littéraires, débats, présentations d’ouvrages et activités culturelles rythmeront cette édition.
À travers ces différents rendez-vous, le Maroc confirme la vitalité de sa scène culturelle et sa capacité à faire dialoguer patrimoine, création contemporaine, innovation sociale et ouverture internationale.