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Climat : vers un possible retour d’El Niño, quelles implications pour le Maroc ?
Les prévisions saisonnières pour la période mars-mai 2026 indiquent déjà une tendance généralisée à des températures supérieures à la moyenne sur la majorité des terres émergées. Les régimes de précipitations, eux, devraient encore porter l’empreinte résiduelle de La Niña dans le Pacifique équatorial, tandis que les signaux apparaissent plus contrastés dans d’autres régions du monde.
Le phénomène climatique La Niña, qui a influencé les conditions météorologiques mondiales ces derniers mois, est en train de s’atténuer progressivement. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), une phase neutre du système ENSO devrait s’installer au cours des prochains mois avant un possible retour d’El Niño d’ici la fin de l’année 2026. Si ces évolutions ont un impact majeur sur plusieurs régions du globe, leur influence sur le climat du Maroc semble plus indirecte, car les précipitations du Royaume dépendent surtout des dynamiques atmosphériques de l’Atlantique Nord et de la Méditerranée.
La Niña en recul, une phase neutre attendue
Dans sa dernière mise à jour publiée à Genève, l’Organisation météorologique mondiale indique que l’épisode La Niña actuellement observé est de faible intensité et se dirige vers une dissipation progressive. Les centres mondiaux de prévision saisonnière estiment qu’une phase neutre du phénomène ENSO – ni El Niño ni La Niña – devrait dominer au cours des prochains mois.
Les probabilités avancées par les modèles climatiques font état de 60 % de chances de conditions neutres pour la période mars-mai 2026. Cette probabilité grimperait à 70 % pour la période avril-juin, avant de se stabiliser autour de 60 % pour mai-juillet. Dans cette dernière période, les scientifiques estiment également qu’un développement d’El Niño devient possible, avec une probabilité proche de 40 %.
Les climatologues rappellent toutefois que ces projections doivent être interprétées avec prudence. Les prévisions liées au système ENSO sont particulièrement incertaines au printemps, en raison d’un phénomène connu sous le nom de « barrière de prévisibilité du printemps boréal ». Durant cette période, la fiabilité des modèles climatiques diminue, rendant les scénarios à moyen terme plus incertains.
Un phénomène naturel dans un climat qui se réchauffe
La secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, a rappelé que le dernier épisode El Niño, survenu entre 2023 et 2024, figurait parmi les cinq plus puissants jamais enregistrés. Ce phénomène avait contribué à amplifier la hausse des températures mondiales et a été l’un des facteurs ayant conduit aux records climatiques observés en 2024.
L’OMM souligne que les phénomènes ENSO restent des variations naturelles du climat, mais qu’ils se manifestent désormais dans un contexte de réchauffement global provoqué par les activités humaines. Cette situation accentue les effets des événements météorologiques extrêmes, qu’il s’agisse de vagues de chaleur, de sécheresses ou de précipitations intenses.
Les prévisions saisonnières pour la période mars-mai 2026 indiquent déjà une tendance généralisée à des températures supérieures à la moyenne sur la majorité des terres émergées. Les régimes de précipitations, eux, devraient encore porter l’empreinte résiduelle de La Niña dans le Pacifique équatorial, tandis que les signaux apparaissent plus contrastés dans d’autres régions du monde.
Quel impact sur le climat du Maroc
Si les phénomènes El Niño et La Niña exercent une influence importante sur le climat mondial, leur effet sur l’Afrique du Nord, et en particulier sur le Maroc, semble plus limité et moins direct. Le Royaume se situe dans une zone climatique dominée par l’Atlantique Nord, où les précipitations hivernales dépendent principalement de la trajectoire des dépressions atlantiques.
Plusieurs facteurs jouent un rôle déterminant dans la pluviométrie marocaine. La position du courant-jet, la formation des perturbations venant de l’Atlantique, ainsi que l’oscillation nord-atlantique (NAO) influencent directement la fréquence et l’intensité des pluies sur le pays. Lorsque ces perturbations suivent une trajectoire méridionale, elles atteignent plus facilement le Maroc et apportent des précipitations parfois abondantes.
Dans ce contexte, la relation entre ENSO et les pluies marocaines apparaît relativement faible. Les études climatologiques montrent que le Maroc peut connaître des saisons humides aussi bien pendant une phase El Niño que La Niña, ou même durant une phase neutre.
Comprendre les pluies récentes au Maroc
Les précipitations enregistrées au Maroc à la fin de l’année 2025 et au début de 2026 semblent davantage liées à des conditions atmosphériques régionales favorables qu’à l’évolution directe du phénomène ENSO. Plusieurs épisodes de perturbations atlantiques ont successivement traversé le pays, favorisés par une configuration du courant-jet propice à la descente des dépressions vers l’Afrique du Nord.
Les températures relativement élevées de la surface de l’Atlantique ont également pu renforcer l’humidité des masses d’air, contribuant à des épisodes pluvieux plus marqués. Ces mécanismes expliquent pourquoi certaines saisons peuvent être plus arrosées que prévu, même dans un contexte climatique global marqué par la sécheresse.
Variabilité naturelle et tendance climatique de fond
Il convient toutefois de distinguer les fluctuations météorologiques d’une saison donnée de la tendance climatique de long terme. Depuis plusieurs décennies, le Maroc connaît une baisse progressive de ses précipitations moyennes et une augmentation des périodes de sécheresse, phénomène lié au réchauffement climatique global.
Cela signifie que des saisons pluvieuses peuvent toujours survenir, parfois de manière spectaculaire, sans pour autant inverser la tendance structurelle à l’aridification. Les scientifiques observent d’ailleurs que le changement climatique tend à accentuer la variabilité : alternance d’épisodes de sécheresse prolongée et de pluies parfois intenses.
Dans ce contexte, les prévisions saisonnières demeurent un outil essentiel pour anticiper les risques et adapter les politiques publiques. Agriculture, gestion de l’eau, production énergétique ou prévention des catastrophes naturelles dépendent de plus en plus de ces informations pour réduire les pertes économiques et renforcer la résilience face aux aléas climatiques.