Cybercriminalité financière : la DGSN alerte sur les nouveaux risques liés à la transformation numérique

Cybercriminalité financière : la DGSN alerte sur les nouveaux risques liés à la transformation numérique

« Les crimes économiques et financiers figurent aujourd’hui parmi les formes de criminalité les plus complexes et les plus dangereuses. Les infractions se caractérisent par leur dimension internationale, leur caractère transfrontalier et leur évolution rapide » (Commissaire divisionnaire Tijani Maghrani -BNPJ)Selon lui, ces infractions se caractérisent par leur dimension internationale, leur caractère transfrontalier et leur évolution rapide.

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La criminalité économique et financière à l’ère numérique a été au centre d’une conférence organisée à Rabat dans le cadre de la septième édition des Journées Portes Ouvertes de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN). Responsables sécuritaires, magistrats et experts ont analysé l’évolution des fraudes numériques, les nouveaux modes opératoires des réseaux criminels, les mécanismes juridiques de lutte contre le blanchiment d’argent et les défis liés à la protection des systèmes financiers face à l’accélération de la transformation digitale.

La transformation numérique bouleverse les formes de criminalité

La conférence organisée dans le cadre des Journées Portes Ouvertes de la DGSN s’est penchée sur les mutations profondes que connaît la criminalité économique et financière dans un contexte marqué par la généralisation des usages numériques.

Les intervenants ont souligné que la digitalisation de l’économie, des services financiers et des moyens de communication a profondément modifié les mécanismes de fraude et les capacités d’action des réseaux criminels.

Le Commissaire divisionnaire Tijani Maghrani, représentant le Bureau national de lutte contre les crimes financiers et économiques relevant de la Brigade nationale de la police judiciaire, a estimé que le crime économique et financier figure aujourd’hui parmi les formes de criminalité les plus complexes et les plus dangereuses.

Selon lui, ces infractions se caractérisent par leur dimension internationale, leur caractère transfrontalier et leur évolution rapide. Les réseaux criminels exploitent désormais les nouvelles technologies pour développer des systèmes sophistiqués capables de contourner les dispositifs classiques de contrôle.

Le responsable sécuritaire a expliqué que les méthodes de fraude ont connu une transformation qualitative avec le passage des techniques traditionnelles vers des opérations numériques rapides, automatisées et plus difficiles à détecter.

Cette évolution a favorisé ce qu’il qualifie d’« industrialisation de la fraude », à travers l’apparition de plateformes clandestines proposant des services criminels spécialisés accessibles à différents groupes organisés.

Les experts réunis lors de cette conférence ont également insisté sur le fait que la cybercriminalité financière ne touche plus uniquement les institutions bancaires ou les grandes entreprises. Les particuliers sont eux aussi devenus des cibles privilégiées des fraudeurs via les smartphones, les réseaux sociaux, les plateformes numériques et les applications de paiement.

Dans ce contexte, les autorités mettent l’accent sur la nécessité d’adapter en permanence les dispositifs sécuritaires, judiciaires et réglementaires aux nouvelles réalités du cybercrime.

Le Maroc renforce son arsenal juridique contre le blanchiment et la fraude numérique

Les intervenants ont souligné que le Maroc a progressivement renforcé son cadre juridique afin de faire face à l’évolution des crimes économiques et financiers liés au numérique.

Tijani Maghrani a rappelé l’importance des mécanismes de lutte contre le blanchiment d’argent, considérés comme essentiels pour identifier les circuits financiers issus des activités illicites et suivre les flux de capitaux générés par les réseaux criminels.

Il a notamment évoqué la loi n°43.05 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, dont les dispositions ont été intégrées dans le Code pénal marocain à travers plusieurs articles dédiés à la répression de ces infractions.

Pour sa part, Moussa Barhami, chef de l’Unité de lutte contre le blanchiment d’argent et les stupéfiants à la Présidence du ministère public, a détaillé les deux approches adoptées par le législateur marocain face aux nouvelles formes de fraude numérique.

La première consiste à adapter les infractions traditionnelles aux pratiques numériques, tandis que la seconde repose sur l’incrimination explicite des crimes liés aux systèmes de traitement automatisé des données et aux escroqueries électroniques.

Le magistrat a également insisté sur le rôle central des « investigations financières parallèles », désormais considérées comme un outil majeur dans le démantèlement des réseaux criminels et la confiscation des avoirs issus de la fraude numérique.

Selon lui, le dispositif juridique marocain intègre à la fois les dimensions préventive, répressive et procédurale afin de renforcer la confiance dans l’économie numérique et protéger les utilisateurs des services digitaux.

Cette approche vise aussi à garantir une meilleure sécurité des transactions financières dans un contexte marqué par la montée en puissance des services bancaires numériques et du commerce en ligne.

Les participants ont par ailleurs souligné que la coopération entre les autorités judiciaires, les services de sécurité, les institutions financières et les acteurs technologiques est devenue indispensable pour lutter efficacement contre des réseaux souvent organisés à l’échelle internationale.

Phishing, vishing, malware : les nouvelles techniques de fraude se multiplient

La conférence a également permis de dresser un état des lieux des principales menaces auxquelles sont confrontés les utilisateurs des services numériques et bancaires.

Représentant Bank Al-Maghrib, Youssef Ghachioua a indiqué que les fraudes financières connaissent une hausse préoccupante à l’échelle nationale et internationale sous l’effet de la généralisation des outils numériques.

Il a évoqué une augmentation de 54 % des bulletins et alertes diffusés par Interpol concernant la fraude financière entre 2024 et 2025, illustrant l’ampleur croissante du phénomène.

Parmi les techniques les plus répandues figurent le « phishing », qui consiste à falsifier des sites bancaires ou des plateformes officielles afin de récupérer les données personnelles et bancaires des victimes.

Le responsable a également cité le « vishing », basé sur des appels téléphoniques frauduleux, ainsi que le « smishing », qui repose sur l’envoi de SMS trompeurs destinés à pousser les utilisateurs à divulguer des informations confidentielles.

Les logiciels malveillants représentent une autre menace importante. Ces programmes permettent aux fraudeurs de prendre le contrôle des téléphones, des ordinateurs ou des fichiers personnels afin d’accéder aux comptes bancaires ou aux données sensibles.

Les réseaux sociaux sont eux aussi devenus un terrain privilégié pour les escroqueries numériques. Les fraudeurs diffusent de fausses promotions commerciales, des offres d’emploi fictives ou des annonces trompeuses afin d’attirer des victimes et de récupérer leurs informations personnelles.

Selon les experts, ces techniques profitent souvent du manque de vigilance des utilisateurs, de la rapidité des échanges numériques et de la difficulté à vérifier l’authenticité de certains contenus circulant sur Internet.

Face à cette situation, les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer les campagnes de sensibilisation afin d’encourager les citoyens à adopter des comportements numériques plus prudents.

Coopération, prévention et sensibilisation au cœur de la stratégie

Au-delà de la réponse judiciaire et sécuritaire, les différents intervenants ont mis l’accent sur l’importance de la prévention et de la coordination entre institutions.

Najwa Belmadani, responsable à l’Autorité nationale du renseignement financier, a souligné que la transformation numérique présente une double dimension : elle ouvre des perspectives économiques importantes tout en exposant les acteurs économiques à des risques cybernétiques croissants.

Elle a rappelé que le Maroc œuvre au développement de la gouvernance numérique et de l’inclusion financière tout en cherchant à renforcer la conformité aux standards internationaux de lutte contre la criminalité financière.

Selon elle, les nouvelles technologies imposent une adaptation continue des outils de contrôle et des capacités d’analyse afin de détecter plus rapidement les opérations suspectes.

Les participants ont estimé que la lutte contre la criminalité financière numérique repose aujourd’hui sur trois axes principaux : la coopération entre les secteurs public et privé, la mise en place de mécanismes rapides de signalement des attaques et le renforcement de la sensibilisation des citoyens.

L’objectif est de permettre une réaction plus rapide face aux cyberattaques et de limiter les pertes financières liées aux escroqueries numériques.

Cette conférence s’inscrit dans le cadre des Journées Portes Ouvertes de la DGSN, organisées jusqu’au 22 mai à Rabat. Cette manifestation vise à renforcer la proximité entre les services de sécurité et les citoyens, tout en présentant les missions assurées par les différentes unités de police ainsi que les équipements technologiques mobilisés pour la protection des personnes et des biens.

À travers cette initiative, la DGSN cherche également à mettre en avant les transformations engagées dans la modernisation des services de police et l’adaptation des dispositifs sécuritaires aux nouveaux défis liés à la criminalité numérique.

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