Du patrimoine hydraulique aux musiques andalouses : une semaine au rythme de la culture marocaine

Du patrimoine hydraulique aux musiques andalouses : une semaine au rythme de la culture marocaine

Exposition immersive « La Cour de l’Artisanat », inaugurée à la galerie Dar Bacha Tazi en marge du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde.

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Valorisation des Citernes almohades de Sidi Bouathmane, festivals de théâtre et de musique, les distinctions internationales et les expositions consacrées aux savoir-faire traditionnels, plusieurs villes marocaines accueillent ces jours-ci des manifestations mettant en lumière la diversité du patrimoine culturel du Royaume. De Benguérir à Paris, en passant par Rabat, Fès, Taroudant et Essaouira, chercheurs, artistes et institutions multiplient les initiatives de préservation, de transmission et de création.

Le patrimoine au cœur des dynamiques territoriales

Le patrimoine historique marocain sera à l’honneur le 9 juin à Benguérir avec l’organisation d’une journée d’étude consacrée aux Citernes almohades de Sidi Bouathmane. Accueillie par l’Université Mohammed VI Polytechnique, cette rencontre scientifique ambitionne de renforcer la connaissance et la valorisation d’un site classé monument historique depuis janvier 2024.

Situé dans le douar Igout, au sein de la province de Rehamna, cet ensemble hydraulique datant du XIIe siècle constitue un témoignage remarquable du génie technique de l’époque almohade. Le site comprend un barrage, un réseau de canalisations, un bassin de décantation ainsi que neuf citernes voûtées destinées à la gestion de l’eau dans un environnement semi-aride.

Portée par la Province de Rehamna, OTED et plusieurs partenaires académiques, cette journée réunira universitaires, chercheurs, musées et experts autour de plusieurs ateliers consacrés à l’histoire du site, à son architecture, à ses matériaux de construction et à ses liens avec les communautés locales.

L’objectif affiché est double : enrichir la documentation scientifique existante et élaborer des pistes de préservation associant recherche, éducation et développement territorial. Cette démarche illustre une tendance de plus en plus présente au Maroc, où la valorisation du patrimoine est envisagée comme un levier de développement local.

À Fès également, le patrimoine occupe une place centrale à travers l’exposition immersive « La Cour de l’Artisanat », inaugurée à la galerie Dar Bacha Tazi en marge du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde.

Conçue comme une immersion dans l’univers des maîtres-artisans, cette exposition propose au public un parcours associant photographies, objets ethnographiques, installations sonores et vidéos. Les visiteurs découvrent les gestes, les techniques et les outils qui façonnent depuis des générations les métiers d’art de la capitale spirituelle.

Cette initiative s’inscrit dans une réflexion plus large sur la transmission des savoir-faire et la sauvegarde du patrimoine immatériel marocain.

La scène artistique entre transmission et création

À Taroudant, le théâtre occupe le devant de la scène avec la quatrième édition du festival « Printemps du Théâtre », organisée sous le thème « Une jeunesse créative… une conscience renouvelée ».

Réunissant artistes, metteurs en scène, acteurs culturels et professionnels des médias, cette manifestation entend encourager l’émergence de nouvelles générations de créateurs tout en renforçant le rôle du théâtre comme espace de dialogue, de réflexion et d’expression.

Le programme comprend spectacles, ateliers de formation et conférences. Les jeunes participants bénéficient d’occasions d’apprentissage et d’échanges avec des professionnels reconnus du secteur.

Parmi les temps forts figure l’hommage rendu à l’homme de théâtre Mohamed Tessaouli et au journaliste Ahmed Aklikem pour leurs contributions respectives à la création artistique et à la vie culturelle.

Dans une volonté d’ouverture sur les expériences arabes, le festival accueille également le metteur en scène et producteur qatari Faleh Fayez, invité à animer une masterclass consacrée à la création théâtrale destinée au jeune public.

Plus au nord, Essaouira poursuit son intense programmation culturelle. La ville accueille plusieurs rendez-vous artistiques mêlant patrimoine, innovation et création contemporaine.

L’espace Dar Souiri présente notamment « Voiles de lumière », une installation conçue par l’artiste Mustapha El Amraoui. Le spectacle explore les interactions entre lumière, architecture et technologies numériques à travers un parcours immersif invitant le public à redécouvrir les espaces patrimoniaux de la cité sous un nouvel angle.

La ville accueillera également un récital réunissant la chanteuse Julie Mossay et le pianiste Johan Dupont. Entre opéra, jazz et musique classique, cette création originale témoigne de la vocation d’Essaouira comme lieu de rencontre entre les cultures et les expressions artistiques.

La culture marocaine à l’international

À Paris, la deuxième édition du festival Andaloussiyat de l’Institut du Monde Arabe a offert une vitrine prestigieuse à l’un des patrimoines musicaux les plus emblématiques du Maroc : la musique andalouse Al Ala.

L’Association des amateurs de la musique andalouse du Maroc a présenté une ambitieuse « Anthologie de la musique andalouse du Maroc ». Fruit de plusieurs années de recherche et de collecte, cette œuvre constitue l’un des projets de préservation les plus importants jamais consacrés à ce répertoire.

Réalisée entre 2021 et 2023, l’anthologie rassemble plus de 130 heures d’enregistrements et plus de 6.000 pages de textes et de notations musicales. Sept orchestres représentant les principales écoles marocaines ont participé à ce travail, aux côtés de nombreux chanteurs et musiciens.

L’innovation réside également dans la dimension numérique du projet. Une plateforme interactive permet aux utilisateurs de consulter les textes, d’écouter les enregistrements et de suivre les différentes interprétations des œuvres.

Pour les responsables de l’association, cette anthologie constitue à la fois un outil de transmission, un instrument pédagogique et un vecteur de diffusion internationale du patrimoine musical marocain.

La présentation de ce projet à Paris confirme la visibilité croissante de la musique andalouse marocaine sur les scènes culturelles internationales.

Reconnaissances et hommages aux créateurs

Cette semaine culturelle a également été marquée par plusieurs distinctions et hommages.

À Rabat, la 27e édition du « Sharjah Cultural Honor Forum » a rendu hommage à quatre figures majeures de la création intellectuelle marocaine : Mohammed Achaari, Abdelfattah Kilito, Ahmed Al Madini et Houriya Khamlichi.

Organisée à la Bibliothèque nationale du Royaume du Maroc, cette cérémonie s’inscrit dans un programme initié par l’émirat de Sharjah visant à célébrer les auteurs et penseurs qui contribuent au rayonnement de la culture arabe.

La tenue de cette édition dans la capitale marocaine intervient alors que Rabat porte le titre de capitale mondiale du livre, renforçant ainsi sa position comme centre culturel majeur dans l’espace arabe.

Sur le plan international, une autre distinction est venue consacrer le travail d’un acteur incontournable de la scène culturelle marocaine.

Prix UNESCO-Sharjah de la culture arabe 2026 à Brahim El Mazned

Fondateur de Visa For Music et directeur artistique du festival Timitar, Brahim El Mazned est récompensé pour son engagement en faveur de la musique comme outil de dialogue culturel et de circulation des patrimoines.

Depuis plusieurs années, son action contribue à promouvoir les expressions musicales marocaines et africaines sur les scènes internationales, tout en favorisant les échanges entre artistes issus de différents horizons.

Dans la province d’Essaouira, le Moussem de la Zaouïa Idrissia Ameskroud a rappelé l’importance du patrimoine spirituel dans la vie culturelle marocaine. Réunissant responsables religieux, habitants et visiteurs, cette manifestation a mis en avant les valeurs de modération, de solidarité et de transmission associées aux traditions soufies.

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