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Industries culturelles et créatives : un moteur économique en pleine accélération au Maroc
Neila Tazi aux Assises des Industries culturelles et créatives qui se sont tenues à Rabat les 2 et 3 octobre 2O24
Les industries culturelles et créatives (ICC) marocaines confirment leur montée en puissance, avec une croissance plus soutenue qu’anticipé, selon un rapport de la Société financière internationale relevant du Groupe de la Banque mondiale. Générant des dizaines de milliers d’emplois et des milliards de dirhams de revenus, ce secteur s’impose progressivement comme un levier stratégique de développement, malgré des contraintes persistantes en matière de financement et de structuration.
Une croissance soutenue portée par des filières dynamiques
Les industries culturelles et créatives au Maroc affichent des performances remarquables. En 2023, elles ont généré plus de 116.000 emplois, dépassant des secteurs établis comme la santé ou les services financiers. Sur le plan économique, elles ont produit près de 43 milliards de dirhams de revenus, enregistrant une progression de 18 % en un an.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance structurelle. Déjà en 2022, les ICC représentaient 2,4 % du produit intérieur brut, un niveau comparable à des secteurs traditionnellement considérés comme stratégiques. Au-delà de leur contribution économique, elles jouent également un rôle social significatif. Les femmes y occupent 34 % des emplois, tandis que le secteur constitue un espace d’insertion privilégié pour les jeunes.
Certaines filières se distinguent particulièrement par leur croissance. La mode et le design enregistrent une progression de 46 %, tandis que les événements et les arts vivants voient leurs revenus plus que doubler. Le patrimoine et le tourisme culturel progressent de 31 %, confirmant l’intérêt croissant pour les expériences culturelles, alors que les métiers d’art continuent de se développer à un rythme soutenu.
La co-organisation de la Coupe du Monde 2030 apparaît comme un levier majeur pour accélérer cette dynamique. Elle devrait favoriser l’internationalisation du secteur et attirer des investissements, notamment dans l’audiovisuel et les industries connexes.
Un potentiel freiné par les défis de financement et de structuration
Malgré ces performances, le rapport met en évidence des obstacles structurels qui limitent le plein développement du secteur. Le principal frein réside dans l’accès au financement. En 2021, les ICC ont capté moins de 0,5 % du crédit total accordé aux entreprises au Maroc, et seules 3 % des entreprises créatives ont bénéficié d’un financement externe.
Cette situation s’explique en partie par la nature même des activités créatives, souvent fondées sur des actifs immatériels difficiles à valoriser dans les circuits financiers classiques. Elle souligne la nécessité de mettre en place des mécanismes adaptés, notamment en lien avec la propriété intellectuelle.
Face à ces défis, le rapport formule plusieurs recommandations. Il préconise l’élaboration d’une stratégie nationale dédiée aux industries culturelles et créatives, le développement de réseaux d’incubateurs et de hubs créatifs, ainsi que le renforcement du cadre juridique et de gouvernance du secteur.
L’accompagnement des entreprises dans leur structuration financière apparaît également comme un enjeu central. Pour les acteurs institutionnels, ces mesures sont indispensables pour transformer le potentiel du secteur en véritable levier de croissance durable.
Les témoignages recueillis dans le rapport convergent vers ce constat. Les responsables de l’IFC soulignent le rôle des ICC comme moteur économique émergent, tandis que les acteurs marocains insistent sur la nécessité de mieux intégrer ce secteur dans les politiques publiques.
Au-delà des chiffres, l’étude met en lumière une évolution plus profonde : un changement de regard sur les industries culturelles, désormais perçues non seulement comme un vecteur d’expression artistique, mais aussi comme un secteur économique stratégique, capable de contribuer au rayonnement international du Maroc.