Iran–États-Unis : le pari d’Ormuz au cœur d’un bras de fer sous haute tension

Iran–États-Unis : le pari d’Ormuz au cœur d’un bras de fer sous haute tension

De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village d'Al-Halloussiyah, dans le sud du Liban qui continue de payer pour l’Iran, le 13 mai 2026 (Photo AFP).

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Affaiblie par les bombardements, confrontée à une crise économique profonde et à une instabilité politique après la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, la République islamique d’Iran mise désormais sur le contrôle du détroit d’Ormuz pour tenter de faire pression sur les États-Unis. Cette stratégie, qui repose sur la perturbation d’un passage maritime vital n'en est pas moins risqué pour le régime iranien, qui, il est vrai joue sa survie.  Mais il est tout aussi vrai que Trump joue ses midterm elections.

Le détroit d’Ormuz, principal levier stratégique de Téhéran

Pour les dirigeants iraniens, le détroit d’Ormuz représente aujourd’hui l’un des rares instruments capables de compenser l’affaiblissement militaire et économique du pays. Depuis le début de la guerre le 28 février, Téhéran a progressivement paralysé ce corridor maritime par lequel transite habituellement près d’un cinquième de la production mondiale d’hydrocarbures.

Cette décision a immédiatement provoqué une flambée des prix énergétiques et accentué les inquiétudes internationales concernant les chaînes d’approvisionnement mondiales. Les cours du pétrole ont fortement augmenté, tandis que les stocks mondiaux diminuent à un rythme qualifié de record par l’Agence internationale de l’énergie.

Pour plusieurs analystes, les autorités iraniennes estiment que cette pression énergétique pourrait fragiliser politiquement Donald Trump à l’approche des élections américaines de mi-mandat. Téhéran semble considérer que la hausse des prix du carburant et les perturbations économiques pourraient peser davantage sur Washington que sur un régime iranien déjà habitué à fonctionner sous sanctions et sous pression. Mais précisément, l’approche de cette échéance pourrait inciter Trump à frapper plus fort.

Pour l’instant, cette logique de ‘’tenir tête’’ apparaît clairement dans la communication officielle iranienne. À Téhéran, un panneau géant représentant Donald Trump accompagné du slogan “au point de rupture” résume cette stratégie d’usure psychologique et politique.

Mais ce calcul reste particulièrement risqué. Plusieurs experts estiment que le blocage d’Ormuz pourrait au contraire provoquer une reprise directe des affrontements militaires, alors qu’un cessez-le-feu fragile est officiellement en vigueur depuis le 8 avril.

Une République islamique fragilisée mais déterminée

Malgré les énormes pertes humaines et matérielles subies ces derniers mois, le pouvoir iranien continue d’afficher une ligne de fermeté face à Washington. Les frappes israélo-américaines ont détruit plusieurs infrastructures stratégiques et éliminé une partie importante de l’appareil dirigeant iranien, dont l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès les premiers jours de l’offensive.

Depuis cette disparition, les centres de décision apparaissent plus opaques. Son fils et successeur désigné, Mojtaba Khamenei, reste peu visible publiquement. Plusieurs observateurs considèrent toutefois que le véritable pouvoir s’est davantage déplacé vers les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime.

Dans ce contexte, les responsables iraniens multiplient les déclarations intransigeantes. Le président du Parlement et négociateur Mohammad Bagher Ghalibaf a récemment affirmé qu’il n’existait “pas d’autre choix” que de reconnaître les droits revendiqués par l’Iran dans sa proposition diplomatique en quatorze points.

Les autorités iraniennes considèrent que céder sous pression reviendrait à remettre en cause la survie même du régime. Plusieurs analystes estiment que Téhéran paraît prêt à absorber des coûts économiques et humains très élevés dans l’espoir de tenir jusqu’à un éventuel changement politique à Washington.

Cette posture intervient pourtant dans un climat intérieur tendu. Les manifestations de janvier, violemment réprimées, ont révélé une profonde colère sociale alimentée par la dégradation économique, les pénuries et les conséquences directes de la guerre sur les infrastructures civiles.

Malgré ce mécontentement, le pouvoir semble convaincu que la confrontation reste préférable à toute forme d’accord qui pourrait passer pour une  capitulation politique ou stratégique.

Une militarisation croissante autour du Golfe

Face aux tensions persistantes autour d’Ormuz, plusieurs pays accélèrent leurs préparatifs militaires et diplomatiques. L’Italie a annoncé le prépositionnement de deux chasseurs de mines à proximité du Golfe afin de pouvoir intervenir rapidement pour sécuriser les voies maritimes.

L’Australie s’est également dite prête à rejoindre une mission internationale proposée par la France et le Royaume-Uni pour garantir la circulation maritime dans le détroit. Canberra prévoit notamment de mobiliser un avion de surveillance Wedgetail déjà déployé dans la région.

La France souhaite de son côté porter aux Nations unies une initiative visant à créer un cadre de sécurisation “neutre et pacifique” du détroit d’Ormuz. Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d’obtenir une réouverture “sans conditions et sans péage” de cette route stratégique.

Dans le Golfe, les monarchies pétrolières observent avec inquiétude l’évolution de la situation. Le Qatar a publiquement appelé l’Iran à ne pas utiliser Ormuz comme moyen de pression contre les pays voisins.

Parallèlement, les services de renseignement américains estiment que l’Iran conserve des capacités militaires significatives malgré les frappes subies. Selon plusieurs responsables cités par la presse américaine, trente des trente-trois sites de lancement de missiles iraniens situés le long du détroit seraient de nouveau opérationnels.

Cette capacité de reconstitution rapide renforce les inquiétudes occidentales concernant une possible escalade régionale.

Le Liban et la région toujours sous pression

Alors que les discussions diplomatiques se poursuivent difficilement, la situation sécuritaire reste extrêmement instable dans plusieurs zones du Moyen-Orient, notamment au Liban.

Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, l’armée israélienne a intensifié ses frappes mercredi dans le sud du Liban et sur l’axe reliant Beyrouth au sud du pays. Plusieurs véhicules ont été visés sur l’autoroute de Jiyé, tandis que des frappes dans les régions de Nabatiyé, Jebchit et Bint Jbeil ont fait plusieurs victimes civiles et militaires selon les autorités libanaises.

Ces opérations interviennent alors que le Liban et Israël doivent reprendre des discussions à Washington sous médiation américaine, malgré l’opposition du Hezbollah soutenu par Téhéran.

En Iran, les tensions sécuritaires se traduisent également par un durcissement intérieur. Les autorités ont annoncé l’exécution d’un homme accusé d’espionnage au profit d’Israël, dans un contexte de suspicion généralisée et de renforcement des mesures sécuritaires.

Sur le plan international, Donald Trump doit rencontrer Xi Jinping à Pékin dans une séquence diplomatique où la question iranienne devrait occuper une place centrale. Le président américain a lui-même indiqué qu’une longue discussion avec son homologue chinois porterait sur la situation au Moyen-Orient.

Pour plusieurs observateurs, la crise actuelle dépasse désormais le seul affrontement entre Washington et Téhéran. Elle touche directement la sécurité énergétique mondiale, l’équilibre stratégique du Golfe et les rapports de force internationaux entre grandes puissances.

Dans ce contexte, le détroit d’Ormuz apparaît plus que jamais comme l’épicentre d’une confrontation où se mêlent enjeux militaires, pressions économiques et calculs politiques. (Quid avec AFP et MAP)

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