L’AMEJ telle que je la porte dans mon cœur et ma méoire - Abderrazzak El Hannouchi

L’AMEJ telle que je la porte dans mon cœur et ma méoire - Abderrazzak El Hannouchi

Les valeurs que l’AMEJ nous inculquait n’étaient nullement de simples théories abstraites, éloignées de notre réalité quotidienne. Bien au contraire, nous avons eu à maintes reprises l’occasion de les mettre concrètement en pratique. À cet égard, je citerai notamment l’expérience de gestion des conseils des Maisons des Jeunes, qui constituait l’une des expériences pionnières en matière d’apprentissage de la démocratie, de gestion des divergences et de gouvernance participative

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À l’occasion du 70e anniversaire de l’Association Marocaine pour l’Éducation de la Jeunesse (AMEJ), Abderrazzak El Hannouchi, acteur associatif, livre un témoignage personnel sur une expérience associative qu’il considère comme déterminante dans son parcours humain, culturel et citoyen. À travers le récit de plusieurs décennies d’engagement bénévole, il revient sur le rôle de l’AMEJ dans la formation des jeunes générations, l’apprentissage du dialogue, la culture du volontariat, l’ouverture culturelle et la transmission des valeurs de solidarité et de responsabilité collective.

Abderrazak Hannouchi

« Ne demande pas ce que ton pays peut faire pour toi, demande ce que tu peux faire pour ton pays » - John F. Kennedy, 20 janvier 1961

Chaque fois qu’il s’agit d’écrire sur des sujets où le personnel, voire l’intime, s’entrelace avec l’objectif, l’exercice devient particulièrement délicat. Cette difficulté s’accentue davantage lorsqu’il est question d’évoquer une expérience qui a profondément marqué, et continue de marquer, la conscience de générations entières, dont je fais moi-même partie. Plus encore, cette expérience a largement contribué à l’émergence de nombreuses élites qui ont servi, et servent encore, l’État et la société.

Il s’agit de l’Association Marocaine pour l’Éducation de la Jeunesse (AMEJ), dont nous célébrons aujourd’hui (19 Mai) le soixante-dixième anniversaire de création. Si sa constitution légale remonte au 19 mai 1956, son existence effective date en réalité de l’année 1948.

Pour ma part, j’ai intégré l’Association Marocaine pour l’Éducation de la Jeunesse au début de l’année 1983, alors âgé de dix-huit ans. Mes liens organisationnels avec l’association se sont interrompus, et uniquement sur le plan organique, au début des années 2000. Toutefois, l’AMEJ ne m’a jamais quitté. Elle demeure, aujourd’hui encore, profondément ancrée dans ma conscience, ma réflexion et mes rapports aux autres. Tout ce que j’y ai appris ne relevait pas simplement d’« activités » destinées au divertissement ou à l’occupation du temps libre, aussi importants et utiles que puissent être ces aspects. L’association constituait avant tout une véritable école, une institution de socialisation et d’éducation aux valeurs humaines.

La gestion de la différence

Lorsque j’ai rejoint l’association, le contexte économique, social et politique du pays était particulièrement tendu. Les débats intellectuels et idéologiques étaient vifs et leurs répercussions se faisaient sentir, à des degrés divers, sur l’ensemble du tissu associatif national. L’AMEJ n’a évidemment pas échappé à cette réalité. Néanmoins, je peux affirmer que l’AMEJ a largement réussi à gérer les divergences et à faire échec à toutes les tentatives d’hégémonie, de domination ou de monopolisation de l’opinion et de la décision au sein de l’association. Elle a également résisté à toutes les tentatives d’instrumentalisation et d’asservissement.

À plusieurs reprises, j’ai vécu de véritables « exercices » de pratique démocratique interne, de gestion de la différence, de primauté du dialogue et de valorisation du socle commun. Je puis affirmer que ce que l’AMEJ m’a apporté durant ma jeunesse m’a considérablement aidé à réviser et à corriger nombre de certitudes et de comportements que l’on pourrait qualifier de dogmatiques. L’AMEJ m’a préservé d’une pensée enfermée sur elle-même. Elle m’a aidé à prendre conscience de l’importance et de la portée de la vertu du dialogue, ainsi qu’à comprendre qu’aucun individu ne peut prétendre détenir à lui seul la vérité sur quelque sujet que ce soit. Car l’accès à la vérité, toujours relative et jamais absolue, ne peut se réaliser que dans le cadre d’une construction collective.

Une pratique concrète

Les valeurs que l’AMEJ nous inculquait n’étaient nullement de simples théories abstraites, éloignées de notre réalité quotidienne. Bien au contraire, nous avons eu à maintes reprises l’occasion de les mettre concrètement en pratique. À cet égard, je citerai notamment l’expérience de gestion des conseils des Maisons des Jeunes, qui constituait l’une des expériences pionnières en matière d’apprentissage de la démocratie, de gestion des divergences et de gouvernance participative, et ce malgré l’ensemble des contraintes auxquelles étaient confrontées, à l’époque, les associations œuvrant au sein des Maisons des Jeunes.

Je me remémore également le rôle d’avant-garde joué par l’AMEJ face à la volonté du ministère de la Jeunesse et des Sports d’imposer des redevances aux associations et de remettre en cause le principe de gratuité, à travers notamment les circulaires n° 162 et 163. Il en fut de même concernant la mobilisation contre la cession du camp de Bouznika au secteur privé, ainsi que le plaidoyer en faveur de l’amélioration des conditions de camping, allant jusqu’à la décision de boycotter les colonies de vacances en 1983.

Il est vrai que, dans ces « combats », l’AMEJ n’était pas seule et que plusieurs autres associations nationales ont également contribué, à des degrés divers, à ces mobilisations. Toutefois, le rôle joué par les regrettés Mohammed El Hayhi et Mohammed Semlali, respectivement président et secrétaire général de l’AMEJ, fut déterminant et unanimement reconnu. Tous deux ont également joué un rôle pionnier dans l’unification des efforts des associations œuvrant dans le domaine de l’enfance et de la jeunesse, ainsi que dans la création et la conduite de cadres de coordination du travail commun et de plaidoyer collectif en faveur des droits de l’enfance et de la jeunesse.

Lorsque j’ai rejoint l’association au début de l’année 1983, comme je l’ai déjà indiqué, l’intérêt principal de l’association était essentiellement centré sur l’enfance. Je parle ici principalement de la section de Rabat et de ses annexes. Je suivais alors certaines de ses activités et j’étais constamment impressionné, admiratif et profondément reconnaissant des efforts consentis par les cadres éducatifs bénévoles de l’association, lesquels faisaient d’immenses sacrifices pour concrétiser les objectifs de l’association au service de l’enfance marocaine.

Cela se traduisait notamment à travers des programmes d’activités couvrant l’ensemble des mois de l’année et l’organisation de colonies de vacances avec un haut degré de sérieux, d’engagement bénévole et de professionnalisme. J’étais particulièrement admiratif des méthodes pédagogiques innovantes et créatives adoptées par les animateurs de l’association dans le domaine de l’animation socio-éducative : chants éducatifs, jeux, marionnettes, théâtre d’ombres, kermesses, excursions de découverte, concours culturels, etc.

Équilibre et diversité

Je ne me sentais pas personnellement capable de m’engager dans le travail éducatif avec les enfants. Mes centres d’intérêt étaient davantage orientés vers l’action culturelle. Mon adhésion à l’association a d’ailleurs coïncidé avec l’arrivée de nouveaux membres partageant les mêmes préoccupations, lesquels ont contribué à instaurer une forme d’équilibre et de diversité dans les activités de l’association.

Je citerai ici tout particulièrement le regretté Saïd Ahid, qui joua un rôle important dans la vie de l’association, aussi bien au sein de la section de Rabat que dans celles d’El Jadida et de Mohammedia, et qui contribua largement au rayonnement culturel de l’association.

J’ai eu la chance, lors de mon intégration à l’association, de trouver une structure d’accueil adaptée, inclusive et porteuse pour les énergies de la jeunesse. Je peux affirmer sans hésitation que ce que j’ai appris au sein de l’AMEJ équivaut, voire dépasse, tout ce que j’ai appris dans les établissements d’enseignement formel que j’ai fréquentés au cours de mon parcours scolaire.

C’est à l’AMEJ que j’ai appris les fondements de la communication, les règles du dialogue, la dynamique de groupe et ses techniques. J’y ai également acquis les bases de l’écriture et de la rédaction sous toutes leurs formes et dans tous leurs genres. L’AMEJ m’a par ailleurs transmis de nombreuses autres compétences qu’il serait difficile d’énumérer ici de manière exhaustive.

Mais au-delà de tout cela, le plus grand privilège que j’ai eu, comme l’ensemble de ma génération, fut de connaître et de travailler aux côtés de figures emblématiques et de pionniers qui constituaient, et continuent de constituer, des modèles exemplaires et des références dont nous devons nous inspirer. Parmi eux : Mohammed El Hihi, Mohammed Semlali, El Arabi Lahlou, Mohammed Achour, Zahra Traga, que Dieu leur accorde Sa miséricorde, ainsi que d’autres qui nous ont quittés ou qui poursuivent encore le chemin, que Dieu leur prête longue vie.

L’école des « Rifaq » (les Camarades)

L’instauration d’un équilibre dans les programmes de l’association était également nécessaire au niveau des tranches d’âge. Une attention particulière fut ainsi accordée à la catégorie des adolescentes et adolescents, regroupés sous l’appellation de « Camarades de l’association » (Rifaq Al Jamâiya), qui bénéficia d’un intérêt soutenu au sein de l’AMEJ durant les années 1980 et 1990.

Je garde une grande fierté de mon expérience avec cette catégorie au niveau de l’annexe de Yacoub El Mansour, expérience particulièrement riche et diversifiée, comprenant notamment le « Club du Livre », la musique, le théâtre, le cinéma, les visites organisées de musées et d’expositions, ainsi que les excursions, entre autres activités.

Ce qui me procure encore aujourd’hui une immense joie et un profond sentiment de satisfaction, c’est de rencontrer, de temps à autre, l’un ou l’une des « anciens » de cette expérience, devenus aujourd’hui des cadres supérieurs accomplis dans leur vie personnelle et professionnelle, exemplaires dans leur comportement et leurs relations humaines, et qui viennent me dire : « Je suis untel… vous ne vous souvenez peut-être pas de moi… J’étais à l’AMEJ, et c’est là que je vous ai connu lorsque j’étais parmi les Camarades de l’association.»

Un autre aspect de l’action associative qui a profondément marqué ma vie et mon parcours réside dans les voyages organisés dans le cadre du programme « À la découverte du Maroc », encadré par l’association. Ces voyages ont ouvert nos regards sur le Maroc profond, ainsi que sur la richesse, la diversité et la pluralité des composantes de notre identité nationale.

De même, les chantiers internationaux de jeunesse organisés par l’Association Chantiers Jeunesse Maroc ont contribué à nous faire découvrir d’autres cultures et à nous ouvrir sur le monde.

L’implication des familles

Il convient également de rappeler que ce qui a grandement facilité notre action bénévole au sein de l’Association Marocaine pour l’Éducation de la Jeunesse fut la confiance que les familles nous accordaient, en nous confiant leurs filles et leurs fils et en reconnaissant notre sérieux ainsi que notre sens des responsabilités.

Cette réputation positive acquise grâce à l’AMEJ explique sans doute, aux côtés d’autres facteurs, l’émergence d’un engagement collectif de familles entières au sein de l’association. Je pense ici, pour la seule ville de Rabat, aux familles : Brahmi, El Abtah, Belghouat, Cherkaoui, Mersli, Benmbarek, Amili, Hami Eddine, Boulaâmane, El Mohafide, Erraji, Khoukhou, Bouajaj, El Kendi, Chorfi, Belkhmmar, Benabou, Reghay, Daoudi, El Fassi, et bien d’autres encore.

Au sein de l’AMEJ, les relations ne se limitaient pas à l’accomplissement des tâches bénévoles propres à chacun. Elles évoluaient progressivement vers de solides liens humains fondés sur des valeurs et des idéaux communs. Dans de nombreux cas, ces relations ont même abouti à des mariages et à la fondation de familles.

C’est d’ailleurs mon cas personnel, puisque c’est au sein de l’association que j’ai rencontré ma compagne de vie, Fatima Besbas. Ensemble, nous avons construit, et continuons de construire, un parcours commun depuis plus de quatre décennies. Il en va de même pour de nombreuses amies et de nombreux amis, à travers différentes régions du Maroc et même à l’étranger.

L’association était omniprésente dans tous les aspects de notre vie. Nous suivions les nouvelles des uns et des autres, nous nous inquiétions de l’état de santé de ceux que nous savions malades ou en difficulté, et nous nous mobilisions spontanément pour leur venir en aide. Les valeurs d’entraide, de solidarité et de soutien mutuel imprégnaient profondément nos relations. Nous allions même, naturellement, jusqu’à intervenir comme médiateurs pour résoudre certains différends personnels ou familiaux.

Une effervescence culturelle

L’orientation vers l’action culturelle au sein de l’AMEJ n’était nullement nouvelle. Dès les années 1960 et 1970, l’association avait accueilli de grandes figures intellectuelles et culturelles telles que les regrettés Mohammed Abed Al-Jabri, Mehdi El Mandjra, Salem Yafout ainsi que l’écrivain Mohamed Berrada, entre autres. Cependant, le Maroc connaîtra au début des années 1980 une véritable effervescence culturelle, et ce malgré l’intensification de la répression et de la censure, paradoxe particulièrement marquant de cette période.

Cette époque verra l’émergence et le rayonnement de nombreuses revues culturelles de référence telles que Athaqafa Al Jadida, Azmane Al Maghribi, Al Mouqaddima, Al Jisr, Al Machrouâ, Al Badil, Al Assas, Jadal, Kalima ou encore Lamalif, sans oublier auparavant les revues Afaq et Aqlam, ainsi que les suppléments culturels de la presse nationale, notamment ceux des journaux Al Moharrir, Anoual, Al Ittihad Al Ichtiraki, Al Alam et Al Bayane.

La plupart de ces publications finiront par disparaître, soit à cause de l’interdiction, soit pour des raisons matérielles. Toutefois, leur existence constitua un apport intellectuel majeur qui enrichit le débat au sein du tissu associatif et remit au cœur des discussions des thématiques telles que le rôle de l’intellectuel, les rapports entre le culturel et le politique, ou encore entre l’associatif et le culturel.

Certains se souviennent sans doute de l’article important publié en 1983 par le poète Abdellatif Laâbi dans la revue palestinienne Al Karmel, éditée à Chypre et dirigée alors par le regretté grand poète Mahmoud Darwish. Ce dernier avait choisi d’exprimer sa solidarité avec la revue Athaqafa Al Jadida, frappée par l’interdiction et la saisie de son numéro 31, en consacrant un numéro spécial d’Al Karmel à la publication intégrale du contenu censuré.

Dans cet article, Abdellatif Laâbi développait la notion de « poumon » à travers lequel respire la culture, désignant par-là les associations qui organisaient effectivement de nombreuses rencontres et manifestations culturelles dans diverses villes et localités du Royaume, y compris les différentes sections de l’AMEJ.

Ces manifestations connaissaient la participation de grandes figures de la pensée, de la littérature, de la philosophie et des arts, notamment du chant engagé, avec des groupes tels que « Arraed », fondé par les frères Amili, eux-mêmes issus de l’AMEJ, le groupe « Ghosn Azzaytoun », le duo Sanae et Mustapha, Salah Ettawil, Saïd Hobal, Saïd Al Maghribi, et bien d’autres encore.

Toutes ces expériences musicales animaient des spectacles à travers l’ensemble du territoire national, notamment dans les villes universitaires, et rencontraient un succès ainsi qu’un engouement considérable.

Durant cette période également, certaines causes occupaient une place prioritaire dans les préoccupations de l’AMEJ, au premier rang desquelles la question palestinienne ainsi que les droits humains des femmes, particulièrement avec l’émergence d’un mouvement féminin autonome porteur d’un agenda clair.

La double appartenance

Au début de mon parcours associatif, j’avais une double appartenance. En effet, j’ai rejoint la même année, en 1983, l’Association Marocaine pour l’Éducation de la Jeunesse (AMEJ) ainsi que l’Association des Chantiers Jeunesse Maroc. Peu de personnes connaissent toutefois les raisons et les circonstances de cette adhésion.

C’est l’AMEJ qui fut directement à l’origine de mon intégration aux Chantiers, dans une démarche qui ressemblait à une véritable « mission confiée », voire à une forme de « prêt » comparable à celui pratiqué dans le domaine sportif. Il en fut d’ailleurs de même pour plusieurs membres de l’AMEJ.

Dans mon cas, cela fut rendu possible grâce à Mohammed Azzam El Fassi, alors membre du bureau central de l’association, qui entretenait déjà des relations avec le  Ez-alwatan Guedira, ancien président de l’Association des Chantiers Jeunesse Maroc

À cette époque, l’Association des Chantiers traversait une phase de transition difficile et avait besoin de nouvelles énergies. El Fassi m’avait alors demandé si j’étais disposé à travailler aux côtés des amis des Chantiers et si j’étais capable de concilier mon engagement au sein des deux associations. Je n’ai pas hésité un seul instant à répondre favorablement à cette sollicitation.

J’ai trouvé auprès des amis des « Chantiers » tout le soutien et les encouragements nécessaires, ce qui a grandement facilité ma mission et contribué à la réalisation de tout ce qui a été accompli par la suite au sein de l’Association des Chantiers Jeunesse Maroc , grâce aux contributions et aux sacrifices communs de nombreuses amies et de nombreux amis.

Le travail bénévole n’a jamais été étranger aux préoccupations de l’AMEJ ; il a toujours constitué un axe central de ses programmes et activités. Les cadres de l’association faisaient d’ailleurs partie de l’instance dirigeante encadrant le projet de la « Route de l’Unité » en 1957, aux côtés du Mouvement de l’Enfance Populaire et de l’Union Nationale des Étudiants du Maroc.

Je me remémore ici certaines expériences de volontariat particulièrement marquantes vécues au niveau de l’annexe de Yacoub El Mansour, notamment à travers l’organisation de cours gratuits de soutien scolaire et de renforcement au profit des élèves des quartiers populaires, ainsi que des cours d’alphabétisation assurés bénévolement par des enseignants et des étudiants. À cela s’ajoute l’organisation, en 1983, d’un chantier de construction d’un mur à la forêt  de Harhoura, à l’initiative du regretté Si Mohammed El Hihi.

Cette culture du volontariat, acquise au sein de l’AMEJ, m’a été d’une grande utilité lorsque j’ai intégré l’Association Chantiers Jeunesse Maroc. Avec d’autres, nous avons essayé de transférer certaines « bonnes pratiques » vers les sections de l’association et d’instaurer un équilibre entre, d’une part, le travail volontaire direct fondé sur la réalisation matérielle et, d’autre part, la dimension éducative et culturelle du bénévolat.

La culture du volontariat

Évoquer aujourd’hui cette expérience personnelle au sein de l’AMEJ ne relève nullement d’une forme de glorification d’un passé révolu ni d’une quelconque nostalgie. Il s’agit simplement de rappeler certaines étapes durant lesquelles l’association a laissé une empreinte singulière et déterminante. Ce témoignage constitue, à mes yeux, un devoir de vérité.

L’école de l’AMEJ

Je ne suis pas partisan de l’idée, ni des discours, autour d’un prétendu « âge d’or » définitivement révolu, que ce soit à propos de l’histoire de l’AMEJ ou de celle d’autres organisations. Je considère au contraire que le meilleur reste à construire dans l’avenir et que chaque génération forge sa propre expérience.

Ce qui renforce aujourd’hui ma confiance dans la continuité et la pérennité des objectifs et du message de l’AMEJ, c’est ce que j’ai personnellement constaté chez la nouvelle génération des filles et fils de l’AMEJ : enthousiasme, passion, sérieux et vigilance.

J’ai ainsi eu l’honneur de contribuer à une conférence sur « La réalité des droits humains au Maroc » lors du rassemblement des jeunes de l’association organisé dans la ville d’El Hajeb à l’été 2024, ainsi qu’à d’autres rencontres organisées à l’occasion de la présentation de l’ouvrage :” Mohamed El Hihi intitulé Mémoire d’une vie”[1].

J’ai également été particulièrement impressionné par l’engagement manifesté par les jeunes de l’AMEJ lors de la cérémonie commémorative du 68e anniversaire de la création de l’association, organisée au Complexe Culturel Sidi Belyout à Casablanca, le samedi 1er juin 2024.

Cet événement coïncidait avec la finale du championnat européen de football opposant les deux clubs mythiques, le FC Barcelone et le Real Madrid, ce que l’on appelle communément « El Clasico ». J’assistais à cette rencontre aux côtés de l’ami Jamal El Mouhafid, lorsque je lui ai murmuré, tout en suivant le déroulement de la cérémonie : « Heureux soient ces jeunes qui ont résisté à la tentation du Clasico et ont suivi toutes les séquences de la cérémonie jusqu’à la fin». Il me répondit avec un sourire : « Ceux-là sont les enfants de l’école de l’AMEJ. » – Et tout était dit !

[1] Publié dans le cadre des publications du cercle « Fidélité à la mémoire de Mohamed El Hihi », aux éditions Al Fassila, en 2024, sous la direction de Jamal El Mohafide et d’Abderrazzak El Hannouchi.

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