Les messages subliminaux de Benkirane – Par Bilal TALIDI

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Abdalilah Benkirane – Abdellatif Hammouchi :« La première fois qu’à ce niveau un lien est établi, entre cette attaque étrangère contre le Maroc et la tentative d’installer la suspicion et des tensions entre l’Institution monarchique et les services, en corrélation avec la haute compétence professionnelle »

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La sortie médiatique d’Abdalilah Benkirane samedi soir sur sa page Facebook fut inhabituelle à bien des égards. Bilal Talidi qui avance cette lecture de l’évènement explique pourquoi elle est inhabituelle.

 Inhabituelle de par son timing, puisque Benkirane a pour principe de ne pas s’exprimer à la veille de l’anniversaire de l’accession du Roi au Trône, du fait que son logos politique croit fermement que le faire pourrait être perçu comme un message, inconvenant à cette occasion, adressé au Roi.

Instiller la suspicion

Inhabituelle également au vu du sujet abordé dans cette sortie, en l’occurrence une affaire sensible qui laisse perplexe nos politiciens hardis à en débattre que s’ils reçoivent un signal dans ce sens. L’affaire en question porte sur l’accusation du Maroc par nombre d’organisations internationales d’avoir utilisé un programme d’espionnage qui aurait ciblé des responsables d’autres pays, des journalistes et des personnalités publiques. L’allégation est allée jusqu’à accuser les services de renseignement marocains d’avoir usé de cet œil de Juda contre le Roi du pays !

Ces politiciens, malgré la publication de plusieurs communiqués officiels démentant ces allégations, tant par le ministère des Affaires étrangères que par le Parquet, n’ont pas osé aborder ce sujet, du moins pas avant la sortie de Benkirane.

Cette même sortie de Benkirane est tout aussi inhabituelle au regard des messages qu’elle recèle. C’est la première fois qu’à ce niveau un lien est établi entre cette attaque étrangère contre le Maroc et la tentative d’installer la suspicion et des tensions entre l’Institution monarchique et les services, en corrélation avec la haute compétence professionnelle de l’appareil sécuritaire et la stature de l’homme qui en a la charge (Abdellatif Hammouchi), connu pour son professionnalisme, sa fidélité et sa loyauté au Trône, sa rectitude et sa piété.

En établissant subtilement ce lien, Benkirane fait observer que l’attaque livrée par les adversaires contre la monarchie marocaine passe immanquablement par un travail de sape ciblant le socle et les fondements de l’Etat marocain pluriséculaire, ainsi que les personnalités compétentes qui, à la fois, occupent de hauts postes de responsabilité et demeurent scrupuleusement attachés à ces mêmes fondements.

Pour Benkirane, les puissances étrangères hostiles au Maroc savent pertinemment qu’une partie des progrès du pays tient à son appareil sécuritaire, et plus particulièrement au responsable en charge de cet appareil connu pour ses qualités sus-citées. Il n’est donc pas étonnant, selon lui, que ces parties hostiles au Maroc recourent à une tactique pernicieuse visant à créer une tension entre la monarchie et les services de renseignement sous prétexte que ces derniers seraient devenus si prépondérants qu’ils en viennent à contrôler le Roi lui-même en mettant son téléphone sous écoute !

Les messages de Benkirane sont clairs. Le Maroc est aujourd’hui et sera demain la cible d’attaques étrangères. Tant qu’il défrichera de nouveaux horizons et élargira la marge de son indépendance en mettant à profit les intrants de la situation internationale et régionale et les opportunités qu’ils offrent, les manœuvres iront croissantes particulièrement du côté du voisin de l’Est, l’Algérie. 

L’attachement à la monarchie

Nulle autre option n’est donc envisageable, ni aujourd’hui ni demain, hors de l’attachement à l’institution monarchique, garante de la stabilité. Il est donc impératif que la vigilance reste de rigueur face aux desseins visant à semer les tensions entre les institutions ou avec la monarchie. Il est tout aussi important de comprendre, surtout lors de la prochaine échéance électorale, que le fait de surmonter l’excroissance de ces défis requiert une structure politique forte et un gouvernement adossé à une base sociale solide. Ainsi consolidée, les Marocains ne seront que plus apte à mieux apporter leur appui à la monarchie et à tous ses choix et décisions, et en cas de besoin de soutien à la diplomatie officielle, pour l’aider à se libérer de la pression médiatique malveillante et tendancieuse, renforcer sa stature du Royaume dans le concert des nations et conférer à ses positions davantage de crédibilité.

Certains s’attendaient à ce que Benkirane exploite cette occasion pour s’adresser à certains milieux qui visent le PJD, ou qu’il s’exprime sur sa candidature au Parlement, ou encore sur la rencontre de l’invraisemblable concertation organisée par le Secrétaire général du parti Saad Dine El Otmani avec la direction du Parti authenticité et modernité (PAM) débouchant sur un communiqué où les deux parties affirment leur « volonté commune » d’agir pour réussir les prochaines élections. 

Toutes ces conjectures sont tombées à l’eau, car elles comprennent mal la mécanique politique de Benkirane plus enclin à s’intéresser aux questions stratégiques qu’aux sujets de second ordre. Par sa sortie, il a montré à tout le monde et pas uniquement aux élites de la haute sphère qu’il est le plus apte - en comparaison avec les autres élites y compris la direction de son propre parti- à comprendre les besoins de l’Etat, et le plus audacieux à aborder frontalement les questions sensibles que tentent d’éluder les autres politiciens qui attendent la sollicitation pour s’exprimer.

Par-dessus tout, il cultive l’art d’argumenter avec le public au moment où les conceptions deviennent confuses et que s’amoncellent à l’horizon les brumes de l’incertitude. Il a l’audace de s’adresser au Roi pour exprimer sa disposition aux cotés des élites politiques à défendre les intérêts vitaux du Maroc et à faire face aux attaques étrangères visant à torpiller les avancées du pays. Il a aussi le courage de dire que, dans les moments de crise, le pays a le plus besoin d’une structure politique forte qui serve d’appui à la monarchie et de soutien à ses grands choix stratégiques et que la demande pressante des élites politiques en matière de réforme et de démocratisation est une question à la fois recevable et légitime, tant elle renforce la monarchie au lieu de l’affaiblir et revigore l’immunité du pays face à ses adversaires.

 

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