Les scènes culturelles marocaines entre Paris, Meknès, Louxor

Les scènes culturelles marocaines entre Paris, Meknès, Louxor

À Rabat, les championnats du Maroc de Breaking et de Hip Hop ont réuni une nouvelle génération de danseurs venus des différentes régions du Royaume

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Entre la Semaine africaine de l’UNESCO à Paris, la clôture du Festival international de cinéma d’animation de Meknès, les championnats nationaux de Breaking et de Hip Hop à Rabat, les initiatives artistiques dédiées à la petite enfance à Casablanca et l’hommage annoncé à feu Abdelwahab Doukkali au Festival du cinéma africain de Louxor, plusieurs manifestations culturelles ont mis en avant la diversité des expressions artistiques marocaines, les enjeux de transmission culturelle et l’émergence de nouvelles générations de créateurs.

À l’UNESCO, les écrivains marocains interrogent les mutations des littératures africaines

La littérature africaine contemporaine, ses mutations et ses nouvelles thématiques ont occupé une place centrale lors du Salon du livre africain organisé dans le cadre de la Semaine africaine de l’UNESCO à Paris. Les écrivains marocains invités à cette manifestation ont multiplié les échanges autour des questions de migration, de transmission culturelle, d’écologie et d’identité, dans un contexte marqué par l’évolution des formes narratives africaines.

L’écrivaine, poète et artiste peintre Fatima Chbibane Bennaçar a présenté plusieurs recueils de poésie, parmi lesquels “À l’aube naissante”, “Au rivage de mes vagues”, “La partition de ta vie” et “Lianes du désir”. Cofondatrice de ce rendez-vous culturel en 2019 avec la délégation du Sénégal, elle a rappelé son attachement à cette initiative devenue un espace d’échange entre auteurs africains.

Lors de sa conférence consacrée à la migration et à l’hybridité culturelle dans la littérature africaine contemporaine, elle a souligné l’évolution du regard porté sur les trajectoires migratoires. Selon elle, les nouvelles écritures africaines ne présentent plus uniquement la migration comme une rupture douloureuse ou un exil subi, mais également comme une expérience de circulation culturelle, de métissage et d’enrichissement humain.

La question écologique a également traversé les débats. Le thème de l’eau, retenu pour cette édition de la Semaine africaine, a permis d’aborder les enjeux liés aux sécheresses, aux inondations et aux déséquilibres environnementaux qui touchent plusieurs régions africaines. Fatima Chbibane Bennaçar estime ainsi que les littératures africaines pourraient intégrer davantage, dans les années à venir, les imaginaires écologiques et les perspectives liées à l’afro-futurisme.

L’écrivaine Halima Haidour a présenté, elle, son ouvrage “Les contes de ma Khadouj”, consacré au patrimoine oral africain et à la transmission des valeurs liées aux ressources naturelles. Elle a insisté sur la place des rivières, des montagnes, des mers et des paysages naturels dans les récits populaires africains, considérés comme des supports de transmission culturelle et environnementale.

Pour l’auteure, ces récits permettent d’ancrer chez les jeunes générations des valeurs liées au respect de la nature et à la préservation des ressources. Elle a également mis en avant la dimension interculturelle de la Semaine africaine de l’UNESCO, qui réunit plusieurs traditions artistiques, culinaires et patrimoniales du continent.

L’écrivain Najib Lahlou a, pour sa part, évoqué des thématiques liées à la diaspora, au développement personnel et aux transformations sociales contemporaines. Ses ouvrages abordent notamment les mutations des relations humaines, les crises individuelles et collectives, ainsi que les tensions qui traversent les modèles familiaux et sociaux actuels.

Le FICAM clôture sa 24e édition sous le signe de la jeunesse et de l’animation

À Meknès, le Festival International de Cinéma d’Animation de Meknès (FICAM) a refermé les portes de sa 24e édition après six jours de projections, de rencontres professionnelles et d’activités destinées au grand public et aux jeunes publics.

Organisé par la Fondation Aïcha en partenariat avec l’Institut français du Maroc à Meknès, le festival était placé cette année sous le thème “La jeunesse fait son cinéma d’animation”. La cérémonie de clôture a été marquée par la projection du long-métrage franco-luxembourgeois “La vie de Château, mon enfance à Versailles”, réalisé par Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H’limi, nommé aux César 2026.

Le palmarès de cette édition a distingué plusieurs productions internationales dans les différentes catégories. Dans la compétition internationale du court métrage d’animation, le Grand Prix du Jury est revenu à “Une Fugue” d’Agnès Patron, tandis que le Prix Jeunesse a récompensé “Tigre et Renard : Les animaux aussi pleurent leurs morts”, réalisé par Romain Verlinde, Clémence Cognot, Sully Desplats, Arthur Davignie et Hélia Deplanque.

Le Prix du meilleur film étudiant a été attribué ex aequo à “À l’Ombre des draps” de Lina Saidani et à “Gauze”, réalisé par Noran Fikri Alezabi, Nicholas Arujah, Xinyue Ma, Yulin Yue et Xiaonan Zhou.

Le Jury Junior a distingué “Chère fin”, réalisé par Khéma Cousin, Lien Franckel, Laora Le Boursicot, Alissende Masson, Joséphine Mounier et Clément Saden. Le public a, quant à lui, récompensé “Two Ships” de McKinley Benson, tandis qu’“Autokar” de Sylwia Szikiladz a obtenu une mention spéciale du jury.

Dans la catégorie du long métrage d’animation, le Grand Prix du Jury a été attribué à “Allah n’est pas obligé” de Zaven Najjar, alors que le Prix du public est revenu à “Arco” de Ugo Bienvenu.

Le cinéma immersif a également occupé une place importante à travers la compétition dédiée aux œuvres en réalité virtuelle. Le Grand Prix du Jury a été décerné à “Less Than 5gr of Saffron” de Négar Motevalymeidanshah, qui a également obtenu une mention spéciale du jury VR. Le Prix du public a distingué “The Big Cube” de Menghui Huang.

Cette édition a réuni 90 films, répartis entre courts et longs métrages. Les projections se sont déroulées dans plusieurs espaces de la ville, notamment les cinémas Caméra et Dawliz, le centre Manouni et le théâtre de l’Institut français.

Au-delà de Meknès, le festival a également proposé des projections dans onze villes marocaines, avec un total de 47 films diffusés à travers le Royaume.

Le Breaking marocain vise Dakar 2026 et confirme sa structuration

À Rabat, les championnats du Maroc de Breaking et de Hip Hop ont réuni une nouvelle génération de danseurs venus des différentes régions du Royaume. Organisée par la Fédération Royale Marocaine des Sports Aérobic, Fitness, Hip Hop et Disciplines Assimilées, cette compétition a confirmé l’essor continu des cultures urbaines au Maroc.

Les catégories B-Boys, B-Girls et B-Kidz ont permis de mettre en avant les performances techniques et artistiques des jeunes danseurs marocains, dans une discipline qui poursuit sa structuration.

L’événement a également constitué une étape importante dans le processus de qualification aux Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026.

Après des étapes organisées au Portugal puis en Australie, la Fédération marocaine a obtenu deux quotas qualificatifs pour les JOJ de Dakar 2026. Le Maroc devient ainsi le seul pays africain, hors Sénégal, à décrocher deux places pour cette compétition.

À l’issue des battles de qualification, Bilel Ferraouch et Nawel Ennadre ont été désignés pour représenter le Royaume lors de cette échéance internationale.

Dans la catégorie B-Boys Adult, Bilal Mellakh, alias B-Boy Billy, a remporté la médaille d’or, devant Souheil El Fethi et Seifeddine Khodar. Chez les B-Girls Adult, la première place est revenue à Salma Assmi, alias B-Girl Alma, suivie de Walaa Amezzargou et Meryem Hamouch.

Chez les B-Kidz, Bilel Ferraouch a décroché la médaille d’or devant Nawel Ennadre et Ymran Belghaza.

De Casablanca à Louxor, transmission culturelle et hommages artistiques

À Casablanca, le projet pédagogique et artistique “Boudour Wa Joussour” a mis en lumière le rôle des arts dans l’enseignement préscolaire à travers un spectacle présenté au Complexe culturel El Ghali.

Les enfants participants ont proposé plusieurs performances mêlant théâtre, chant, narration et expression corporelle, dans le cadre d’ateliers artistiques et culturels intégrés au parcours préscolaire.

Le spectacle s’est appuyé sur “La Huppe et les Douze Oiseaux”, adaptation pour la petite enfance de “La Conférence des Oiseaux” de Farid al-Din Attar. Le récit met en avant les valeurs de citoyenneté, de solidarité, d’ouverture à l’autre et de vivre-ensemble.

La présidente et cofondatrice de l’association Oum El Ghait, Amal El Kadiri Berrada, a indiqué que le projet vise à renforcer la place des arts et de la culture dans l’enseignement préscolaire. Des éducatrices ont bénéficié d’un accompagnement assuré par plusieurs artistes et professionnels du spectacle, dont Amal Ayouch et Naima Zitan.

Le projet est mené dans le cadre d’un partenariat avec la Fondation Mohammed VI pour la Promotion des Œuvres Sociales de l’Éducation-Formation et la Fondation Marocaine pour la Promotion de l’Enseignement Préscolaire.

Loin de Casablanca, les organisateurs du Festival du cinéma africain de Louxor ont annoncé que la 16e édition de la manifestation, prévue du 25 au 31 mars 2027, rendra hommage à feu Abdelwahab Doukkali.

Cet hommage mettra en avant la contribution de l’artiste marocain au cinéma arabe et africain à travers ses compositions musicales, devenues des références dans la mémoire artistique collective.

Le festival honorera également l’acteur égyptien Ahmed Malek pour son parcours cinématographique.

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