Licenciements massifs dans les entreprises américaines…quel impact sur le marché d’emploi ? Par Karim Aouifia

Licenciements massifs dans les entreprises américaines…quel impact sur le marché d’emploi ? Par Karim Aouifia

Manifestation le 19 février 2025 contre Elon Musk quand il procédait à des coupes claires dans les emplois

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Plus d’un million de suppressions d’emplois annoncées en 2025, un rythme d’embauches en net ralentissement et des secteurs stratégiques touchés de plein fouet : le marché du travail américain traverse une phase de recomposition profonde. Karim Aouifia de MAP New York revient sur la fragilité d’un modèle longtemps présenté comme le plus dynamique au monde, pris dans l’étau des restructurations post-pandémie, la pression sur les coûts et la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Par Karim Aouifia

New York - Une incertitude ambiante s’empare du marché de l’emploi aux Etats-Unis. Les dernières vagues de licenciements massifs opérés au sein de plusieurs compagnies a semé le doute et soulevé des questions sur les causes réelles d’un "phénomène" qui s’est accentué en 2025, ainsi que sur la santé d’un marché jadis exubérant, mais qui semble désormais aux prises avec des mutations profondes.

De l’avis des observateurs, les dernières statistiques semblent renseigner sur un changement de paradigmes, voire une nouvelle réalité qui commence à s’installer dans le marché de l’emploi américain à l’ère d’une expansion impressionnante de l’intelligence artificielle. A en croire des chiffres relayés par plusieurs médias US, jusqu’à fin 2025, plus de 1,2 million de suppressions d’emplois ont été annoncées, soit le niveau le plus élevé depuis 2020.

Cette situation s’est répercutée sur la performance de l’économie qui n’a créé qu’une moyenne de 49.000 emplois chaque mois en 2025, soit un ralentissement significatif par rapport aux 168.000 emplois créés par mois en 2024, selon le Bureau des statistiques du travail. Cette nouvelle tendance, qui affecte de grandes compagnies dans des secteurs importants comme la technologie, la finance, la logistique et l’industrie manufacturière, est appelée à s’accentuer en 2026. D’après Business Insider, plus de 100 entreprises comme Amazon, Nike et Verizon se préparent à de nouvelles vagues de licenciements durant l’année en cours.

Pour expliquer cette “ruée” vers la suppression des emplois, des observateurs évoquent une stratégie de restructuration et de réorganisation qui s’impose après une vague de recrutements coûteux durant la pandémie de Covid-19.

“De grandes entreprises comme Amazon et UPS suppriment des emplois et cherchent à réduire le nombre de leur personnel après des années de croissance fulgurante”, écrit le journaliste économiste, Konrad Putzier, relevant que ces compagnies avaient pourtant généreusement augmenté leurs effectifs pendant la pandémie et accordé d’importantes augmentations de salaire.

Dans un article publié sur le Wall Street Journal, ce spécialiste fait remarquer que certaines entreprises se sont rendu compte que ces vagues d’embauche opérées durant la crise sanitaire étaient exagérées et à l’origine d’une explosion des dépenses et d’une bureaucratie excessive.

“Beaucoup de ces entreprises réalisent qu’elles étaient devenues trop grandes”, estime de son côté Guy Berger, chercheur principal au sein de Burning Glass Institute, un groupe de réflexion basé à Philadelphie qui étudie les données du marché de l’emploi aux Etats-Unis.

Même son de cloche chez l’expert économique et financier Gene Marks qui estime, dans un article publié dans la Gazette du Congrès The Hill, que la véritable raison de ces licenciements tient en un mot: la bureaucratie, expliquant que les entreprises concernées sont en train de se débarrasser des “excès accumulés” depuis la pandémie en vue d’une meilleure restructuration.

Pour d’autres analystes et hauts responsables de compagnies, la nouvelle réalité ôte le voile sur un changement profond du paysage du travail lié en premier lieu à l’expansion fulgurante de l’intelligence artificielle et les “gains d’efficacité” et de rentabilité qu’elle procure.

“Il faut garder à l’esprit que le monde évolue rapidement. Cette génération d’IA est la technologie la plus transformatrice que nous ayons connue depuis Internet, et elle permet aux entreprises d’innover beaucoup plus vite qu’auparavant”, avait déclaré Beth Galetti, vice-présidente senior du géant du commerce électronique Amazon.

Corroborant cette nouvelle orientation, des économistes de la banque américaine d’investissement Goldman Sachs indiquent, dans une note publiée récemment, que l’IA a entraîné la perte nette de 5.000 à 10.000 emplois par mois dans les secteurs les plus exposés en 2025, ajoutant que ce chiffre frôlera les 20.000 par mois en 2026.

Dans cette veine, Business Insider relève que cette tendance ne se limite pas aux Etats-Unis, mais revêt une dimension mondiale. Citant une étude du Forum économique mondial publiée l’année dernière, le média américain spécialisé note que 41% des entreprises de par le monde prévoient de réduire leurs effectifs au cours des cinq prochaines années en raison de l’essor de l’IA.

D’autres analystes ne partagent pas l’avis que l’intelligence artificielle soit la principale raison à l’origine de cette vague de licenciements en cours au sein de plusieurs compagnies américaines, expliquant qu’il est encore trop tôt de mesurer l’impact de cette technologie et que les opérateurs économiques mettront du temps pour se mettre au diapason de la nouvelle ère numérique.

“ChatGPT n’a été lancé qu’il y a trois ans… Il est rare qu’une nouvelle technologie se développe et que les employés s’y adaptent immédiatement. Cela ne fonctionne tout simplement pas comme ça”, estime Martha Gimbel, directrice exécutive à l’Université de Yale.

Ces experts évoquent plutôt des facteurs liés notamment à l’impact des droits de douane imposés récemment aux partenaires commerciaux des Etats-Unis, et à la volonté des entreprises de maximiser leurs profits.

Malgré ce contexte d’incertitude marqué par un rythme d’embauches atone et des licenciements persistants, des économistes estiment que la première économie mondiale affiche toujours un marché du travail relativement sain et une forte croissance du PIB, alors que nombre d’entreprises font montre de résilience à travers des profits élevés.

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