Maintien de la paix : Rabat relance le débat francophone sur l’avenir des opérations onusiennes

Maintien de la paix : Rabat relance le débat francophone sur l’avenir des opérations onusiennes

Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et son homologue français Jean-Noël Barrot

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Rabat a accueilli la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, organisée en partenariat avec l’ONU et l’Organisation internationale de la Francophonie. La rencontre, coprésidée par le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita et son homologue français Jean-Noël Barrot, a réuni 63 délégations, dont 26 représentées au niveau ministériel. Les discussions ont porté sur les défis auxquels font face les opérations de maintien de la paix, la nécessité de réformer les mandats onusiens, l’évolution des conflits armés et le renforcement de la coopération francophone dans ce domaine.

Rabat accueille une conférence internationale sur les défis du maintien de la paix

Le Maroc a accueilli à Rabat la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone, dix ans après une première édition organisée à Paris en 2016. La rencontre intervient dans un contexte international marqué par la multiplication des crises, la transformation des conflits armés et les débats engagés au sein des Nations Unies autour de la réforme de l’architecture du maintien et de la consolidation de la paix.

Organisée avec le soutien de l’Organisation des Nations Unies et de l’Organisation internationale de la Francophonie, la conférence a rassemblé des représentants gouvernementaux, des responsables onusiens, des experts civils et militaires ainsi que des acteurs régionaux impliqués dans les opérations de paix.

Au total, 63 délégations représentant différents continents ont pris part aux travaux, dont 26 au niveau ministériel. Cette forte participation illustre l’importance croissante des questions liées au maintien de la paix dans un environnement international marqué par des conflits prolongés, des menaces asymétriques et une pression accrue sur les ressources des missions onusiennes.

L’organisation de cette rencontre à Rabat est également présentée comme une reconnaissance du rôle joué par le Maroc dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies depuis plusieurs décennies. Le Royaume participe en effet aux missions onusiennes depuis 1960 et a déployé plus de 100.000 Casques bleus dans différentes zones de conflit.

Aujourd’hui encore, près de 1.340 militaires marocains sont engagés dans des missions de maintien de la paix, principalement au sein de la MINUSCA en République centrafricaine et de la MONUSCO en République démocratique du Congo.

À travers cette conférence, les pays francophones ont cherché à dégager une lecture commune des défis auxquels font face les opérations onusiennes, notamment dans les espaces africains où se concentrent une grande partie des missions actuelles.

Nasser Bourita appelle à des mandats plus réalistes et adaptés au terrain

Lors de la séance d’ouverture, Nasser Bourita a insisté sur la nécessité d’adapter les opérations de maintien de la paix aux réalités actuelles des conflits.

Le chef de la diplomatie marocaine a estimé que les mandats onusiens doivent être réalistes, clairement définis et régulièrement réévalués afin d’éviter qu’ils ne deviennent des instruments de gestion du statu quo plutôt que de véritables leviers de règlement des crises.

Selon lui, les opérations de paix doivent s’appuyer sur des objectifs atteignables et sur des stratégies politiques cohérentes. Il a souligné qu’il vaut mieux poursuivre des objectifs limités mais réalisables que maintenir des engagements irréalistes difficiles à concrétiser sur le terrain.

Nasser Bourita a également évoqué l’évolution des théâtres d’opérations, devenus plus complexes et plus dangereux. Il a alerté sur la montée des menaces asymétriques, notamment les attaques menées par des groupes armés non étatiques et des mouvements séparatistes liés à des organisations terroristes contre les Casques bleus.

Face à cette situation, le ministre marocain a appelé à une politique de tolérance zéro contre les crimes visant le personnel des opérations de maintien de la paix.

Il a aussi insisté sur le fait que les missions onusiennes doivent demeurer des instruments temporaires destinés à accompagner des solutions politiques durables et non à s’y substituer. Dans cette logique, il a estimé que la fermeture d’une mission doit pouvoir être envisagée lorsque les conditions politiques et sécuritaires le permettent.

Le ministre a par ailleurs souligné l’importance de renforcer la contribution francophone aux opérations de paix. Il a rappelé que l’espace francophone accueille près des deux tiers des missions onusiennes en cours et concentre près de 60 % du budget consacré au maintien de la paix.

Malgré ce poids opérationnel, la contribution francophone en effectifs reste inférieure à son potentiel. Nasser Bourita a ainsi plaidé pour le développement d’une doctrine francophone commune, le renforcement des capacités humaines et l’amélioration de l’interopérabilité entre contingents francophones.

Il a également mis en avant le rôle du Centre de formation d’excellence pour le maintien de la paix de Benslimane, présenté comme un outil destiné à accompagner la formation et la préparation des personnels déployés dans les opérations onusiennes.

La France et l’ONU soulignent l’importance des opérations de paix

Prenant la parole à son tour, Jean-Noël Barrot a qualifié le Maroc d’« acteur clé » du maintien de la paix et de partenaire majeur sur le continent africain.

Le ministre français a salué les initiatives marocaines en faveur de la stabilité, du développement et de la coopération régionale, tout en rappelant le rôle joué par les opérations onusiennes dans les zones de conflit.

Selon lui, les missions de paix demeurent indispensables pour contenir les violences, protéger les populations civiles et soutenir les processus politiques dans des régions souvent éloignées de l’attention internationale.

Jean-Noël Barrot a également insisté sur la capacité des Casques bleus à favoriser le retour des institutions étatiques dans les zones stabilisées et à accompagner les programmes humanitaires et de développement des Nations Unies.

Le responsable français a souligné que plusieurs études démontrent l’impact positif des opérations de maintien de la paix sur la réduction des violences et la préservation des droits humains.

Il a toutefois reconnu que les attentes envers ces missions restent élevées : protection des civils, sécurisation de l’aide humanitaire, soutien aux processus politiques, désarmement ou encore déminage.

Face aux nouvelles menaces, Jean-Noël Barrot a plaidé pour un maintien de la paix plus agile, mieux équipé et capable de faire face aux transformations technologiques des conflits, notamment l’usage des drones et les campagnes de désinformation.

Le ministre français a également insisté sur l’importance du facteur linguistique et culturel dans les missions déployées en environnement francophone. Selon lui, la maîtrise de la langue locale et la compréhension des contextes sociaux constituent des éléments essentiels pour renforcer la confiance avec les populations.

Il a enfin mis en avant la nécessité de renforcer la participation des femmes dans les opérations de paix, estimant qu’aucun processus de paix durable ne peut être construit sans inclusion.

Dans une intervention vidéo diffusée lors de la conférence, Antonio Guterres a remercié le Maroc et la France pour l’organisation de cette rencontre.

Le secrétaire général des Nations Unies a rappelé que le monde connaît actuellement le plus grand nombre de conflits depuis 1945. Dans ce contexte, il a estimé que le maintien de la paix demeure l’un des instruments les plus concrets et les plus rentables de l’ONU.

Antonio Guterres a souligné que les missions produisent des résultats lorsqu’elles bénéficient d’un mandat clair, d’un soutien politique réel et de moyens adaptés aux réalités du terrain.

Il a également évoqué l’initiative « UN80 », engagée pour réfléchir à l’adaptation des opérations de maintien de la paix aux nouvelles réalités sécuritaires et politiques.

La Déclaration de Rabat plaide pour un maintien de la paix réformé

Les travaux de la conférence se sont conclus par l’adoption de la Déclaration de Rabat, dans laquelle les délégations participantes ont salué le rôle du Maroc en tant qu’acteur engagé dans la promotion de la paix et de la sécurité internationales.

Le texte met également en avant les efforts marocains en matière de médiation, de diplomatie préventive et de promotion du dialogue dans le règlement pacifique des différends.

Les participants y expriment leur préoccupation face à l’augmentation des attaques contre les opérations de maintien de la paix menées par des groupes armés et des acteurs non étatiques utilisant de nouveaux outils et armements.

La Déclaration condamne fermement ces attaques, susceptibles de constituer des crimes de guerre, et rappelle l’importance de garantir la liberté de mouvement des Casques bleus.

Les ministres signataires se disent favorables à des mandats plus clairs, plus réalistes et davantage centrés sur les solutions politiques et les stratégies de sortie de crise.

Ils réaffirment également leur soutien aux efforts multilatéraux visant à renforcer l’efficacité des opérations de maintien de la paix et à améliorer leur adaptation aux réalités locales.

Le document insiste aussi sur le rôle de la formation dans la sécurité et la performance des missions onusiennes. Les participants encouragent le développement de standards communs et le renforcement de l’interopérabilité entre contingents francophones.

Les délégations ont également mis l’accent sur le multilinguisme comme outil de lutte contre la désinformation et les discours de haine visant les Casques bleus déployés sur le terrain.

Enfin, les États participants se sont engagés à poursuivre les concertations au sein de l’ONU, de l’Organisation internationale de la Francophonie et des autres instances multilatérales afin de promouvoir une approche du maintien de la paix fondée sur le réalisme, le pragmatisme et l’adaptation aux nouvelles formes de conflit.

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