Patrimoine, cinéma et arts visuels : quatre actualités culturelles et scientifiques à suivre

Patrimoine, cinéma et arts visuels : quatre actualités culturelles et scientifiques à suivre

Le directeur de l’INSAP, Abdeljalil Bouzouggar, qualifie ce site de témoignage exceptionnel du génie hydraulique almohade dont la valorisation repose sur une meilleure documentation scientifique et historique

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De Benguérir à Dakhla, en passant par Rabat, plusieurs initiatives mettent en lumière la richesse du patrimoine, de la création artistique et de la réflexion culturelle au Maroc. Des experts appellent à préserver les citernes almohades de Sidi Bouathmane, tandis que le cinéaste malien Manthia Diawara livre sa vision de l’évolution du cinéma africain. Dans la capitale, deux expositions célèbrent la photographie et les arts plastiques à travers des approches originales.

Mustapha TAIAU, né en 1961 à Mokrisset, dans la région de Ouezzane au Maroc, est un marcheur infatigable, un amoureux des grands espaces. Montagnes, forêts, rivages : il arpente ces territoires où la nature déploie des scènes presque théâtrales, offertes à qui sait regarder.

Rhamna mobilisée pour la sauvegarde des citernes almohades de Sidi Bouathmane

La rencontre a permis de croiser les expertises de spécialistes issus de l’archéologie, de l’histoire, de la géologie, de l’hydraulique et de la conservation du patrimoine

Chercheurs, experts, responsables institutionnels et représentants de la société civile ont plaidé à Benguérir pour une approche intégrée destinée à préserver et valoriser les citernes almohades de Sidi Bouathmane, un ensemble hydraulique remarquable datant du XIIe siècle.

Réunis dans le cadre des « D.Days Scientifiques des Citernes Almohades de Sidi Bouathmane », organisés par la Province de Rehamna et l’organisation OTED (Territorial Empowerment and Development), les participants ont souligné l’importance de fédérer les savoirs scientifiques, les collectivités territoriales et les communautés locales autour d’un projet commun de conservation.

La rencontre a permis de croiser les expertises de spécialistes issus de l’archéologie, de l’histoire, de la géologie, de l’hydraulique et de la conservation du patrimoine afin d’approfondir les connaissances sur ce complexe composé d’un barrage, d’un réseau de canalisations, d’un bassin de décantation et de neuf citernes voûtées.

Plusieurs institutions universitaires et scientifiques ont pris part aux travaux, notamment l’Université Cadi Ayyad, l’Université Mohammed VI Polytechnique, l’Université Chouaib Doukkali, l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine (INSAP) ainsi que le Musée Mohammed VI pour la Civilisation de l’Eau au Maroc.

Le directeur de l’INSAP, Abdeljalil Bouzouggar, a qualifié ce site de témoignage exceptionnel du génie hydraulique almohade, estimant que sa valorisation repose sur une meilleure documentation scientifique et historique. Il a également rappelé que le patrimoine peut constituer un puissant levier de développement territorial lorsqu’il s’appuie sur des connaissances solides et une stratégie durable.

La coordinatrice territoriale d’OTED, Houda Alaoui, a indiqué que cette initiative vise à rapprocher la recherche scientifique des dynamiques locales de développement. Elle a précisé que le projet s’inscrit dans la démarche du « Rhamna Geopark », candidat au label Geopark mondial de l’UNESCO.

Classées monument historique depuis janvier 2024, les citernes de Sidi Bouathmane représentent aujourd’hui un élément majeur du patrimoine hydraulique marocain et un potentiel vecteur d’attractivité culturelle, éducative et touristique.

Manthia Diawara décrypte les nouvelles trajectoires du cinéma africain

Président du jury de la compétition officielle des longs métrages du Festival international du film de Dakhla, le cinéaste et universitaire malien Manthia Diawara estime que le cinéma africain contemporain ne peut plus être envisagé comme un bloc homogène.

Dans un entretien accordé à la MAP, il explique que les cinémas du continent se caractérisent désormais par une pluralité d’expériences individuelles et de regards d’auteurs qui dialoguent avec le monde à partir de leurs réalités locales.

Selon lui, les pionniers du cinéma africain, à l’image d’Ousmane Sembène, ont joué un rôle fondamental dans la construction d’une conscience culturelle postcoloniale et dans l’affirmation des identités nationales. Toutefois, depuis la fin des années 1980, une nouvelle génération de réalisateurs a entrepris de renouveler les formes narratives et les thèmes abordés.

Manthia Diawara considère que les cinéastes africains d’aujourd’hui puisent davantage dans leurs expériences personnelles, leurs mémoires individuelles et leurs univers intimes. Cette évolution permet, selon lui, de produire des récits universels sans renoncer à leur ancrage culturel.

Le chercheur souligne également l’émergence de modèles variés, citant notamment l’expérience du cinéma nigérian, dont le succès repose sur sa proximité avec un large public. Pour lui, cette diversité témoigne de la vitalité d’un secteur en constante transformation.

Saluant la politique marocaine de soutien à la production cinématographique, il rappelle que le cinéma ne constitue pas un luxe mais un outil essentiel de réflexion, de transmission culturelle et de compréhension des sociétés contemporaines.

Né à Bamako en 1953, Manthia Diawara s’est imposé comme l’une des figures majeures de la pensée cinématographique africaine. Ses travaux portent notamment sur l’identité, la mémoire, le colonialisme, les diasporas et les représentations de l’Afrique dans les arts et la culture.

Mustapha Taiau expose ses « Sculptures érosives » à Rabat

La Fondation Hassan II pour les Marocains Résidant à l’Étranger accueillera du 11 juin au 11 juillet l’exposition photographique « Sculptures érosives » de l’artiste maroco-français Mustapha Taiau.

Présentée à l’Espace Rivages, cette exposition met en lumière des formes naturelles façonnées par le vent, l’eau et les marées. À travers son objectif, l’artiste capture des reliefs minéraux et organiques dont il révèle la beauté discrète, oscillant entre puissance et fragilité.

Selon la Fondation, le travail de Mustapha Taiau repose sur une observation attentive des paysages et des transformations lentes opérées par les éléments naturels. Son regard cherche à préserver la poésie de ces formes éphémères et à souligner leur dimension sculpturale.

Originaire de Mokrisset, dans la région d’Ouezzane, l’artiste est né en 1961 avant de s’installer en France en 1984. Grand amateur de randonnée et de nature, il puise une grande partie de son inspiration dans les paysages bretons, les espaces maritimes et les reliefs montagneux.

Son parcours l’a conduit jusqu’au Conservatoire national des arts et métiers à Paris, où il a enrichi sa démarche artistique à travers une approche mêlant sensibilité esthétique et regard documentaire.

Le vernissage de l’exposition est prévu le 11 juin à Rabat et permettra au public de découvrir une œuvre photographique marquée par le dialogue constant entre nature, temps et mémoire.

 « Master Impression » met à l’honneur les grands noms de l’art marocain

La Maison Qantara a inauguré à Rabat l’exposition « Master Impression », un rendez-vous consacré aux éditions d’art réunissant plusieurs figures majeures de la création marocaine contemporaine.

Organisée en partenariat avec la maison d’édition allemande Barhoul, cette exposition présente des lithographies, des sculptures en résine et des aqua gravures réalisées selon des procédés techniques complexes mêlant gravure, estampe et sculpture.

Parmi les artistes exposés figurent Mahi Binebine, Mehdi Qotbi, Saad Hassani, Amina Rezki et Mohamed Mourabiti. Chacun explore un univers singulier, de la figure humaine aux abstractions colorées, en passant par la calligraphie contemporaine et les représentations du Sud marocain.

Les œuvres présentées sont produites en séries limitées et résultent d’un travail artisanal exigeant. Les organisateurs souhaitent ainsi rapprocher le grand public de créations habituellement peu accessibles tout en préservant leur qualité artistique.

La cofondatrice de la Maison Qantara, Khadija Afifi, a souligné que cette initiative vise à démocratiser l’accès aux grands maîtres de l’art marocain. Même objectif du côté de l’éditeur Abdelfattah Barhoul, qui défend une approche permettant de rendre l’art contemporain plus accessible grâce à des éditions de haute qualité.

L’exposition se poursuivra jusqu’au 10 juillet. Une partie des recettes générées par les ventes sera consacrée au financement de matériel artistique et à la création d’une bibliothèque dédiée à l’art pour des enfants issus de milieux défavorisés, dans le cadre d’un projet porté par l’association Torathona.

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