Probité publique et défi persistant de la corruption : entre réformes institutionnelles et inquiétudes des indicateurs

Probité publique et défi persistant de la corruption : entre réformes institutionnelles et inquiétudes des indicateurs

À Rabat, la signature d’un mémorandum entre l’Instance nationale de la probité et l’Agence de gestion des participations de l’État traduit une volonté d’encadrer la gouvernance publique

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À Rabat, la signature d’un mémorandum entre l’Instance nationale de la probité et l’Agence de gestion des participations de l’État traduit une volonté d’encadrer la gouvernance publique. Au même moment, l’indice international de perception de la corruption souligne une stagnation préoccupante. Entre ambition institutionnelle et réalité statistique, le Maroc se trouve face à l’épreuve décisive de la crédibilité.

Un partenariat pour structurer la gouvernance

Le mémorandum signé entre l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption et l’Agence nationale de gestion stratégique des participations de l’État marque une nouvelle étape dans l’architecture de la gouvernance publique. Les deux institutions entendent instaurer un cadre permanent de coopération visant à améliorer l’intégrité et la transparence dans la gestion des établissements et entreprises publics.

L’accord prévoit l’échange d’expertises, la formation conjointe, la production d’études et la mise en place d’outils de cartographie des risques. Il doit aussi accompagner les entreprises publiques dans la prévention des conflits d’intérêts et l’adoption de standards internationaux. L’objectif affiché est double : renforcer la responsabilité et améliorer l’efficacité économique.

Pour les signataires, cette démarche dépasse la seule conformité administrative. Elle vise à installer une culture de gouvernance éthique durable, inscrite dans les principes constitutionnels et les réformes engagées autour du nouveau modèle de gestion des établissements publics.

La réforme comme levier de crédibilité économique

Au-delà de la moralisation administrative, ce partenariat cherche à répondre à un impératif économique. Les entreprises publiques constituent un pilier stratégique de l’investissement national et un facteur déterminant de la confiance des partenaires internationaux.

La consolidation de la transparence apparaît désormais comme une condition d’attractivité financière. L’amélioration des mécanismes de contrôle interne et de reddition des comptes doit permettre de sécuriser l’environnement des affaires et de limiter les distorsions de concurrence.

L’approche adoptée repose sur la prévention plutôt que sur la sanction. Elle traduit une évolution de la gouvernance publique vers une logique de gestion des risques, plus compatible avec les standards internationaux.

Un indice qui assombrit le tableau

Cependant, au moment même où ce cadre institutionnel se met en place, l’indice de perception de la corruption publié pour 2025 à l’international, relayé par Transparency Maroc avce une profonde inquiétude, dresse un constat sévère. Le Maroc obtient un score de 39 sur 100 et recule dans le classement mondial.

Cette stagnation sur plus d’une décennie nourrit l’inquiétude des organisations de transparence. Le pays oscille depuis 2012 dans une zone moyenne sans progression durable. Après un pic relatif en 2018, la tendance reste orientée vers un affaiblissement progressif.

Ces résultats suggèrent que les réformes institutionnelles peinent à produire des effets perceptibles dans la perception publique et internationale. L’écart entre les dispositifs normatifs et leur impact réel demeure important.

Les critiques du cadre législatif

Les observateurs attribuent cette situation à plusieurs facteurs. Certains textes adoptés récemment sont jugés restrictifs pour la société civile, notamment concernant la possibilité de signaler des cas de mauvaise gestion des fonds publics.

D’autres réformes attendues restent inachevées, en particulier celles relatives aux conflits d’intérêts, à la déclaration de patrimoine ou à la protection des lanceurs d’alerte. Cette lenteur normative limite la portée des mécanismes de prévention.

La lutte contre la corruption apparaît ainsi comme un chantier inégal, marqué par l’existence d’institutions structurées mais confrontées à un environnement juridique encore incomplet.

L’enjeu de la confiance publique

La perception de la corruption ne relève pas seulement des pratiques administratives. Elle touche directement la confiance des citoyens dans l’État et influence la crédibilité économique du pays.

Un niveau élevé de défiance peut affecter l’investissement, encourager l’économie informelle et fragiliser la cohésion sociale. Les indicateurs internationaux deviennent alors un baromètre politique autant qu’économique.

Dans ce contexte, la cohérence entre discours réformateur et résultats mesurables constitue le principal défi. Les initiatives institutionnelles doivent désormais produire des effets tangibles dans la vie quotidienne.

Entre volonté politique et efficacité réelle

La signature du mémorandum illustre une volonté institutionnelle claire : coordonner les acteurs publics et moderniser les méthodes de contrôle. Elle représente une avancée structurelle importante dans la construction d’un système de gouvernance moderne.

Mais la publication simultanée d’indicateurs défavorables rappelle que la crédibilité d’une politique anticorruption se mesure à ses résultats perceptibles. L’enjeu n’est plus uniquement juridique ou organisationnel ; il devient sociétal.

Le Maroc entre ainsi dans une phase décisive : transformer l’arsenal institutionnel en confiance réelle. La réussite dépendra de la capacité à traduire la prévention en pratiques concrètes et visibles.

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