Actu
SIAM 2026 : L’Agriculture africaine pour une transition résiliente et numérique
Au-delà des enjeux institutionnels, le SIAM 2026 met en évidence une mutation structurelle du secteur agricole marocain, marquée par l’essor des technologies numériques
Réunis à Meknès à l’occasion du Salon International de l’Agriculture au Maroc 2026, responsables africains et partenaires institutionnels ont marqué les dix ans de l’Initiative AAA, dédiée à l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique. Entre coopération sud-sud, essor de l’agritech, inclusion financière des coopératives et valorisation des territoires, cette séquence met en lumière une transformation profonde du secteur agricole, portée par le Maroc et inscrite dans une dynamique continentale.
Dix ans de l’Initiative AAA : une ambition continentale réaffirmée
La sixième conférence ministérielle de l’Initiative AAA (Adaptation de l’agriculture africaine), tenue en marge du SIAM à Meknès, a servi de tribune pour dresser le bilan d’une décennie d’engagement en faveur d’une agriculture plus résiliente face aux dérèglements climatiques. Lancée en 2016 à Marrakech lors de la COP22, cette initiative s’inscrit dans une volonté de doter l’Afrique d’une voix unifiée sur la question de l’adaptation agricole.
Le ministre de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts, Ahmed El Bouari, également président de la fondation AAA, a rappelé que cette initiative répondait à une urgence structurelle : protéger un secteur vital pour les économies africaines, fortement exposé aux effets du changement climatique. Il a souligné que l’Initiative AAA vise non seulement à porter la voix du continent dans les négociations internationales, mais aussi à mobiliser des financements et à promouvoir des solutions concrètes au bénéfice des agriculteurs.
À l’aube de sa deuxième décennie, l’initiative affiche des priorités claires : accélérer la diffusion des solutions éprouvées, renforcer les services climatiques à destination des exploitants, et plaider pour un financement plus équitable, privilégiant les subventions aux prêts afin de ne pas alourdir la dette des États. L’inclusion des femmes et des jeunes figure également parmi les axes majeurs de cette nouvelle phase.
L’agritech, moteur d’une agriculture de précision
Au-delà des enjeux institutionnels, le SIAM 2026 met en évidence une mutation structurelle du secteur agricole marocain, marquée par l’essor des technologies numériques. L’agritech s’impose désormais comme un levier central pour améliorer la productivité, optimiser l’utilisation des ressources et renforcer la résilience des exploitations.
L’intégration progressive de l’agriculture de précision, des capteurs connectés et de l’intelligence artificielle transforme en profondeur les pratiques. L’agriculteur devient un gestionnaire de données, capable d’ajuster ses décisions en fonction d’indicateurs précis et actualisés. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique globale de digitalisation des chaînes de valeur, de la production à la commercialisation.
Les outils numériques permettent ainsi d’améliorer la traçabilité des produits, de rationaliser l’utilisation des intrants et de faciliter l’accès aux marchés. L’objectif est de passer d’un modèle traditionnel à une agriculture capable d’adapter en temps réel ses interventions aux besoins spécifiques des cultures.
Parmi les acteurs engagés dans cette transition figure Maroc Telecom, qui met en avant des solutions basées sur l’Internet des objets et l’analyse de données enrichie par l’intelligence artificielle, illustrant la convergence entre innovation technologique et développement agricole.
Vers une inclusion financière accrue des coopératives
Dans le prolongement de cette transformation numérique, les autorités marocaines ont lancé, lors du SIAM, un projet pilote de digitalisation des paiements au profit des coopératives agricoles. Portée par le ministère de l’Agriculture, en partenariat avec Bank Al-Maghrib, cette initiative s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale d’inclusion financière.
Déployé au sein du pavillon des produits du terroir, le projet prévoit l’équipement d’une cinquantaine de coopératives en terminaux de paiement électronique. L’objectif est double : réduire l’usage du cash et favoriser l’adoption de moyens de paiement dématérialisés, tout en accompagnant les structures coopératives dans la modernisation de leur gestion.
Au-delà de la dimension technique, cette démarche vise à renforcer la transparence des transactions, améliorer la traçabilité financière et structurer davantage l’activité économique des coopératives, en particulier dans les zones rurales.
Une coopération agricole renforcée avec l’Afrique et au-delà
Le SIAM a également été l’occasion de consolider les partenariats agricoles du Maroc avec plusieurs pays africains et partenaires internationaux. Le ministre soudanais de l’Agriculture et de l’Irrigation, Issmat Ghorashi, a exprimé la volonté de son pays de renforcer sa coopération avec le Royaume, notamment dans les domaines de l’irrigation et de la gestion des ressources en eau.
Le responsable soudanais a salué le modèle agricole marocain, soulignant les avancées réalisées depuis le lancement du Plan Maroc Vert et la poursuite de cette dynamique à travers la stratégie Génération Green, axée sur la modernisation des filières, le développement des exportations et l’amélioration des revenus des agriculteurs.
Par ailleurs, une série de rencontres bilatérales tenues par Ahmed El Bouari avec ses homologues africains, notamment du Mali, de la Côte d’Ivoire, de Sao Tomé-et-Principe et de l’Ouganda, ont permis de renforcer la convergence des visions autour de priorités communes : sécurité alimentaire, développement de l’élevage, modernisation des chaînes de valeur et adaptation au changement climatique.
Cette dynamique s’inscrit dans une logique de coopération sud-sud, fondée sur le partage d’expertises, le renforcement des capacités et la mise en place de partenariats opérationnels à bénéfice mutuel.
Casablanca-Settat : vitrine d’un territoire agricole innovant
La région Casablanca-Settat a, de son côté, profité du SIAM pour mettre en avant ses potentialités agricoles et animales à travers un stand conçu comme une plateforme immersive. Doté de dispositifs digitaux interactifs, il offre aux visiteurs une lecture détaillée des atouts agricoles de la région.
Une carte numérique permet de visualiser les spécificités de chaque province, tandis que des bornes interactives et des QR codes facilitent l’accès à l’information. Cette approche vise à valoriser les productions locales, qu’il s’agisse de produits frais, de produits agro-industriels ou de produits du terroir.
La région participe également activement aux concours organisés dans le cadre du salon, notamment dans les filières de l’élevage et des cultures céréalières, mettant en avant la qualité de son cheptel et la performance de ses unités de production.
Dans une logique de diffusion des innovations, près de 960 agriculteurs, dont 290 femmes rurales, ont été conviés à des visites encadrées du salon, afin de renforcer leur exposition aux nouvelles technologies et aux bonnes pratiques agricoles.
La donnée, nouvel enjeu stratégique du secteur
La question de la gouvernance des données s’impose également comme un enjeu majeur de la transformation agricole. À cet égard, une convention a été signée entre la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel et le Groupe Crédit Agricole du Maroc, marquant l’adhésion de ce dernier au programme Data-Tika.
Ce programme vise à accompagner les acteurs agricoles dans leur mise en conformité avec la législation relative à la protection des données personnelles, en faisant de la sécurité des données un levier de confiance et de développement.
Dans un contexte de digitalisation croissante, la maîtrise et la protection des données deviennent en effet des conditions essentielles pour garantir la transparence, sécuriser les transactions et renforcer la crédibilité des acteurs du secteur.
Un modèle agricole en mutation
Au croisement des enjeux climatiques, technologiques et économiques, le SIAM 2026 illustre une transformation en profondeur de l’agriculture marocaine et africaine. Portée par des initiatives structurantes comme l’AAA, soutenue par une dynamique d’innovation et renforcée par des partenariats régionaux, cette évolution traduit la volonté de construire un modèle agricole résilient, inclusif et durable.
Dans un contexte marqué par l’intensification des défis climatiques et la nécessité de garantir la sécurité alimentaire, le Maroc s’affirme comme un acteur central de cette mutation, en misant sur la coopération, la modernisation et l’intégration des technologies au service du développement agricole.