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SIEL 2026 : création, mémoire et mutations du livre
Le recueil Ombres et lumières, des mots et des toiles illustre une démarche artistique fondée sur la co-création, fruit de la collaboration entre la poétesse Zohra Lhioui et le peintre Mohammed Jadir
Présentations d’ouvrages, débats intellectuels, initiatives institutionnelles et rencontres artistiques ont rythmé les activités du 31e Salon international de l’édition et du livre de Rabat, mettant en lumière la diversité des formes d’expression, les enjeux contemporains du livre et les dynamiques culturelles à l’échelle nationale et internationale.
Une création à deux voix entre poésie et peinture
Parmi les moments marquants de cette édition, la présentation du recueil Ombres et lumières, des mots et des toiles illustre une démarche artistique fondée sur la co-création. Fruit de la collaboration entre la poétesse Zohra Lhioui et le peintre Mohammed Jadir, cet ouvrage publié en 2025 propose une exploration conjointe du langage et de l’image, articulée autour du thème du clair-obscur. Loin d’un simple rapport d’illustration, les textes et les toiles dialoguent pour produire une expérience immersive où se mêlent intériorité, mélancolie et espérance.
Présenté à l’espace de l’ICESCO, ce travail met en évidence une approche hybride de la création, où la poésie acquiert une dimension visuelle tandis que la peinture se charge d’une musicalité expressive. Les deux auteurs revendiquent une recherche de complémentarité, cherchant à restituer une « épaisseur intime de l’être » à travers la confrontation des formes.
Cette initiative s’inscrit dans une programmation dense du pavillon de l’ICESCO, qui a accueilli plus d’une cinquantaine d’activités, confirmant son rôle de plateforme de dialogue culturel au sein du Salon.
Rabat, entre capitale du livre et carrefour médiatique
Le SIEL a également servi de cadre au lancement de la célébration de Rabat en tant que Capitale arabe de l’information pour 2026. Cette reconnaissance, adoptée par le Conseil des ministres arabes de l’Information, s’ajoute à la désignation de la ville comme Capitale mondiale du livre par l’UNESCO.
Un programme d’activités a été annoncé, incluant notamment une conférence consacrée à l’écriture entre presse et littérature à l’ère numérique. Cette initiative vise à interroger les mutations des pratiques rédactionnelles et à explorer les passerelles entre journalisme et création littéraire.
La concomitance de ces deux distinctions souligne la place de Rabat comme espace de production et de circulation des savoirs, où se croisent les dynamiques du livre, des médias et des industries culturelles.
Le livre comme outil pédagogique et vecteur de sensibilisation
Dans un registre différent, le Conseil national des droits de l’Homme a présenté deux bandes dessinées destinées au jeune public : La pierre de l’identité et Contre les vents de l’oubli. Ces ouvrages mettent en scène des parcours d’enfants confrontés à des enjeux liés à la préservation de l’identité culturelle et à la transmission des valeurs.
Cette initiative s’inscrit dans une stratégie visant à renouveler les supports de sensibilisation aux droits humains en mobilisant l’imaginaire et la narration. À travers ces récits, le CNDH cherche à rapprocher des concepts parfois abstraits d’un public jeune, tout en encourageant la lecture et la créativité.
Le recours à la bande dessinée traduit une volonté d’adaptation des formes éditoriales aux attentes des nouvelles générations, en privilégiant des formats accessibles et engageants.
Écriture fragmentaire et nouvelles formes littéraires
La présentation de l’ouvrage Lumières et planètes : Marginalia littéraires d’Abdelkader Chaoui met en avant une autre évolution du paysage littéraire. Composé de 97 textes courts, ce livre explore l’écriture fragmentaire comme forme d’expression autonome.
L’auteur y revisite des trajectoires individuelles et interroge des dimensions souvent marginales de l’expérience humaine, en dehors des cadres narratifs traditionnels. Chaque texte, limité en longueur, propose une approche condensée et réflexive, ouverte sur des questionnements liés à la mémoire, à l’identité et à l’imaginaire.
Cette démarche s’inscrit dans une recherche stylistique marquée par une double influence linguistique, arabe et espagnole, permettant de moduler la langue et d’expérimenter de nouvelles constructions. Elle témoigne d’un intérêt croissant pour des formats littéraires plus souples, adaptés à des modes de lecture fragmentés.
Mémoire partagée et circulation des œuvres
Les échanges autour du patrimoine andalou ont rappelé l’importance des héritages culturels partagés entre le Maroc et l’Espagne. Lors d’un colloque consacré à cette thématique, les intervenants ont abordé les différentes phases de l’histoire andalouse, ainsi que les circulations linguistiques et littéraires qui en ont résulté.
Les contributions ont notamment mis en lumière le rôle des traductions, qu’il s’agisse de textes arabes transposés en espagnol ou d’écrits européens adaptés en caractères arabes. Ces pratiques témoignent d’une hybridation culturelle qui dépasse les frontières linguistiques et religieuses.
Dans le même esprit, les débats organisés par l’Organisation internationale de la francophonie ont porté sur les conditions de circulation des œuvres francophones. Les participants ont évoqué les enjeux de traduction, de visibilité et de bibliodiversité dans un environnement marqué par la transformation numérique.
Ces discussions ont souligné la nécessité de construire des politiques culturelles en concertation avec les acteurs du livre, afin de répondre aux défis liés à la diffusion et à la reconnaissance des œuvres.
Fiction, histoire et regards croisés
La rencontre avec la romancière Melvina Mestre a, quant à elle, permis d’explorer les liens entre fiction et histoire à travers sa trilogie policière. Située dans les villes de Casablanca, Marrakech et Tanger, cette œuvre met en scène une détective évoluant dans le contexte des années 1950.
À travers cette figure, l’auteure propose une lecture des dynamiques sociales et politiques de l’époque, en mêlant intrigue policière et reconstitution historique. Le choix d’un personnage féminin permet d’aborder des aspects moins visibles de l’histoire officielle, tout en mettant en avant la diversité des trajectoires individuelles.
La trilogie s’inscrit également dans une démarche de valorisation de la pluralité marocaine, en évoquant la coexistence des communautés et la richesse des échanges culturels. Elle illustre une tendance à l’hybridation des genres, où le roman devient à la fois outil narratif et espace de mémoire.