SIEL 2026 : entre création littéraire, mémoire partagée et dynamiques culturelles à Rabat

SIEL 2026 : entre création littéraire, mémoire partagée et dynamiques culturelles à Rabat

Le SIEL de Rabat se penche sur l’héritage intellectuel et littéraire de l’écrivain espagnol Juan Goytisolo (Photo MAP)

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Le Salon international de l’édition et du livre (SIEL) de Rabat poursuit sa série de rencontres mettant en lumière la vitalité de la création littéraire, les relations culturelles internationales, les interactions entre arts contemporains et la valorisation du patrimoine. De la présentation de nouvelles œuvres à la réflexion académique sur la musique et l’histoire, en passant par un hommage à Juan Goytisolo, ces échanges illustrent la diversité des approches intellectuelles et artistiques réunies autour du livre et de la culture.

Une actualité littéraire marquée par la diversité des voix

Le SIEL a offert une tribune à plusieurs écrivains venus présenter leurs dernières publications, à l’image du romancier Kebir Mustapha Ammi. L’auteur y a dévoilé deux ouvrages récents, l’un relevant du roman, « Le Coiffeur aux mains rouges », l’autre de la poésie avec « Chants pour l’Afrique et les continents qui n’ont pas peur ».

Le premier texte s’inscrit dans une démarche de relecture d’événements liés à la guerre d’Algérie. Récompensé par le Prix Ahmed Baba 2026 et le Prix Moussa Konaté du polar francophone 2025, il s’appuie sur une écriture mêlant approche narrative et dimension analytique. L’auteur y explore les mécanismes de la mémoire et les tensions liées à l’histoire, en tentant de rapprocher le lecteur de réalités souvent complexes.

Le second ouvrage adopte une tonalité différente. Il s’agit d’un recueil poétique qui propose un regard sur l’Afrique, nourri par l’expérience personnelle de l’écrivain, qui a parcouru plusieurs pays du continent. L’œuvre met en avant des thèmes liés à la fraternité, à la coexistence et aux perspectives d’avenir, tout en rendant hommage à des figures marquantes.

Au-delà des contenus, Kebir Mustapha Ammi a exposé sa conception de l’écriture comme un processus cumulatif, où chaque texte contribue à une construction globale. Son approche combine émotion et réflexion, dans une tentative de concilier sensibilité littéraire et interrogation historique.

Regards croisés sur les relations franco-marocaines

Le SIEL a également été le cadre de présentations d’ouvrages consacrés aux relations entre le Maroc et la France, portées par l’écrivain et avocat Hubert Seillan. Deux publications ont été mises en avant : le deuxième tome de « Communauté de destins » et « Lyautey et Moulay Youssef, l’épopée d’une amitié ».

Le premier ouvrage s’inscrit dans une démarche collective. Il rassemble des contributions d’auteurs issus de différents horizons, offrant une pluralité de points de vue sur les liens entre les deux pays. L’objectif est de mettre en évidence des convergences historiques, culturelles et humaines, au-delà des divergences. Cette publication prolonge un premier volume qui avait suscité un intérêt notable et encouragé de nouvelles contributions.

Le second ouvrage propose une lecture revisitée des relations entre le Sultan Moulay Youssef et le maréchal Lyautey. À travers une approche narrative, il retrace une période déterminante de l’histoire commune, en mettant en avant les échanges et les interactions entre les deux figures. Selon les intervenants, cette analyse permet d’éclairer certains aspects des relations bilatérales actuelles.

Les échanges ont également mis en avant le rôle de ces travaux dans la transmission de l’histoire auprès des jeunes générations. Ils ont été présentés comme des outils de réflexion sur les dynamiques historiques et les formes de dialogue entre sociétés.

La poésie à la croisée des arts contemporains

Une autre rencontre a porté sur les interactions entre la poésie et les arts contemporains. Les participants ont exploré les formes de dialogue entre l’écriture poétique et d’autres disciplines artistiques, telles que les arts plastiques, la musique, le théâtre ou encore la vidéo.

Les intervenants ont souligné que la modernité poétique se caractérise par une ouverture à ces différents langages, permettant l’émergence de formes hybrides. Cette évolution favorise des collaborations entre créateurs issus de domaines variés, ainsi que des pratiques artistiques transversales.

Les échanges ont également abordé la dimension intérieure de cette interaction. La relation entre poésie et arts ne se limite pas à des influences extérieures, mais relève aussi d’une expérience vécue par le créateur, confronté à la coexistence de plusieurs formes d’expression.

Des témoignages ont illustré cette approche, notamment celui de la poétesse Lorca Sbeity, qui a évoqué l’impact d’un environnement artistique sur son parcours. Le poète Ali Albazzaz a, quant à lui, insisté sur la mobilité du créateur, amené à naviguer entre disciplines et à intégrer différentes influences dans son travail.

Ces réflexions mettent en évidence une transformation des pratiques artistiques, marquée par le décloisonnement et l’hybridation des formes.

Patrimoine musical, mémoire et ouverture académique

Le SIEL a également accueilli un colloque consacré à la musique marocaine, réunissant des chercheurs internationaux. Les discussions ont porté sur la diversité du patrimoine musical et sur les approches permettant de l’étudier et de le valoriser.

Les intervenants ont souligné l’importance d’une approche pluridisciplinaire, mobilisant l’histoire, l’anthropologie et l’ethnomusicologie. Cette perspective vise à mieux comprendre les évolutions des pratiques musicales et leur inscription dans les sociétés.

La question de la conservation et de la numérisation des archives a été abordée comme un enjeu central. Plusieurs intervenants ont appelé à la mise en place de dispositifs permettant de recenser et de préserver les manuscrits et les sources existantes, tout en facilitant leur accès aux chercheurs.

Les échanges ont également mis en lumière les spécificités des méthodes d’étude. L’ethnomusicologie, fondée sur l’observation de terrain, a été distinguée des approches plus classiques. Elle implique une immersion dans les communautés, afin de saisir les dimensions sociales et culturelles de la musique.

Enfin, la rencontre a soulevé la question de l’adaptation des cadres théoriques aux réalités locales, en invitant à éviter une application systématique des modèles européens aux pratiques marocaines.

Mémoire culturelle et ancrage historique de Rabat

Plusieurs rencontres ont été consacrées à la mémoire culturelle et à l’histoire, notamment à travers un hommage à l’écrivain espagnol Juan Goytisolo. Les intervenants ont rappelé son attachement au Maroc et son engagement en faveur du dialogue interculturel.

Son œuvre et son parcours ont été présentés comme une illustration des liens entre les cultures, ainsi que de l’importance du pluralisme et de la critique des visions eurocentrées. Son rôle dans la reconnaissance du patrimoine immatériel marocain, notamment à travers l’inscription de la place Jamaâ El Fna à l’UNESCO, a été mis en avant.

Par ailleurs, une rencontre consacrée à la ville de Rabat a permis d’explorer son évolution historique. Les interventions ont retracé les différentes phases de développement de la ville, marquées par des influences multiples, notamment andalouses et islamiques.

Les échanges ont mis en lumière le rôle de Rabat comme espace de convergence culturelle et comme lieu de mémoire. Cette dimension a été renforcée par sa désignation comme Capitale mondiale du livre 2026, en reconnaissance de son engagement dans la promotion de la culture et du livre.

Au total, la 31e édition du SIEL confirme sa vocation d’espace de réflexion et de rencontre, où se croisent des perspectives littéraires, artistiques et académiques. Elle témoigne de la diversité des dynamiques culturelles à l’œuvre, ainsi que de la place du livre comme vecteur d’échange et de transmission.

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