SIEL 2026 : mémoire artistique, langues et patrimoines, un panorama des dynamiques culturelles

SIEL 2026 : mémoire artistique, langues et patrimoines, un panorama des dynamiques culturelles

SIEL 2026 : Hommage au parcours académique de Mohammed Cham (Photo MAP)

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Plusieurs rencontres organisées à Rabat dans le cadre du 31e Salon international de l’édition et du livre ont abordé des thématiques liées à l’évolution des arts plastiques au Maroc depuis les années 1960, aux enjeux de préservation du patrimoine africain, à l’intégration de la langue amazighe dans la production législative, aux échanges poétiques entre le Maroc et la France, à la trajectoire du linguiste Mohamed Chami ainsi qu’aux transformations de la littérature jeunesse dans un contexte plurilingue.

Soixante ans d’arts plastiques : une modernité en construction

La question de l’évolution des arts plastiques au Maroc depuis les années 1960 a fait l’objet d’une lecture croisée lors d’une rencontre réunissant artistes, chercheurs et critiques. Placée sous le thème des “60 ans d’art plastique au Maroc”, cette séquence a permis de revenir sur les principales étapes qui ont jalonné l’émergence d’un langage artistique moderne, en lien avec les transformations sociales et culturelles du pays.

Selon l’artiste Mohamed Mansouri Idrissi, le milieu des années 1960 constitue un moment charnière. Cette période est marquée par une mutation à la fois esthétique et conceptuelle, traduite par une diversification des formes d’expression et une ouverture accrue à l’expérimentation. L’année 1965 est évoquée comme un repère dans la structuration d’une conscience visuelle moderne, caractérisée par une prise de distance progressive avec des pratiques à dominante décorative ou commerciale.

Dans cette perspective, l’art plastique marocain s’inscrit dans un mouvement de redéfinition de ses finalités, en interrogeant à la fois ses supports, ses codes et son rapport à la société. Cette évolution s’accompagne d’une volonté de dépasser les cadres hérités pour construire une esthétique propre, nourrie par des influences multiples.

Le critique Ahmed Fassi a, pour sa part, mis en avant les questionnements relatifs à l’héritage plastique dans un contexte de recomposition culturelle. Il estime que ces dynamiques ont contribué à dessiner les contours d’une école marocaine des arts plastiques, dont la structuration reste en cours. Cette hypothèse repose sur un socle culturel diversifié, intégrant des apports arabes, amazighs, africains et hassanis, qui participent à la singularité de cette scène artistique.

Patrimoine africain : entre transmission fragile et enjeux de reconnaissance

La question de la sauvegarde du patrimoine africain a occupé une place centrale dans une autre rencontre, consacrée aux défis liés à la préservation des patrimoines matériel et immatériel. Les intervenants ont mis en évidence la complexité de ces enjeux dans un contexte marqué par des transformations rapides et des fragilités structurelles.

L’experte malienne Fatimata Sow Sidibé a souligné que le patrimoine immatériel présente des défis spécifiques. Sa transmission repose largement sur les détenteurs de savoirs, souvent issus de générations âgées, dont la disparition progressive fragilise la continuité de ces héritages. Elle a insisté sur la nécessité de développer des stratégies de numérisation, tout en préservant l’éthique, l’authenticité et la dimension humaine de ces pratiques.

Parmi les pistes évoquées figurent l’intégration du patrimoine dans les programmes éducatifs, la valorisation des porteurs de savoirs et l’allocation de ressources budgétaires dédiées à sa sauvegarde. Ces orientations visent à inscrire la préservation du patrimoine dans une approche structurée et durable.

De son côté, l’enseignant-chercheur Samir Kafas a rappelé l’implication du Maroc dans les initiatives de sauvegarde, tant au niveau national que continental, notamment en partenariat avec l’UNESCO. Il a également souligné le décalage entre la richesse patrimoniale du continent africain et sa représentation sur la liste du patrimoine mondial, qualifiée de limitée au regard de cette diversité.

Cette situation met en lumière des enjeux de reconnaissance internationale et de valorisation, qui dépassent la seule question de la conservation pour interroger les mécanismes d’inscription et de visibilité des patrimoines africains.

Langue amazighe et production législative : une intégration en progression

La dynamique d’intégration de la langue amazighe dans la production législative et réglementaire a également été abordée lors d’une table ronde réunissant des responsables institutionnels et des spécialistes. Les échanges ont porté sur les avancées réalisées ainsi que sur les contraintes juridiques et linguistiques associées à ce processus.

Karima Khaldoun, directrice au ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’administration, a indiqué que cette intégration s’inscrit dans le cadre de l’article 5 de la Constitution et de la loi organique n° 26.16. Ces textes définissent les modalités de mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe et son intégration dans les différents domaines de la vie publique.

Les efforts déployés concernent notamment le développement de services administratifs accessibles en amazighe, ainsi que le recrutement d’agents maîtrisant ses différentes variantes, afin d’assurer l’accueil et l’orientation des usagers amazighophones. Cette démarche vise à renforcer la présence effective de la langue dans les pratiques institutionnelles.

Les participants ont également souligné les défis liés à la production juridique bilingue, qui implique un travail de normalisation terminologique et d’adaptation des outils linguistiques. Ces enjeux renvoient à la nécessité de consolider les bases scientifiques et techniques permettant une intégration cohérente et durable de l’amazighe dans le champ législatif.

Poésie, transmission et figures du savoir : des passerelles culturelles en mouvement

Les rencontres du SIEL ont également donné lieu à des échanges autour des dynamiques de la création littéraire et des trajectoires intellectuelles. La présentation de l’anthologie “Entre les deux rives du poème” illustre cette volonté de créer des espaces de dialogue entre différentes traditions poétiques.

Réunissant des textes de 42 poètes marocains et autant de poètes français, cet ouvrage propose une sélection représentative des générations et des sensibilités des deux pays. Coordonnée par Mounir Serhani et Muriel Augry, cette anthologie repose sur un travail de traduction visant à restituer le rythme, la texture et la densité des textes, au-delà d’un simple transfert linguistique.

Les responsables du projet soulignent que cette initiative s’inscrit dans une logique de rencontre et d’échange, en dehors de toute classification réductrice. Elle met en évidence la pluralité des regards et la diversité des expériences poétiques, dans un espace méditerranéen partagé.

Dans un registre différent, la carrière du linguiste Mohamed Chami a été mise en lumière lors d’un hommage consacré à son parcours académique. Considéré comme l’un des pionniers de la recherche en linguistique amazighe, il a contribué à structurer ce champ d’étude et à poser les bases de la normalisation de la langue.

Ses travaux ont porté notamment sur l’identification des convergences entre les dialectes amazighs et sur le développement d’outils pédagogiques destinés à l’enseignement. Son engagement en faveur de l’adoption de l’alphabet tifinagh et ses initiatives de vulgarisation, telles que la “Caravane du tifinagh”, témoignent d’une volonté de diffusion du savoir à large échelle.

Enfin, les dynamiques de la littérature jeunesse ont été explorées à travers une rencontre consacrée au plurilinguisme et à la transmission. Les intervenants ont insisté sur le rôle des langues maternelles dans la construction de l’imaginaire et dans l’accès au savoir, en mettant en avant des initiatives éditoriales intégrant l’arabe, le français et l’amazighe.

L’éditrice Rabiaa Marhouch a évoqué la nécessité de promouvoir la diversité linguistique dans l’édition jeunesse, tandis que l’écrivain Eugène Ebodé a souligné le rôle de la traduction comme vecteur de dialogue et de compréhension. Les échanges ont également porté sur la place des langues nationales dans les productions destinées aux enfants et sur les enjeux de leur valorisation dans un contexte globalisé.

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