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Spiritualité, littérature et cinéma, les faits de la semaine
Le film « Goundafa, le chant maudit » du réalisateur Ali Benjelloun a obtenu le prix « La Clé du Retour » du meilleur film Al Awda consacré à la question Palestinienne.
Fès, Khénifra, Le Caire : . Un colloque consacré au soufisme a interrogé sa capacité à répondre aux crises contemporaines, tandis que le Festival international de la nouvelle a ouvert sa 11e édition à Khénifra. Dans le même temps, le cinéma marocain s’est illustré au Festival international du film « Al-Awdah » en Égypte avec deux distinctions.
Le soufisme face aux défis du monde contemporain
À Fès, chercheuses, universitaires et représentantes du monde soufi ont placé la spiritualité au cœur de leur réflexion lors d’un colloque féminin organisé sous le thème « Le soufisme et les enjeux des crises actuelles, la voie vers la réalisation de l’équilibre humain ». Les participantes ont défendu l’idée que le soufisme peut constituer une réponse aux déséquilibres psychologiques, sociaux et identitaires qui marquent les sociétés contemporaines.
Les interventions ont mis en avant une approche fondée sur l’équilibre entre spiritualité, modernité et engagement dans la société. Pour les participantes, le soufisme ne se limite pas à une quête intérieure individuelle. Il propose également des mécanismes susceptibles de renforcer la cohésion sociale, de restaurer le sens de l’existence et de favoriser la paix intérieure dans un contexte mondial traversé par l’incertitude.
Représentante de la Tariqa Qadiriya Boutchichia, Asmae Errebai a rappelé l’action menée par cette confrérie dans la diffusion des valeurs de tolérance, de juste milieu et d’ouverture. Elle a souligné l’importance de la conscience spirituelle dans l’expérience soufie, considérée comme un fondement essentiel dans la construction d’une personnalité équilibrée sur les plans psychologique et social.
Selon elle, la conscience spirituelle permet de mieux comprendre le sens de l’existence et de développer une forme de sérénité intérieure. Elle a notamment insisté sur la notion de « Yaqada » ou éveil, décrite comme le passage de l’insouciance à la présence du cœur, étape fondamentale du cheminement spirituel et de l’éducation soufie.
Membre du Conseil local des ouléma de Fès, Asmae Errebai a estimé que le soufisme constitue un véritable projet de réforme humaine, susceptible d’apporter des réponses aux multiples crises que traversent les sociétés actuelles.
La chercheuse en études soufies Asmaa El Masmoudi a, pour sa part, développé une réflexion sur le thème « Prévenir l’effritement social par la conscience spirituelle ». Elle a observé que l’individualisme croissant et la surcharge informationnelle favorisent des formes de fragmentation psychologique et sociale. Dans ce contexte, le travail soufi sur la conscience et la présence permettrait de restaurer les liens entre l’individu, la collectivité et le monde qui l’entoure.
Pour elle, l’enjeu dépasse largement la seule dimension mystique. Il concerne la préservation du lien social et la capacité des sociétés à maintenir des formes de solidarité et de cohésion. Le soufisme, a-t-elle expliqué, considère l’être humain dans toutes ses dimensions, matérielles et spirituelles, et cherche à rétablir l’harmonie intérieure comme condition d’un équilibre collectif durable.
La contribution de Fatimazahra Maalainine, avocate et docteure en droit international public, a porté sur l’influence de la voie soufie dans la construction de la personnalité. Évoquant l’héritage spirituel de Cheikh Maelainine, elle a rappelé les liens entretenus par ce grand érudit avec les ouléma de Fès et les différentes confréries soufies du Maroc.
Selon elle, Cheikh Maelainine considérait les diverses voies spirituelles comme complémentaires, convaincu que chacune participait à la même quête spirituelle. Son approche reposait également sur une forte valorisation de la science et du savoir, considérés comme des moyens privilégiés de rapprochement avec le divin.
Organisée par la Fondation Al Moltaqa et la Tariqa Qadiriya Boutchichia, en partenariat avec la Faculté de droit de Fès et l’association Bouabate Fès, la rencontre a rassemblé un large éventail de chercheuses et d’universitaires. Les organisateurs ont souligné que le soufisme ne constitue pas un retrait du monde mais une démarche visant à réconcilier l’individu avec lui-même, avec les autres et avec le sacré.
Khénifra célèbre la nouvelle et la création littéraire
À plusieurs centaines de kilomètres de Fès, la ville de Khénifra a donné le coup d’envoi de la 11e édition du Festival international de la nouvelle. Organisée par l’Association Al Ansar pour la culture sous le thème « La création artistique : magie linguistique et libération humaine », la manifestation se poursuit jusqu’au 24 mai.
Portant le nom du critique marocain Mohamed Moussaâdi, cette édition bénéficie du soutien de la commune de Khénifra et de plusieurs partenaires institutionnels, notamment la Direction régionale de la Culture de Béni Mellal-Khénifra et le Centre des recherches sémiotiques et d’études culturelles au Maroc.
Le festival confirme, année après année, son ancrage dans le paysage littéraire national et arabe. Il réunit cette année des créateurs, critiques et universitaires venus de différentes régions du Royaume ainsi que de plusieurs pays arabes.
La cérémonie inaugurale a été marquée par une séance critique consacrée à la théorisation littéraire sous le thème « De la question de la codification aux questions de l’interprétation ». Les échanges ont porté sur les transformations de la critique contemporaine, les méthodes de lecture des textes et les nouveaux enjeux de l’interprétation littéraire.
La programmation comprend également des lectures de nouvelles, des rencontres avec des auteurs, des présentations et signatures d’ouvrages. Parmi les publications mises à l’honneur figure notamment le livre « Le genre social : fondements et concepts » d’Asmae Benadada.
Une attention particulière est accordée à la jeunesse à travers des ateliers d’écriture et de dessin destinés aux élèves des établissements scolaires. Des concours artistiques et des expositions de livres, de photographies et d’arts plastiques complètent le programme.
Les organisateurs ont également prévu des visites guidées permettant aux participants de découvrir les richesses naturelles, historiques et touristiques de la province de Khénifra.
La cérémonie d’ouverture a été ponctuée par un hommage à Mohamed Moussaâdi, figure centrale de cette édition. Les résultats de la compétition arabe d’écriture de la nouvelle, dédiée au nouvelliste Saïd Mountassib, ont également été annoncés avant la remise des prix aux lauréats.
Le cinéma marocain distingué au Caire
Le rayonnement culturel marocain s’est également illustré sur la scène cinématographique arabe à l’occasion de la clôture du 10e Festival international du film « Al-Awdah », organisé au Caire.
Deux productions marocaines y ont été récompensées. Le film « Goundafa, le chant maudit » du réalisateur Ali Benjelloun a obtenu le prix « La Clé du Retour » du meilleur film consacré à la question d’Al-Qods. De son côté, « Bouteilles » de Yassine Idrissi a valu à son jeune interprète Youssef Benmamoun le prix du meilleur jeune acteur.
Tourné dans un village du Haut Atlas, « Goundafa, le chant maudit » met en scène les tensions suscitées par l’arrivée d’un imam dans une communauté amazighe où la musique occupe une place centrale. Le film explore les rapports complexes entre traditions locales, conservatisme religieux et transformations sociales, tout en mettant en lumière certains enjeux liés à l’identité culturelle amazighe.
« Bouteilles » raconte quant à lui l’histoire de Saïd, un adolescent de treize ans qui collecte des bouteilles usagées afin de nourrir secrètement un chien malgré l’opposition de son entourage. À travers ce récit intimiste, le film aborde les thèmes de l’empathie, de l’enfance et de la liberté individuelle.
Cette édition du festival a réuni 356 films issus de 39 pays. Les œuvres présentées ont abordé des thématiques variées liées à la mémoire, au retour, à l’attachement à la terre ainsi qu’aux expériences humaines confrontées aux conflits et aux déplacements.
Placée sous le nom de l’artiste palestinien disparu Mohammad Bakri, l’édition 2025 a également proposé conférences, ateliers et rencontres professionnelles consacrés au cinéma arabe et à ses évolutions contemporaines. Les organisateurs ont souligné leur volonté de renforcer les échanges entre cinéastes arabes et internationaux et de promouvoir le rôle du septième art comme espace de dialogue culturel et de transmission de la mémoire.