Transferts des MRE : les nouvelles règles européennes mettent les banques marocaines à l’épreuve

Transferts des MRE : les nouvelles règles européennes mettent les banques marocaines à l’épreuve

L’évolution du cadre réglementaire au sein de l’Union européenne suscite des préoccupations croissantes pour les établissements financiers marocains opérant à travers leurs filiales dans plusieurs pays européens

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Le durcissement du cadre réglementaire européen applicable aux activités d’intermédiation financière des filiales de banques marocaines constitue l’un des principaux défis auxquels fait face l’écosystème national des transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger (MRE). C’est ce qu’a souligné jeudi à Rabat le directeur général de Bank Al-Maghrib, Abderrahim Bouazza, à l’occasion d’une rencontre consacrée à la Journée internationale des envois de fonds à la famille.

Un enjeu stratégique pour les transferts des MRE

Les transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger demeurent l’un des piliers de l’économie nationale. Toutefois, l’évolution du cadre réglementaire au sein de l’Union européenne suscite des préoccupations croissantes pour les établissements financiers marocains opérant à travers leurs filiales dans plusieurs pays européens.

Selon Abderrahim Bouazza, cette question fait l’objet d’un suivi étroit entre les autorités marocaines et leurs homologues européens afin de préserver la fluidité des opérations de transfert. Il a notamment salué l’appui des autorités françaises qui ont accompagné l’adaptation du cadre juridique permettant le maintien des activités dites de relais sur le territoire français.

Cette coopération est jugée essentielle dans un contexte où les flux financiers des MRE jouent un rôle majeur dans le soutien des ménages et dans l’équilibre des comptes extérieurs du Royaume.

Un écosystème financier plus inclusif

Le responsable de Bank Al-Maghrib a également mis en avant les progrès réalisés au cours des dernières années en matière d’inclusion financière. Le paysage financier marocain s’est considérablement diversifié avec l’émergence de nouveaux acteurs spécialisés dans les paiements, le transfert de fonds, la microfinance et le financement participatif.

À ces dispositifs s’ajoute un système de garantie publique des crédits devenu plus mature, destiné à faciliter l’accès au financement pour un plus grand nombre de citoyens et d’entreprises.

Malgré ces avancées, des disparités importantes persistent entre les zones urbaines et rurales, entre les hommes et les femmes ainsi qu’entre les jeunes et les adultes. La Stratégie nationale d’inclusion financière, pilotée conjointement par Bank Al-Maghrib et le ministère de l’Économie et des Finances, vise précisément à réduire ces écarts et à favoriser une meilleure intégration financière des populations concernées.

Des réformes pour réduire les coûts et améliorer l’accès

Au fil des décennies, plusieurs réformes institutionnelles, réglementaires et bancaires ont été engagées afin de renforcer l’efficacité du système de transferts de fonds.

Bank Al-Maghrib a ainsi travaillé avec les différents acteurs du secteur pour améliorer la transparence des opérations, faciliter l’accès numérique aux services financiers et réduire les coûts supportés par les usagers.

Parmi les mesures les plus significatives figure la suppression des clauses d’exclusivité imposées par certains opérateurs internationaux à leurs partenaires locaux. Cette évolution a contribué à accroître la concurrence et à rendre les services de transfert plus accessibles aux bénéficiaires.

La digitalisation progressive des services financiers constitue également un levier important pour renforcer l’inclusion financière et améliorer l’accès aux transferts dans les régions éloignées.

Transformer les transferts en moteur d’investissement

Si les transferts des MRE représentent une ressource considérable pour l’économie nationale, leur contribution à l’investissement productif demeure encore limitée. Selon les données citées par Abderrahim Bouazza, près de 87 % des fonds envoyés par les Marocains du monde sont consacrés à la consommation courante des ménages.

Cette situation s’explique notamment par la complexité de certaines procédures administratives, les contraintes de l’environnement des affaires et l’insuffisance des mécanismes d’incitation à l’investissement.

Le responsable estime toutefois que les grandes réformes engagées ces dernières années ouvrent de nouvelles perspectives. La Charte de l’investissement, la Charte des très petites entreprises et la généralisation de la protection sociale participent à la création d’un environnement plus favorable à l’orientation des transferts vers des projets créateurs de richesse et d’emplois, notamment dans le monde rural.

Pour Bank Al-Maghrib, ces chantiers s’inscrivent dans une même vision visant à bâtir une économie plus inclusive, plus résiliente et davantage fondée sur l’initiative privée. L’enjeu est désormais de transformer progressivement une partie de l’épargne des MRE en levier de développement durable au service des territoires et de la croissance nationale.

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