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Une proche de Macron prend les rênes de l’Institut du monde arabe
Nouvellement nommée à la tête de l'Institut du monde arabe (IMA), Anne-Claire Legendre s'adresse à la presse à l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, le 17 février 2026. (Photo AFP)
Le conseil d’administration de l’Institut du monde arabe a confirmé la nomination d’Anne-Claire Legendre à sa présidence. À 46 ans, cette diplomate proche d’Emmanuel Macron devient la première femme à diriger l’institution parisienne, dans un contexte marqué par le départ de Jack Lang et par la volonté affichée d’engager une réforme profonde de la gouvernance et du fonctionnement de l’IMA.
Une nomination à forte portée symbolique
Réuni mardi à Paris, le conseil d’administration de l’Institut du monde arabe a entériné la désignation d’Anne-Claire Legendre à la tête de l’établissement. Proposée par l’État français, qui dispose d’une voix prépondérante au sein de cette instance paritaire, la diplomate a été élue présidente et devient la première femme à occuper ce poste depuis la création de l’institution en 1987.
Âgée de 46 ans, Anne-Claire Legendre est actuellement conseillère du président de la République pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient. Diplomate de carrière, elle a également exercé les fonctions de porte-parole du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères. Originaire de Bretagne, elle parle l’arabe, langue qu’elle a étudiée à l’Institut national des langues et civilisations orientales. Diplômée de Sciences Po Paris et de la Sorbonne en lettres modernes, elle affiche un profil à la fois académique et opérationnel.
Peu après sa nomination, elle a indiqué vouloir ramener de la sérénité à l’Institut et lui redonner la confiance du public. Un message qui résonne dans un contexte institutionnel fragilisé ces dernières semaines.
La fin d’une ère pour Jack Lang
Anne-Claire Legendre succède à Jack Lang, qui dirigeait l’IMA depuis treize ans. L’ancien ministre de la Culture des années 1980 a présenté sa démission le 7 février, après la révélation de ses échanges passés avec le financier américain Jeffrey Epstein, mort en prison en 2019.
Bien qu’il ait dans un premier temps exclu de quitter ses fonctions, Jack Lang a finalement décidé de se retirer, invoquant la nécessité de protéger l’image de l’Institut. Il a dénoncé une campagne de calomnies et réfuté toute accusation à son encontre. Parallèlement, le parquet national financier a ouvert une enquête pour blanchiment de fraude fiscale aggravée, portant notamment sur une société offshore de revente d’œuvres d’art contemporain créée en 2016 par Caroline Lang et Jeffrey Epstein.
Lundi, alors que Jack Lang faisait ses adieux à ses équipes, des perquisitions ont été menées dans ses bureaux à l’IMA ainsi qu’à son domicile parisien. Ces développements ont accentué la pression autour d’une institution déjà scrutée pour sa gouvernance et sa gestion financière.
Un établissement hybride et stratégique
Fondé sur un partenariat noué en 1980 entre la France et vingt-deux pays arabes, l’Institut du monde arabe a été inauguré en 1987 par le président François Mitterrand. Conçu comme un lieu de dialogue et de coopération culturelle, il combine musée, bibliothèque, centre de langues et espace de débats.
L’IMA est une fondation privée reconnue d’utilité publique, dotée d’un conseil d’administration composé de quatorze membres, répartis à parité entre la France et les pays arabes. Côté arabe, siègent principalement des ambassadeurs accrédités à Paris, dont celui du Royaume du Maroc. Côté français, des représentants du ministère des Affaires étrangères et des personnalités qualifiées participent aux décisions stratégiques.
Longtemps considéré comme une institution en perte de vitesse, l’IMA a retrouvé une visibilité accrue sous la présidence de Jack Lang. En 2023, il a accueilli environ 750.000 visiteurs, confirmant son attractivité culturelle. Son budget repose pour moitié sur une subvention annuelle de 12,3 millions d’euros versée par le ministère français des Affaires étrangères.
Une feuille de route axée sur la réforme
À l’approche du quarantième anniversaire de l’Institut, la nouvelle présidente hérite d’un chantier ambitieux. Selon le communiqué publié à l’issue du conseil d’administration, la priorité sera donnée à une réforme en profondeur de la gouvernance, à une organisation plus lisible et plus efficace, ainsi qu’au rétablissement d’une trajectoire financière soutenable.
Le renforcement des règles de déontologie figure également parmi les axes majeurs. Cette orientation traduit la volonté de consolider la crédibilité de l’établissement, dans un contexte où l’exigence de transparence est devenue centrale pour les institutions culturelles.
Le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a salué l’expérience et la vision stratégique d’Anne-Claire Legendre, estimant qu’elle disposait des qualités nécessaires pour assumer ces responsabilités éminentes.
Au-delà de la réforme interne, l’IMA entend poursuivre son développement et affirmer son rôle singulier dans le dialogue entre la France, l’Europe et les sociétés du monde arabe contemporain. Dans un environnement géopolitique marqué par les tensions régionales et les recompositions diplomatiques, cette mission revêt une dimension particulière.
En accédant à la présidence de l’Institut du monde arabe, Anne-Claire Legendre ouvre un nouveau chapitre pour cette institution emblématique du paysage culturel parisien. Entre exigence de réforme, impératif d’apaisement et ambition stratégique, son mandat s’annonce déterminant pour l’avenir de l’IMA. (Quid avec MAP et AFP)