Washington et Téhéran sous tension : menaces, négociations et risques d’escalade constant

Washington et Téhéran sous tension : menaces, négociations et risques d’escalade constant

Propagande de nonchalance et de décontraction malgré le conflit ? Une femme, sans voile dont le téléphone portable contient des photos de l'actuel guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, et de son prédécesseur et père, l'ayatollah Ali Khamenei, prend des photos de la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (Photo Atta Kenara – AFP)

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Les tensions entre les États-Unis et l’Iran restent élevées malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril. Alors que Donald Trump menace Téhéran d’un “anéantissement” en cas d’échec des négociations, les discussions diplomatiques se poursuivent par médiation pakistanaise. Dans le même temps, les incidents sécuritaires dans le Golfe, les frappes contre des groupes kurdes en Iran et les inquiétudes autour du détroit d’Ormuz et de la centrale nucléaire de Barakah ravivent les craintes d’une nouvelle déstabilisation régionale et d’un choc sur les marchés pétroliers.

Trump re-rehausse le ton face à l’Iran

Le président américain Donald Trump a de nouveau accentué la pression sur l’Iran en menaçant dimanche d’“anéantir” le pays si Téhéran ne parvient pas rapidement à un accord avec Washington.

Dans un message publié sur sa plateforme Truth Social, le dirigeant américain a affirmé que “le temps presse” pour l’Iran, estimant qu’en l’absence d’un compromis rapide “il ne restera plus rien” du pays.

Cette déclaration intervient dans un contexte de forte fragilité diplomatique malgré le cessez-le-feu instauré le 8 avril après plusieurs jours de frappes israélo-américaines contre des installations iraniennes et des attaques de représailles menées par Téhéran dans la région.

Le 10 mai déjà, Donald Trump avait qualifié de “totalement inacceptable” la dernière proposition iranienne destinée à régler le conflit. Selon lui, la trêve actuelle “ne tient qu’à un fil”. Washington insiste notamment sur la nécessité d’obtenir des garanties durables concernant l’absence d’armes nucléaires iraniennes.

Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, les échanges diplomatiques entre les deux pays n’ont toutefois permis aucune avancée décisive. Les discussions se poursuivent indirectement, via une médiation pakistanaise.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a confirmé que Téhéran avait répondu à la dernière proposition américaine et transmis ses préoccupations à Washington.

L’Iran renforce sa posture sécuritaire

Parallèlement aux négociations, l’Iran poursuit le renforcement de son dispositif stratégique et militaire. Téhéran a officiellement annoncé la création d’un nouvel organisme chargé de gérer le détroit d’Ormuz, passage maritime essentiel pour le commerce mondial d’hydrocarbures.

La nouvelle structure, baptisée “Autorité du détroit du Golfe Persique” (PGSA), a désormais son propre compte officiel destiné à fournir des informations en temps réel sur les opérations menées dans cette zone hautement sensible.

Depuis le début de la guerre, l’Iran orchestre une quasi-paralysie du détroit d’Ormuz afin de faire pression sur Washington et ses alliés. Cette voie maritime demeure cruciale pour les exportations pétrolières du Golfe.

Dans le même temps, les Corps des gardiens de la révolution islamique ont annoncé lundi avoir frappé des groupes “agissant pour le compte des États-Unis et d’Israël” près de la frontière irakienne.

Selon l’agence iranienne Isna, ces groupes basés dans le nord de l’Irak auraient tenté d’introduire en Iran une cargaison d’armes et de munitions américaines via la ville de Baneh, dans la province du Kurdistan iranien.

Le communiqué iranien ne précise ni l’identité des groupes visés ni un éventuel bilan humain. Les autorités iraniennes accusent régulièrement certaines organisations kurdes d’opposition de servir les intérêts occidentaux ou israéliens.

Plusieurs groupes kurdes iraniens avaient annoncé en février la création d’une coalition politique destinée à renverser la République islamique. Bien que nombre de ces mouvements aient réduit leurs activités armées ces dernières années, ils poursuivent leur action politique depuis l’exil.

Inquiétudes après l’attaque près de Barakah

La tension régionale a également été ravivée par une attaque de drone ayant provoqué dimanche un incendie à proximité de la centrale nucléaire de Barakah, dans l’émirat d’Abou Dhabi.

Selon l’agence officielle émiratie WAM, le feu s’est déclaré dans un générateur électrique situé à l’extérieur du périmètre intérieur de la centrale. Les autorités ont précisé qu’aucun blessé n’avait été enregistré et qu’aucun impact radiologique n’avait été détecté.

L’Autorité fédérale de régulation nucléaire des Émirats arabes unis a assuré que les systèmes essentiels de la centrale n’avaient pas été affectés et que les unités continuaient de fonctionner normalement.

L’incident a néanmoins provoqué une vive inquiétude internationale. Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, s’est dit “profondément alarmé” par les informations relatives à cette attaque.

Dans un communiqué, il a rappelé que toute attaque visant des infrastructures civiles, notamment nucléaires, constituait une violation du droit international. Le chef de l’ONU a appelé l’ensemble des parties à éviter toute nouvelle escalade militaire dans la région.

L’attaque n’a pas été revendiquée et les autorités émiraties n’ont attribué officiellement aucune responsabilité.

Le pétrole suspendu aux négociations

Les tensions géopolitiques continuent également d’influencer fortement les marchés énergétiques mondiaux. Après avoir progressé sous l’effet des craintes d’escalade militaire, les prix du pétrole ont reculé lundi à la suite d’informations évoquant une possible suspension partielle des sanctions américaines contre l’Iran.

L’agence iranienne Tasnim, citant une source proche des négociations, affirme que Washington aurait accepté de suspendre temporairement les sanctions pétrolières durant la période des discussions diplomatiques.

À la mi-journée, le baril de Brent de la mer du Nord reculait ainsi à 107,96 dollars, tandis que le West Texas Intermediate américain tombait à 103,23 dollars.

Pour plusieurs analystes, les marchés restent particulièrement sensibles à l’évolution du conflit. Le détroit d’Ormuz demeure un point de tension majeur, alors que les capacités mondiales de stockage et de production apparaissent de plus en plus limitées.

Le directeur exécutif de l’Agence internationale de l'énergie, Fatih Birol, a averti lundi que les stocks commerciaux de pétrole baissaient “très rapidement” sous l’effet des conséquences de la guerre.

Il a rappelé que le recours aux réserves stratégiques décidé en mars avait permis de stabiliser provisoirement les marchés, mais que ces ressources restaient limitées.

Les analystes estiment également que la hausse future de la demande asiatique, notamment en Chine, pourrait accentuer davantage les tensions sur l’approvisionnement mondial si la crise régionale devait se prolonger. (Quid avec AFP)

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