Trois pays africains n’ont connu que deux chefs d’État depuis leur indépendance – Par Hatim Betioui

Trois pays africains n’ont connu que deux chefs d’État depuis leur indépendance – Par Hatim Betioui

De G à D : Paul Biya, Teodoro Obiang Nguema, Ismaïl Omar Guelleh et Issaias Afwerki

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Depuis leur accession à l’indépendance, le Cameroun, la Guinée équatoriale et Djibouti n’ont été gouvernés que par deux présidents chacun. Hatim Betioui raconte dans cette chronique une exception politique africaine qui révèle à la fois des formes de continuité autoritaire, de personnalisation du pouvoir et parfois d’absurde, dans une région où l’alternance reste souvent théorique.

Trois pays, deux présidents : une anomalie politique persistante

Le Cameroun, la Guinée équatoriale et Djibouti partagent une singularité rare sur le continent africain : depuis leurs indépendances respectives, ils n’ont connu que deux chefs d’État. Le Cameroun, indépendant en deux temps (le 1er janvier 1960 pour sa partie orientale française, puis le 1er octobre 1961 avec l’unification de sa partie occidentale ex-britannique), a été dirigé d’abord par le musulman, Ahmadou Ahidjo, puis par le chrétien Paul Biya depuis 1982. À 91 ans, Biya est toujours en poste et compte se représenter à l’élection présidentielle prévue le 25 octobre 2025, pour un huitième mandat qui le mènerait jusqu’en 2032.

En Guinée équatoriale, indépendante de l’Espagne depuis 1968, Francisco Macías Nguema, connu pour son régime brutal, fut renversé en 1979 par son neveu, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, toujours au pouvoir à ce jour et à ce titre doyen des chefs d’État en exercice dans le monde.

Djibouti, quant à elle, a vu son premier président Hassan Gouled Aptidon accéder au pouvoir à l’indépendance en 1977. Il céda sa place en 1999 à son neveu Ismaïl Omar Guelleh, toujours président.

Paul Biya : le « président voyageur » et ses légendes urbaines

Figure emblématique de cette longévité au pouvoir, Paul Biya concentre toutes les caricatures du dirigeant éternel. Surnommé « le président absent-présent » ou encore « le président de l’Intercontinental de Genève », en référence à l’hôtel où il séjourne fréquemment avec une suite de 60 personnes, à raison de 40.000 francs suisses la nuit, Biya aurait passé plus de 1500 jours hors du pays, principalement en Suisse, selon un rapport de 2009.

Les anecdotes sur ses absences sont devenues des blagues nationales : « Paul Biya ne vit pas au Cameroun, il y fait des visites » ou encore « Si tu vois son avion, c’est qu’il a décidé de visiter le pays ! ». Peu bavard, ses discours officiels dépassent rarement quelques minutes. Si rare sont ses apparitions que certains soupçonnent parfois que ce n’est pas lui, mais un sosie !

L’an passé, son retour après 42 jours d’absence avait suscité des rumeurs sur son état de santé, au point que le gouvernement dut publier un communiqué affirmant qu’il allait bien, interdisant au passage toute discussion sur sa santé dans les médias — pour « raisons de sécurité nationale ».

Entre pouvoir absolu et absence d’élections : le cas extrême de l’Érythrée

Comparée à ces cas, l’Érythrée pousse encore plus loin la logique de la présidence à vie. Depuis son indépendance en 1993, Issaias Afwerki est le seul et unique chef d’État du pays. Aucune élection présidentielle ou parlementaire n’y est organisée, et le projet de Constitution de 1997 n’a jamais été mis en œuvre.

L’Afrique reste, malgré son immense potentiel, le théâtre de dérives politiques parfois ubuesques. L’aphorisme lancée jadis par Thomas Sankara résonne toujours avec force : « Notre ennemi n’est pas seulement le colonialisme, mais aussi le leader qui devient colonisateur dès qu’il accède au pouvoir. »