Les conclusions possibles et provisoires de la guerre contre l’Iran 1/2 - Par Seddik Maaninou

Les conclusions possibles et provisoires de la guerre contre l’Iran 1/2 - Par Seddik Maaninou

Photo fournie par la Marine américaine et publiée le 26 mai 2026 par le service des relations publiques du Commandement central des États-Unis montre un F/A-18E Super Hornet, affecté à l'escadron de chasseurs d'attaque (VFA) 14, s'apprêtant à effectuer un atterrissage par arrêt sur le pont d'envol du porte-avions de classe Nimitz USS Abraham Lincoln, le 25 mai 2026. (Via AFP)

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Après quarante jours de conflit entre Israël, l’Iran et les États-Unis, une trêve fragile a suspendu les combats sans dissiper les incertitudes. Entre objectifs militaires, affrontement géopolitique, crise énergétique mondiale et négociations sous médiation pakistanaise, les interrogations demeurent nombreuses quant à l’issue réelle de cette guerre.

Seddik Maaninou

Je ne sais pas comment les historiens écriront les événements de la guerre en cours au Moyen-Orient ni comment ils en définiront les véritables objectifs. Cependant, Israël avait depuis longtemps affiché son but dans son offensive contre l’Iran. Celui-ci était clair : détruire les capacités militaires iraniennes, anéantir les installations de production nucléaire, éliminer les dirigeants religieux et militaires et renverser le régime des mollahs.

La stratégie de la persuasion

Israël est parvenu à convaincre le président américain Donald Trump que la guerre ne durerait pas longtemps et que ses services de renseignement avaient réussi à s’infiltrer profondément en Iran. Selon cette analyse, il était possible, en peu de temps, de « couper la tête du serpent » en éliminant l’ensemble des dirigeants du régime.

Israël assurait également que l’intervention américaine aurait essentiellement un caractère technique, grâce à l’utilisation d’armes capables de détruire les installations nucléaires enfouies dans les profondeurs du sous-sol. Benyamin Netanyahou a ainsi réussi à entraîner les États-Unis dans la guerre, là où il avait échoué à convaincre plusieurs présidents américains auparavant.

Les bombes géantes

Au début de la guerre, le 28 février 2026, il est apparu que l’infiltration israélienne était profonde et particulièrement préoccupante. Elle a permis à l’aviation israélienne d’éliminer des responsables religieux, politiques et militaires lors de frappes précises et dévastatrices.

L’aviation américaine est intervenue de son coté avec des bombes de très forte puissance, détruisant les installations de production d’uranium, matière première essentielle à la fabrication d’armes nucléaires et de nombreuses infrastructures civiles et militaires. Les États-Unis ont alors affirmé : « Nous avons tout détruit et le rêve iranien de la bombe nucléaire appartient désormais au passé. »

Malgré ces déclarations, les aviations israélienne et américaine ont poursuivi leurs opérations, frappant des centaines de cibles militaires et civiles.

Une guerre devenue mondiale

Les observateurs s’attendaient alors à voir l’Iran annoncer sa capitulation et accepter les conditions imposées par Washington et Tel-Aviv. Mais Téhéran a surpris tout le monde en lançant des centaines de missiles et de drones contre Israël ainsi que contre plusieurs États du Golfe, les 1er et 2 mars 2026. Et n’a pas hésité à actionner son arme massue : le blocage du détroit d’Ormuz.

Parallèlement, les prix du carburant se sont envolés. La guerre est devenue concrète pour des millions de consommateurs lorsqu’elle a commencé à affecter directement leur pouvoir d’achat. La fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième de la consommation mondiale de pétrole, a révélé que ce conflit n’était plus seulement régional. Il avait désormais une dimension mondiale.

La voie des négociations

Les combats ont finalement cessé grâce à une médiation pakistanaise le 8 avril 2026. Il a été annoncé que cette trêve durerait deux semaines et que les parties américaine et iranienne étaient prêtes à engager des négociations destinées à parvenir à un cessez-le-feu permanent après quarante jours de guerre.

Une réunion entre les deux parties s’est tenue au Pakistan le 10 avril.

Confucius affirmait, il y a deux mille cinq cents ans : « Le combat est le dernier refuge de l’imbécile. » Le sage chinois ajoutait : « Soumettre les autres sans combattre est le sommet de l’habileté. » Quant à Talleyrand, ministre des Affaires étrangères de Napoléon, il estimait que « la guerre est le dernier recours d’une politique en échec ; elle constitue l’aveu d’une défaite politique ».

Peut-on alors dire que les États-Unis et Israël ont échoué politiquement en recourant à la guerre ? Leur décision relève-t-elle de la pure imprudence ? Et l’attaque iranienne contre les États du Golfe constitue-t-elle, elle aussi, une reconnaissance d’échec politique ?

Le détroit d’Ormuz au cœur de la crise

L’annonce officiel par l’Iran de la fermeture du détroit d’Ormuz le 2 mars, a immédiatement eu des répercussions sur l’économique mondiale, la plongeant dans la crise et alimentant la colère face à la hausse des prix du carburant.

Après une réouverture temporaire, Téhéran a de nouveau fermé le détroit en avril 2026. À la suite de l’échec des négociations, les États-Unis ont annoncé la prise de contrôle des ports iraniens, interdisant tout accès ou départ depuis ceux-ci.

Le détroit d’Ormuz s’est ainsi retrouvé soumis à un double blocus, iranien et américain, accentuant encore davantage la hausse des coûts énergétiques et des autres produits transitant pas ce détroit.

L’hypothèse d’un retour à la guerre

À la mi-avril, le cessez-le-feu restait en vigueur, tandis que le président américain continuait de menacer de « détruire l’Iran et de le ramener à l’âge de pierre ». Israël, de son côté, poursuivait ses pressions sur Washington afin de reprendre les bombardements et d’anéantir les infrastructures essentielles encore en état de fonctionner.

Parallèlement, Washington et Téhéran se livrent à une guerre des déclarations et peu connaissent réellement les concessions nécessaires pour parvenir à une solution durable. Il est naturel que les exigences initiales de chaque camp soient élevées, voire irréalistes ; elles constituent pourtant un passage obligé dans toute négociation.

A ce stade, les questions demeurent nombreuses : les échanges de frappes actuels sont-ils le prélude à la reprise des bombardements avec une intensité accrue ? Quelle sera dans les faits la réponse iranienne ? Israël a-t-il déjà identifié les nouveaux responsables appelés à diriger Téhéran ainsi que leurs lieux de résidence ? Les Iraniens descendront-ils massivement dans la rue pour renverser le régime ou, au contraire, pour défendre leur pays dans une bataille perçue comme existentielle pour l’avenir de leur pays ?

Enfin, la situation intérieure américaine finira-t-elle par s’imposer et contraindre Donald Trump à accepter des compromis afin d’assurer la reprise des flux pétroliers et d’éviter une défaite politique à son parti, même si cela devait déplaire à Israël ? Autant sonder aujourd’hui l’espace sidéral.