Culture
Toumliline, une mémoire qui ne peut se construire sans ceux qui la portent
La présidente de la Fondation Mémoires pour l’Avenir, Lamia Radi.
Accueillies et financées par l’Académie du Royaume du Maroc, les Rencontres internationales de Toumliline 2026 ont remis au premier plan l’héritage d’un lieu emblématique du dialogue entre les cultures et les religions. Si cette édition a rappelé la portée universelle de l’expérience de Toumliline, elle a aussi laissé apparaître un paradoxe : l’institution qui en a rendu la tenue possible est demeurée en retrait des échanges qu’elle accueillait.
L’Académie dans la continuité de l’esprit de Toumliline
Lorsque la Fondation Mémoires pour l’Avenir a sollicité l’Académie du Royaume du Maroc, son secrétaire perpétuel a immédiatement répondu favorablement. Le choix relevait autant de l’histoire que de la conviction. Née quelques mois après l’indépendance, l’expérience de Toumliline reposait sur une idée audacieuse : permettre à des femmes et des hommes de convictions différentes de débattre librement dans un lieu de spiritualité.
Cette philosophie rejoint celle de l’Académie, dont la vocation est de faire dialoguer les savoirs, les cultures et les sensibilités. La présence, parmi ses membres d’honneur, du cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du pape Léon XIV, ou encore l’organisation, avec l’ambassade de Pologne, d’une journée consacrée à la visite historique de Jean-Paul II à Casablanca, témoignent de cette même ouverture. Le secrétaire perpétuel entretient, en outre, un lien personnel avec Toumliline, où il séjourna durant son adolescence.
Un paradoxe institutionnel
Placées sous le thème « Faire mémoire pour ancrer l’Altérité », les rencontres ont défendu une conception exigeante de la mémoire, envisagée non comme un simple héritage, mais comme un levier de cohésion, de transmission et de consolidation démocratique.
Le cardinal Cristóbal López Romero a salué l’esprit d’un « nous inclusif » dépassant les appartenances religieuses, tandis que les représentants de l’Ordre souverain de Malte et du monastère d’En-Calcat ont renouvelé leur engagement en faveur de la préservation de ce patrimoine.
Cette ambition n’a cependant pas été pleinement reflétée dans l’organisation des débats. Les académiciens ont été absents des panels et leur animation est restée concentrée entre les mains de la présidente de la Fondation Mémoires pour l’Avenir, Lamia Radi.
Le contraste est saisissant. L’Académie, qui a accueilli la rencontre, en a assuré la logistique et le financement, s’est retrouvée pratiquement en marge des échanges. Pour une manifestation consacrée à la mémoire et à l’altérité, l’effacement de l’institution hôte constitue une dissonance qui interroge autant la forme que le fond.