La chanteuse Ceuzany, l'émotion volcanique d'une voix d'or du Cap-Vert

La chanteuse Ceuzany, l'émotion volcanique d'une voix d'or du Cap-Vert

La chanteuse capverdienne Ceuzany Pires lors du tournage d'un clip vidéo pour son dernier titre « No tchal te li » (on s'arrête là), dans un restaurant de Mindelo, le 25 mai 2026. (Photo Patrick Meinhardt / AFP)

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À 35 ans, la chanteuse cap-verdienne Ceuzany Pires s'impose comme l'une des voix les plus marquantes de la nouvelle génération musicale de l'archipel. Héritière de la tradition portée par Cesária Évora, elle conjugue morna, coladeira et influences contemporaines tout en mettant sa notoriété au service de causes sociales. Son quatrième album, consacré à la lutte contre les violences domestiques et inspiré de son propre parcours, accompagne une reconnaissance internationale grandissante, couronnée par un prix aux Cabo Verde Music Awards et des collaborations prestigieuses.

Mindelo, Cap-Vert - Pieds nus, les bras au ciel et habitée par l'émotion, Ceuzany entonne de sa voix puissante le titre emblématique de son dernier album dédié au combat contre les violences domestiques, donnant des frissons au public massé dans un bar de Mindelo, sur l'île de Sao Vicente.

Dès les premières notes, le timbre profond, haut perché, vibrant d'émotion de cette pépite de la nouvelle génération de la musique cap-verdienne déclenche les applaudissements.

«Ça suffit ! On s'arrête là, suis ton chemin, je suis heureuse sans toi", chantent plusieurs femmes du public en reprenant le refrain en chœur avec la chanteuse, émue aux larmes.

En robe échancrée dévoilant ses épaules, cheveux ondulés blonds et boucles d'oreille encadrant ses jolis traits et son visage solaire, Ceuzany habite la scène.

Par cette soirée de fin mai à Mindelo, des passants, reconnaissant la voix de la chanteuse, s'arrêtent en pleine rue pour se joindre au concert.

La voix de Ceuzany voyage du cristallin au grave, du jazz au slam.

La veille, dans un bar chic, en tailleur strass argent sexy et chapeau Panama, elle irradiait d'énergie communicative sur scène lors du tournage de clips vidéos, dansant à fond au rythme des percussions galvanisantes de son dernier album, le quatrième.

"J'ai commencé à chanter à 12 ans lors d'un concours au Cap-Vert, et depuis, je n'ai pas arrêté...", explique à l'AFP Ceuzany Pires, 35 ans, dans un sourire lumineux.

"Ma grand-mère avait rêvé de devenir une artiste renommée au Cap-Vert, mais ses parents ne voulaient pas qu'elle chante...", raconte l'artiste, mère de deux enfants. "Elle chantait toujours des sérénades à la maison... c'est grâce à elle que j'ai ce goût pour la musique et que j'aime profondément chanter".

"L'âme qui vient"

On la compare à l'immense Cesaria Evora, la "diva aux pieds nus" qui a fait connaître au monde entier deux musiques traditionnelles du Cap-Vert, la "morna" (aux mélodies douces et nostalgiques) et la "coladeira" (au rythme plus rapide).

"Ceuzany fait partie des héritières de Cesaria Evora, car c'est une grande chanteuse de +morna+", souligne son producteur José Da Silva, qui produit la première après avoir été le producteur historique de la seconde.

Avec sa "voix extraordinaire", "Ceuzany est capable de mettre un bout de rap dans une coladeira. Elle est aussi à l'aise avec les artistes de la musique urbaine que ceux de la musique traditionnelle", souligne-t-il. Chaleureuse et drôle, Ceuzany est aussi "une vraie fille de Mindelo, elle a cette spontanéité qu'avait Cesaria".

La chanteuse confie d'ailleurs être "immensément honorée" de faire partie du "Cesaria Evora Orchestra" qui se produit dans le monde pour faire vivre la musique de la "diva aux pieds nus", disparue en 2011.

Pour le musicien Hernani Almeida, arrangeur du dernier album de Ceuzany dont il a composé plusieurs chansons, elle est unique au sein de la nouvelle génération.

"Quand Ceuzany chante, tu sens l'âme qui vient... cela touche beaucoup" les gens, s'émeut ce guitariste talentueux.

Le quatrième album de Ceuzany fait la part belle aux sons mêlés du saxophone, de percussions et du "cavaquinho", cet instrument populaire à quatre cordes. Certaines chansons sont plus épurées, sa voix posée sur un piano acoustique, ou entraînent dans un zouk chaloupé, au son chaud du ukulélé.

"Reines"

Les chansons de Ceuzany évoquent Mindelo, la vie amoureuse et ses tourments, et des sujets durs comme les ravages du crack ("pedra") dans cet archipel pauvre.

Ce dernier album est "très spécial" pour elle "parce qu'il parle de violence domestique", explique Ceuzany à l'AFP. "Je suis passée par là... J'ai eu la force de quitter une relation toxique" qui a duré près de cinq ans.

"No tchal tê li" (On s'arrête là), titre de l'album et d'un single, évoque une histoire d'amour qui se transforme en un cycle d'agressions physiques et émotionnelles. Ceuzany, qui reçoit depuis de nombreux messages et échange avec des femmes victimes de violence conjugale, a fait de cette chanson un hymne à la libération et à l'affirmation de soi.

"Je pense que les femmes méritent d'être traitées comme des reines. C'est un message que je transmets à toutes les femmes, cap-verdiennes et du monde entier, parce que si j'ai réussi à quitter une relation toxique, vous pouvez y arriver aussi", lance-t-elle sans pouvoir retenir ses larmes.

L'artiste est aussi à un moment charnière de sa carrière, voyant poindre un début de reconnaissance à l'international.

Repérée en 2022 par le chanteur français Christophe Maé, elle a enregistré avec lui un single au Cap-Vert intitulé "Le Pays des merveilles", hommage euphorisant au "petit pays". En 2024, elle a fait avec lui une tournée de 40 dates à travers la France.

Le 6 juin dernier, la chanteuse a aussi remporté le prix "Musique Traditionnelle de l'année" aux Cabo Verde Music Awards.

Après le concert, Ceuzany salue ses fans et amis d'une embrassade avant que tout le monde ne se disperse dans la nuit venteuse de Mindelo, et lance: "Je veux enregistrer plus de musique, sortir plus d'albums, porter le Cap-Vert plus loin, avec un peu de moi! Et continuer à chanter pour mon peuple". (Quid avec AFP)

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