À Nice, l’ONU et les océans face à la prédation – Par Hassan Zakariaa

 À Nice, l’ONU et les océans face à la prédation – Par Hassan Zakariaa

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva (C) ; secrétaire général de l'UNOC Li Junhua (G) et le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres (D) lors de la session d'ouverture de la troisième Conférence des Nations Unies sur les océans (UNOC3). Lula a dénoncé « la menace de l’unilatéralisme » et appelé à renforcer le rôle de l’Autorité internationale des fonds marins (Photo / AFP)

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Climat, biodiversité, surexploitation des ressources, velléités unilatérales : la 3e Conférence des Nations unies sur l’Océan s’ouvre sur une bataille de lignes entre défenseurs du multilatéralisme et tentations prédatrices. Le Maroc y porte la voix d’une gouvernance responsable. Le round up de Hassan Zakariaa.

L’urgence des océans au cœur des fractures géopolitiques

La planète bleue suffoque. À Nice, plus de 50 chefs d’État et de gouvernement, accompagnés de 1500 délégués venus de près de 200 pays, se retrouvent cette semaine pour la 3e Conférence des Nations unies sur l’Océan (UNOC-3). Un rendez-vous présenté comme une étape clé dans la gouvernance internationale des océans, qui se heurte aujourd’hui à un cocktail mortifère : changements climatiques, pollution marine, surpêche et ambitions unilatérales.

Le décor est posé dès l’ouverture par les voix majeures du système multilatéral. Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, le président français Emmanuel Macron, et son homologue costaricien Rodrigo Chaves Robles appellent à un sursaut collectif pour que l’océan ne devienne pas, selon l’expression de Guterres, un nouveau Far West livré à la loi du plus fort.

Car derrière les chiffres alarmants — acidification en hausse de 30 %, disparition massive des récifs coralliens, élévation accélérée du niveau des mers —, se profile une menace politique que personne ne veut nommer mais que tous pointent : l’unilatéralisme américain. Donald Trump envisage d’exploiter, de manière unilatérale, les richesses minières des grands fonds dans des zones théoriquement protégées par le droit international.

Sans jamais citer l’ex-président américain, Emmanuel Macron monte au créneau : « Les abysses ne sont pas à vendre, pas plus que le Groenland ou l’Antarctique ». Il renouvelle son appel à un moratoire mondial sur l’exploitation minière des fonds marins, aujourd’hui soutenu par 33 pays. Une ligne de fracture qui s’invite en filigrane dans tous les débats de cette UNOC-3.

Un traité sur la haute mer en marche, un appel aux responsabilités

Au-delà des affrontements diplomatiques, la conférence de Nice vise aussi à concrétiser le traité sur la haute mer, signé en 2023, destiné à protéger la vie marine au-delà des juridictions nationales. Pour entrer en vigueur, il lui faudra 60 ratifications. Emmanuel Macron l’assure : une cinquantaine de ratifications sont désormais effectives, et 15 pays supplémentaires se sont engagés à suivre. « C’est gagné », se réjouit-il. Peut-être un peu trop vite.

Car cette victoire partielle ne doit pas masquer les ambiguïtés des engagements concrets. Sur les aires marines protégées, par exemple, la France annonce vouloir atteindre 10 % de protection d’ici 2030, contribuant à l’objectif mondial des 30 %. Pourtant, les ONG rappellent que la protection réelle reste souvent symbolique : la pêche industrielle, notamment le chalutage de fond, reste autorisée dans bien trop de zones dites "protégées".

Dans ce climat de lucidité inquiète, certaines voix dissonantes viennent rappeler l’ampleur des défis. Luiz Inacio Lula da Silva, président brésilien, dénonce « la menace de l’unilatéralisme » et appelle à renforcer le rôle de l’Autorité internationale des fonds marins. Le président des îles Palaos, Surangel Whipps Jr, réclame, lui, des gestes concrets des pays riches : « Si vous voulez vraiment protéger les océans, prouvez-le. Allégez nos dettes pour que nous puissions investir dans notre adaptation ».

Le Maroc, acteur engagé d’une gouvernance équilibrée

Dans ce théâtre diplomatique contrasté, le Maroc tient sa place avec constance. Le royaume, co-président avec la France du Sommet Afrique pour l’Océan en marge de l’UNOC-3, défend une approche équilibrée et responsable de la gouvernance maritime. Une posture cohérente avec sa stratégie nationale pour l’économie bleue et ses efforts en matière de protection des ressources halieutiques.

Au fil des conférences internationales, le Maroc s’est imposé comme un acteur sérieux dans les négociations climatiques et environnementales. Son accueil de la COP 22 en 2016 à Marrakech en a été une étape importante. La participation marocaine à Nice prolonge cet engagement. Elle vise à défendre une vision africaine des océans : outil de développement durable, ressource vitale pour des millions de personnes, mais aussi patrimoine commun à protéger contre les appétits désordonnés.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Face à des puissances prêtes à sacrifier l’avenir commun sur l’autel de la compétition géoéconomique, les pays africains, insulaires et émergents rappellent que l’océan est un bien public mondial. Un espace de coopération et non de prédation.

La 3e Conférence des Nations unies sur l’Océan s’annonce donc comme un moment charnière. Sera-t-elle à la hauteur de ses ambitions ? Obtiendra-t-elle les engagements fermes qu’exige l’état critique de nos océans ? Ou laissera-t-elle les logiques de puissance dicter l’avenir du patrimoine marin mondial ?

Les prochains jours à Nice diront si le multilatéralisme peut encore tenir la mer face aux vents mauvais.

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