Environnement
COP30 au Brésil : la planète au bord du seuil et l’Amazonie en colère
Celia Xakriaba, députée fédérale brésilienne issue du peuple autochtone Xakriaba, arbore un maquillage sur lequel on peut lire « La démarcation est une solution climatique » alors qu'elle assiste à la COP30, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, à Belém, dans l'État du Pará, au Brésil, le 10 novembre 2025.
Alors que la 30e Conférence des Nations unies sur le climat (COP30) se tient à Belém, au cœur de l’Amazonie, la science tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme : les émissions mondiales de CO₂ issues des énergies fossiles atteindront un niveau record en 2025, rendant quasi impossible l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Dans le même temps, les peuples autochtones, premiers gardiens de la forêt, dénoncent leur mise à l’écart et appellent le président Lula à passer des promesses aux actes.
Le monde franchit un nouveau seuil de pollution
Selon le Global Carbon Project, un consortium international réunissant 130 scientifiques, les émissions de CO₂ liées aux combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz) devraient augmenter de 1,1 % en 2025 par rapport à l’année précédente, pour atteindre 38,1 milliards de tonnes. Un record historique, publié alors que les délégations internationales débattent à Belém de la trajectoire climatique mondiale.
L’étude souligne que les efforts engagés jusqu’à présent restent insuffisants face à la dynamique de croissance énergétique mondiale. L’Asie, notamment la Chine et l’Inde, continue d’accroître sa production d’électricité à partir du charbon, tandis que les pays industrialisés peinent à réduire leur dépendance aux hydrocarbures. Le constat est sans appel : au rythme actuel, l’humanité s’éloigne irréversiblement du scénario compatible avec l’Accord de Paris.
Les chercheurs estiment qu’il devient désormais « presque impossible » de maintenir le réchauffement global sous la barre des 1,5 °C d’ici la fin du siècle. Pour espérer inverser la tendance, il faudrait, selon eux, une baisse annuelle d’au moins 7 % des émissions mondiales dès 2026 – un objectif que ni les politiques publiques actuelles ni les engagements nationaux ne permettent d’envisager.
L’Amazonie, théâtre d’une colère autochtone
Si la COP30 se veut la « conférence amazonienne », symbole d’un dialogue entre nature et humanité, le sentiment dominant chez les peuples autochtones est celui de la frustration. À Belém, plusieurs dizaines de manifestants indigènes ont forcé mardi soir l’entrée du site officiel, avant d’être repoussés par les forces de sécurité. Les images de ces heurts ont fait le tour du monde, révélant le fossé entre la mise en scène diplomatique et la réalité du terrain.
Les manifestants reprochent aux autorités brésiliennes, et au président Luiz Inacio Lula da Silva en particulier, de ne pas aller assez loin dans la protection des terres indigènes et la lutte contre l’exploitation minière et pétrolière. Pourtant, Lula, revenu au pouvoir en 2023, a fait de la défense de l’Amazonie l’un des marqueurs de son mandat : 16 territoires autochtones ont été homologués, la déforestation a reculé et un ministère des Peuples indigènes, dirigé par Sonia Guajajara, a vu le jour.
Mais ces avancées ne suffisent pas à apaiser la défiance. Pour Raoni Metuktire, figure historique du mouvement autochtone, la patience a des limites. « Je soutiens le président Lula, mais il doit nous écouter », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse à bord d’un bateau sur le fleuve Guamá. Le vieux chef kayapo a critiqué les projets de développement jugés contraires à la préservation de la forêt, notamment l’exploration pétrolière près de l’embouchure de l’Amazone et la future ligne ferroviaire Ferrograo, longue de près de 1 000 kilomètres, destinée à faciliter l’exportation de céréales.
Une voix qui veut se faire entendre
Les peuples indigènes, premiers témoins du dérèglement climatique, refusent d’être relégués à un rôle symbolique dans les négociations internationales. « Personne n’a commis d’acte de vandalisme. Nous voulions simplement attirer l’attention », a expliqué Dona Neves Arara Vermelha, membre de l’ethnie arapiuns, lors d’une conférence de presse à Belém. Elle déplore la lenteur de la démarcation des territoires indigènes et la faiblesse de la réponse face aux pressions de l’agro-industrie.
Sa compatriote Auricelia Arapiun a exprimé la même colère : « Ils refusent d’écouter ce que nous disons ici. Nous voulons simplement être à la table des décisions. » Ces déclarations traduisent une exaspération croissante à l’égard des promesses répétées mais rarement concrétisées.
Le Sommet des peuples, organisé parallèlement à la COP, a permis aux représentants autochtones, aux ONG et aux défenseurs de la biodiversité de réaffirmer une même exigence : que la justice climatique passe par la reconnaissance des droits fonciers et culturels des communautés locales.
L’Amazonie, miroir d’un monde en déséquilibre
Samedi, une grande marche pour le climat est prévue dans les rues de Belém. Les peuples amazoniens y défendront deux mots d’ordre : justice climatique et défense des territoires. Dans cette région où la forêt régule à elle seule une part essentielle du climat mondial, le combat des communautés autochtones dépasse les frontières nationales. Il incarne un avertissement planétaire : sans respect des équilibres locaux, la transition écologique restera une abstraction.
Raoni, qui fut l’un des symboles de l’investiture de Lula en janvier 2023, n’a pas renoncé à son idéal d’harmonie. « Autrefois, Blancs et indigènes se battaient. Aujourd’hui, je travaille pour que nous vivions en paix », a-t-il confié. Derrière la sagesse du vieux chef se dessine une leçon universelle : la paix entre les peuples commence par la paix avec la nature.
Mais alors que la science annonce un nouveau sommet d’émissions carbonées, la contradiction est flagrante : jamais les discours sur la transition n’ont été aussi nombreux, et jamais la planète n’a autant brûlé. Entre l’urgence climatique et la colère de l’Amazonie, la COP30 ressemble moins à un tournant qu’à un miroir : celui d’un monde conscient du danger, mais encore incapable de l’affronter. (Quid avec AFP)