Environnement
COP30 de Belém : l’heure de vérité pour un monde en échec climatique – Par Hassan Zakriaa
La chanteuse australienne Kylie Minogue (au centre) à la cérémonie au Musée de demain à Rio de Janeiro, au Brésil, le 5 novembre 2025, pour la remise des prix Earthshot Prize, une distinction de portée mondiale décernée par à des individus, institutions ou organisations en reconnaissance de leurs contributions à la protection de l'environnement. (Photo de Daniel RAMALHO / AFP)
Dix ans après l’Accord de Paris, la 30e Conférence des Nations Unies sur le climat (COP30) s’est ouverte à Belém, au cœur de l’Amazonie brésilienne, sur un constat amer : le monde n’a pas tenu ses promesses. Les dirigeants réunis reconnaissent l’échec à limiter le réchauffement planétaire à 1,5 °C et appellent à une « COP de la vérité ». Dans un climat d’urgence et de désillusion, les débats mettent à nu les fractures géopolitiques, les lenteurs financières et les contradictions des politiques énergétiques, tout en tentant de relancer un espoir collectif face à une crise devenue existentielle.
Par Hassan Zakriaa avec MAP et AFP
Une ouverture sous le signe du désenchantement
À Belém, symbole de la forêt amazonienne, l’atmosphère est moite, les discours brûlants. Trente chefs d’État seulement ont fait le déplacement, signe d’une mobilisation politique affaiblie. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, hôte du sommet, a donné le ton dès l’ouverture : « La fenêtre d’opportunité se ferme rapidement », a-t-il averti, dénonçant « les mensonges des forces extrémistes qui favorisent la dégradation de l’environnement ».
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a lui aussi abandonné le langage diplomatique : « Nous avons échoué à limiter le réchauffement à 1,5 °C. C’est une faillite morale. » Selon les données onusiennes, 2025 devrait figurer parmi les trois années les plus chaudes jamais enregistrées. Le climat de la planète dérive, et la promesse de Paris s’éloigne.
La communauté internationale se veut pourtant lucide. L’objectif désormais n’est plus d’empêcher le dépassement de la limite symbolique des 1,5 °C, mais d’en raccourcir la durée. Le scientifique Johan Rockström, directeur de l’Institut de recherche sur le climat de Potsdam, estime qu’il faudra « entre 50 et 70 ans pour revenir sous ce seuil ». Un horizon vertigineux qui impose de repenser toute la stratégie mondiale.
Lula veut une « COP de la vérité »
Pour Lula, la COP30 ne doit pas être un nouveau théâtre de déclarations creuses. Dans une Amazonie fragilisée par la déforestation et les incendies, il veut replacer le réel au centre des négociations. « Plus de trente ans après le Sommet de la Terre à Rio, la Convention du Climat revient dans le pays où elle est née », a-t-il rappelé. Son message : refonder la coopération internationale sur la vérité scientifique et la justice climatique.
Le président brésilien a aussi mis en garde contre la montée des extrémismes et des conflits qui détournent les ressources de la lutte environnementale. Pour lui, le défi climatique ne peut être relevé sans réduire les inégalités mondiales et régionales. À ses yeux, la COP30 doit marquer la fin du décalage entre diplomatie et action : « Il faut replacer la lutte contre le réchauffement au cœur des décisions de chaque gouvernement, de chaque entreprise et de chaque citoyen. »
Mais Belém, capitale de l’État du Pará, n’a pas été choisie sans controverse. Ses infrastructures limitées ont rendu la logistique difficile, obligeant le Brésil à loger gratuitement des délégations pauvres sur des navires de croisière. Ce contraste entre discours mondial et réalité locale illustre à lui seul la crise de justice climatique que dénonce le Sud global.
La faillite du système climatique international
Les dirigeants présents à Belém reconnaissent désormais que le modèle mis en place depuis 2015 a atteint ses limites. Les financements promis ne suffisent pas : « Ils sont insuffisants, fragmentés et mal ciblés », a déploré Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, dont le pays abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde.
Face à cet essoufflement, le Brésil a proposé un nouveau mécanisme : le Fonds pour les Forêts Tropicales Éternelles (TFFF), destiné à générer des dividendes financiers pour protéger les forêts. La Norvège s’est déjà engagée à y verser jusqu’à 3 milliards de dollars. Lula veut en faire un modèle d’alliance entre économie et écologie, reliant les marchés financiers aux ressources naturelles.
En parallèle, le pays hôte entend donner un nouvel élan à la finance climatique avec la feuille de route « De Bakou à Belém », qui ambitionne de mobiliser 1.300 milliards de dollars par an d’ici 2035 pour les pays du Sud. Ce plan cherche à rééquilibrer le financement entre atténuation et adaptation, deux dimensions souvent dissociées dans les politiques climatiques.
Le front contre les énergies fossiles se reforme
Le deuxième jour du sommet, les discours se sont concentrés sur le cœur du problème : la dépendance mondiale aux combustibles fossiles. Pour la première fois depuis la COP de Dubaï, où un engagement avait été pris pour réduire leur usage, plusieurs dirigeants appellent à une feuille de route claire pour en sortir.
« Nous devons surmonter notre dépendance aux énergies fossiles », a martelé Lula, rejoint par Emmanuel Macron, qui a appelé à « choisir la science face à l’idéologie » et « le multilatéralisme face au repli sur soi ». Les pays européens et les petites nations insulaires, premières victimes des ouragans et de la montée des océans, réclament des engagements plus contraignants.
Le Premier ministre d’Antigua-et-Barbuda, Gaston Browne, a dénoncé « les grands pollueurs qui continuent de détruire délibérément nos environnements marins et terrestres avec leurs gaz fossiles toxiques ». De son côté, Mia Mottley, Première ministre des Barbades, a plaidé pour un « frein d’urgence » sur les fuites de méthane, principal composant du gaz naturel. « Cela parle le langage d’amour de ceux qui veulent sauver la planète comme de ceux qui vivent du pétrole », a-t-elle ironisé.
Mais le Brésil lui-même n’échappe pas à la contradiction : tout en accueillant la COP, il a autorisé l’exploration pétrolière au large de l’Amazonie. « Nous voulons proposer une voie pour réduire l’utilisation des combustibles fossiles », a admis Lula. « Mais ce n’est pas facile. »
Les villes en première ligne : l’exemple marocain
En marge du sommet de Belém, un Forum des dirigeants locaux s’est tenu à Rio de Janeiro. Maire après maire, les représentants de vingt pays, dont le Maroc, ont signé une déclaration d’engagement pour renforcer la résilience des villes.
« Les villes sont au cœur de la lutte climatique, car elles génèrent 80 % des émissions mondiales », affirme le texte final. Les signataires, représentant plus de 14.000 collectivités, s’engagent à développer 2.500 projets locaux de transition énergétique et de gestion durable des ressources.
Le maire de Rio, Eduardo Paes, a salué « la capacité des villes à transformer la poésie en financement ». Son homologue de Belém, Igor Normando, a rappelé la portée symbolique du choix de l’Amazonie : « Elle a longtemps aidé le monde à respirer, aujourd’hui elle demande au monde de l’aider à vivre. »
Le Maroc, représenté par plusieurs élus, dont Mohamed Sefiani, président de la commune de Chefchaouen et membre du bureau exécutif de la Convention mondiale des maires pour le climat et l’énergie, a souligné le rôle moteur du Royaume en Afrique. Grâce à la vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, les villes marocaines s’impliquent activement dans la mise en œuvre des politiques d’atténuation et d’adaptation, dans le cadre d’une gouvernance à plusieurs niveaux.
Une COP de la lucidité et non du renoncement
Belém marque un tournant. Si les discours sont empreints de gravité, ils ne sonnent pas la fin de l’action. António Guterres l’a répété : « Nous n’avons jamais été mieux armés pour contre-attaquer. » Les progrès dans les énergies renouvelables, la chute du coût du solaire et la mobilisation croissante des acteurs locaux donnent encore des raisons d’espérer.
Mais cette COP30 restera celle de la lucidité. Celle où les dirigeants ont cessé de prétendre que la trajectoire actuelle suffisait. Celle où la crise climatique s’est imposée comme un test moral et politique.
La forêt amazonienne, théâtre de ce sommet, résume la situation : un écosystème vital en danger, un poumon pour la planète menacé d’asphyxie. Entre les appels à la justice climatique et les promesses de transition, le monde est face à un choix historique : continuer à brûler ou apprendre enfin à respirer ensemble.