Environnement
Hiver 2025-2026 au Maroc : face aux intempéries, l’État, les territoires et la science à l’épreuve de la résilience
Les perturbations présentent aussi un versant positif. Les importantes quantités de pluie contribuent à la recharge des nappes phréatiques, au remplissage des barrages et au lancement de la campagne agricole, après plusieurs années de sécheresse.
Alors que l’hiver 2025-2026 n’est pas encore officiellement là, le Maroc affronte une séquence météorologique marquée par des perturbations intenses, mêlant fortes précipitations, vagues de froid et chutes de neige. Au-delà de-u deuil à la suite des inondations de Safi, ces pluies et neiges sont perçues, après de longues années de sécheresse, avec bienveillance et optimisme. Pourvu que ça dure, mais comme le dit la prière commune des Marocains : dans les limites des bienfaits.
Dans le sillage des inondations de Safi, entre mobilisation institutionnelle au pied levé, expertise scientifique, réponses territoriales et actions de terrain, le pays déploie une stratégie multidimensionnelle pour protéger les populations, sécuriser les infrastructures et tirer parti d’épisodes pluvieux attendus après plusieurs années de déficit hydrique. Récit d’un hiver sous vigilance renforcée.
Intempéries hivernales : l’État élève le niveau d’alerte nationale
Face aux éventuelles répercussions des perturbations météorologiques prévues durant l’hiver 2025-2026, le ministère de l’Intérieur a annoncé une intensification de la mobilisation nationale, en coordination étroite avec l’ensemble des départements gouvernementaux, institutions publiques et services territoriaux concernés. Conformément aux orientations royales, les walis et gouverneurs ont été instruits de renforcer sur le terrain les dispositifs de suivi météorologique, de coordination opérationnelle et de prévention proactive, afin de protéger les populations et d’atténuer les dégâts potentiels. Sur l’ensemble de l’Administration territoriale, les réunions de vigilance se succèdent.
Au cœur de ce dispositif, l’activation du centre national de pilotage et de veille au ministère de l’Intérieur et la mise en place effective des comités provinciaux de suivi s’inscrivent dans le cadre du Plan national de lutte contre les effets des vagues de froid pour la saison hivernale 2025-2026. Actualisé dans ses données, élargi dans son champ d’intervention et affiné dans ses mécanismes de ciblage, ce plan vise plus de 28 provinces et préfectures, ciblant des milliers de citoyens vivant dans des douars exposés aux risques climatiques.
L’approche adoptée repose sur un accompagnement continu des populations, l’approvisionnement régulier en produits de base, la mobilisation anticipée de moyens logistiques pour le désenclavement, la distribution d’aides alimentaires, de couvertures et de bois de chauffage, ainsi que l’intervention rapide en cas de situation d’urgence. Le ministère appelle également les citoyens à la vigilance, au respect des consignes de sécurité et à la prudence dans les déplacements, afin de limiter les risques humains et matériels.
Perturbations météorologiques : le regard du climatologue
Pour le climatologue et expert en environnement Dr Saïd Chakri, les perturbations que connaît actuellement le Maroc relèvent à la fois de phénomènes naturels connus et d’une intensification liée au changement climatique. Selon lui, les épisodes récents illustrent l’impact croissant de dépressions froides isolées, dites cut-off, difficiles à prévoir et capables de générer des précipitations abondantes sur de courtes périodes, comme ce fut le cas à Safi.
Ces phénomènes, observés également dans d’autres régions du monde, notamment en Espagne lors des inondations de Valence en 2024, se caractérisent par leur imprévisibilité et leur capacité à produire des effets soudains. Pour Dr Chakri, les impacts négatifs sont amplifiés par des facteurs aggravants tels que la fragilité des infrastructures, le manque de préparation urbaine et l’insuffisance de sensibilisation aux risques.
Toutefois, ces perturbations présentent aussi un versant positif. Les importantes quantités de pluie contribuent à la recharge des nappes phréatiques, au remplissage des barrages et au lancement de la campagne agricole, après plusieurs années de sécheresse. L’enjeu, souligne l’expert, réside désormais dans l’adaptation structurelle, à travers une planification urbaine intégrant le risque climatique, l’interdiction de construire dans les zones inondables et la mise en place d’une stratégie nationale de prévention multidimensionnelle.
Fortes pluies : une lecture climatique avec Mohammed-Saïd Karrouk
Pour le climatologue Dr Mohammed-Saïd Karrouk, les fortes précipitations observées récemment s’expliquent par une combinaison de mécanismes climatiques globaux et régionaux. L’entrée en phase de La Niña, conjuguée à un affaiblissement de l’anticyclone des Açores, favorise l’installation de masses d’air froid sur l’ouest méditerranéen, créant des conditions propices aux épisodes pluvieux intenses.
Si de tels phénomènes ont déjà marqué l’histoire climatique du Maroc, notamment lors des inondations de Casablanca en 1996, leur intensité actuelle est amplifiée par le réchauffement climatique, qui augmente la vapeur d’eau disponible dans l’atmosphère. Cette évolution rend les infrastructures urbaines existantes moins adaptées, nécessitant leur réhabilitation et une meilleure intégration des cours d’eau dans l’aménagement territorial.
Dr Karrouk rappelle néanmoins que ces précipitations constituent un atout stratégique pour les ressources hydriques, en contribuant à l’alimentation des barrages et en soutenant les secteurs dépendants de l’eau, notamment l’agriculture. (Quid avec AFP)