L’eau reprend ses droits : le Maroc sort de la pénurie et regagne une, deux à trois ans de sécurité hydrique

L’eau reprend ses droits : le Maroc sort de la pénurie et regagne une, deux à trois ans de sécurité hydrique

Aux pluies s’ajoute un facteur décisif : la neige. Les superficies enneigées ont culminé à plus de 55.000 km² avant de se stabiliser autour de 22.600 km², un niveau inédit depuis 2018

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Après plusieurs années de stress hydrique aigu, le Maroc enregistre un tournant qui pourrait être majeur si un nouveau cycle humide se confirme. Les pluies abondantes de ces derniers mois ont profondément amélioré les réserves en eau du Royaume, faisant bondir les taux de remplissage des barrages et offrant, selon les bassins, jusqu’à trois années supplémentaires d’approvisionnement. Un répit précieux, mais qui ne remet pas en cause l’urgence d’une gestion structurelle et durable de la ressource. Mais déjà les pluies de cette année offre un répit et donne du mou à la réalisation des projets hydriques, dont le dessalement, en cours.

Un regain hydrique spectaculaire porté par les pluies et la neige

Entre septembre et le 20 janvier, les apports hydriques ont atteint 4,07 milliards de mètres cubes, dont près de 3,6 milliards enregistrés sur les seuls quarante derniers jours. Devant la Chambre des conseillers, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a qualifié ces indicateurs de très positifs, soulignant une hausse de 114 pour cent des précipitations par rapport à la même période de l’an dernier. Avec 121,5 mm cumulés depuis septembre, le niveau dépasse également de 24 pour cent la moyenne observée entre 1990 et 2020.

À ces pluies s’ajoute un facteur décisif : la neige. Les superficies enneigées ont culminé à plus de 55.000 km² avant de se stabiliser autour de 22.600 km², un niveau inédit depuis 2018. Ce manteau neigeux constitue une réserve différée essentielle, alimentant progressivement les barrages et les nappes au printemps.

Les barrages retrouvent des niveaux jamais vus depuis des années

Conséquence directe de ces apports, le taux de remplissage national des barrages est passé de 28 à 48 pour cent en quelques semaines. Plusieurs bassins stratégiques affichent des progressions spectaculaires. Le Sebou, pilier hydraulique du pays, est passé de 36 à 57 pour cent, avec plus de 3,1 milliards de mètres cubes stockés. Quatre grands barrages ont même dépassé leur capacité, entraînant des lâchers d’eau contrôlés.

Même dynamique dans le bassin de l’Oum Er-Rbia, où les retenues sont passées de 250 millions à près de 1,18 milliard de mètres cubes. De nombreux ouvrages y ont franchi le seuil des 100 pour cent, signe d’un redressement rapide après des années de déficit sévère. Le Bouregreg et la Chaouia affichent un quasi-remplissage, à plus de 95 pour cent, assurant une sécurité hydrique renforcée pour Rabat et Casablanca.

Au nord, le Loukkos atteint plus de 64 pour cent de remplissage, avec plusieurs barrages saturés. Au sud, le Souss-Massa, longtemps symbole de la crise de l’eau, voit ses réserves tripler pour atteindre 382 millions de mètres cubes, garantissant une année d’eau potable supplémentaire et deux années pour certaines zones rurales.

Des disparités régionales, mais un gain national décisif

Tous les bassins ne bénéficient pas du même répit. Le Tensift a retrouvé des niveaux comparables à ceux de 2017, tandis que le Guir-Ziz-Rheris et le Drâa-Oued Noun enregistrent des améliorations plus modestes. Le barrage Hassan Addakhil, par exemple, garantit désormais plus de deux années d’alimentation en eau potable pour Errachidia, tandis que le système d’El Mansour Eddahbi assure une prolongation équivalente dans le Sud.

À l’échelle nationale, ces données permettent toutefois de gagner en moyenne une année supplémentaire d’eau potable, avec des écarts allant d’une à trois années selon les régions. Un matelas de sécurité précieux dans un contexte de changement climatique marqué par l’irrégularité des précipitations.

Accélérer les infrastructures pour transformer l’embellie en durabilité

Pour le gouvernement, ce répit ne doit pas conduire à un relâchement. Le ministre a insisté sur la poursuite accélérée des chantiers hydrauliques, conformément aux Hautes Orientations Royales. Le barrage de Tamri en est un exemple emblématique : sa durée de réalisation a été réduite de trois ans, avec une mise en eau prévue dès juin prochain.

Parallèlement, plus de 4.200 forages exploratoires ont été réalisés, fournissant un débit global supérieur à 8.800 litres par seconde au profit de près de 5,8 millions d’habitants du monde rural. Des solutions de proximité, comme les grandes citernes traditionnelles et la collecte des eaux de pluie sur les toitures, complètent ce dispositif, notamment dans les zones enclavées.

Interconnexion, dessalement et recyclage : les piliers du Maroc hydrique de demain

Au-delà des barrages, la stratégie nationale repose sur la diversification des sources. L’interconnexion des bassins a déjà permis de transférer 953 millions de mètres cubes du Sebou vers le Bouregreg. Une deuxième phase est en cours pour étendre ce système jusqu’à l’Oum Er-Rbia et au barrage Al Massira, renforçant la solidarité hydrique entre régions.

Le dessalement de l’eau de mer constitue l’autre pilier majeur. La production actuelle atteint 350 millions de mètres cubes par an, avec un objectif ambitieux de 1,7 milliard à l’horizon 2030. Plusieurs stations sont en construction ou programmées, de Tanger à Nador, en passant par Guelmim, Tan-Tan et Tiznit.

Enfin, le recyclage des eaux usées monte en puissance. La capacité de traitement devrait passer de 40 à 100 millions de mètres cubes d’ici 2027, contribuant à l’irrigation des espaces verts et à la réduction de la pression sur les ressources conventionnelles.

Un répit stratégique face à un défi structurel

Les chiffres annoncés marquent indéniablement un tournant. Mais ils rappellent aussi la fragilité du modèle hydrique face aux aléas climatiques. Le Maroc gagne du temps, pas une immunité. Transformer cette embellie en sécurité durable suppose de maintenir l’effort d’investissement, d’améliorer l’efficacité des usages et de renforcer la culture de sobriété.

L’eau est redevenue abondante, pour un temps. Le défi est désormais de faire de ce sursis une trajectoire pérenne.

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