Marrakech : un Congrès Mondial de l’Eau qui redéfinit les stratégies hydriques face au changement climatique

Marrakech : un Congrès Mondial de l’Eau qui redéfinit les stratégies hydriques face au changement climatique

Instant solennel, la remise des prestigieux prix de l’Association Internationale des Ressources en Eau (IWRA), consacrant des figures majeures du secteur. Ces distinctions, très attendues dans la communauté scientifique, récompensent des chercheurs, des praticiens et des institutions dont les travaux transforment durablement la gestion des ressources hydriques

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 Pendant cinq jours (du 1er au 5 décembre), Marrakech se transforme en capitale mondiale de l’eau, réunissant chercheurs, ministres, experts internationaux, agences de financement et acteurs de la société civile. Le 19e Congrès Mondial de l’Eau, placé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, est une plateforme stratégique pour repenser la gouvernance, la sécurité et la durabilité hydriques dans un monde bouleversé par le changement climatique. Entre remises de prix, engagements africains, innovations marocaines, plaidoyers pour la résilience et présentations de projets structurants, l’événement a marqué une étape déterminante dans la construction d’un avenir hydrique fondé sur l’innovation et la coopération.

UN RENDEZ-VOUS MONDIAL OÙ L’INNOVATION PREND LE DEVANT

Instant solennel, la remise des prestigieux prix de l’Association Internationale des Ressources en Eau (IWRA), consacrant des figures majeures du secteur. Ces distinctions, très attendues dans la communauté scientifique, récompensent des chercheurs, des praticiens et des institutions dont les travaux transforment durablement la gestion des ressources hydriques.

Le Prix Ven Te Chow a été attribué à Cecilia Tortajada, professeure à l’Université de Glasgow, pour son engagement dans le développement durable et la gouvernance sociale de l’eau. Cette distinction rend hommage au fondateur de l’IWRA, l’hydrologue Ven Te Chow, pionnier des approches intégrées de gestion.

Le Crystal Drop Award a honoré Claudia Sadoff, spécialiste internationale reconnue pour ses contributions à la diplomatie de l’eau, à la gestion stratégique des risques hydriques et au renforcement de la résilience des communautés vulnérables.

Le Water Drop Award, destiné aux jeunes talents de moins de 35 ans, est revenu à Hassan Tolba Aboelnga, chercheur à Cologne, figure montante de la sécurité hydrique. Il a souligné l’importance de l’innovation pour anticiper et atténuer les impacts du changement climatique, et a salué l’expérience marocaine, souvent citée comme modèle régional.

Le président de l’IWRA, Yuanyuan Li, a insisté sur la nécessité, pour le monde scientifique, de s’ouvrir davantage aux praticiens et aux décideurs. « Les prix ne célèbrent pas seulement l’excellence, ils rappellent que la science doit être un outil de transformation », a-t-il déclaré.

UNE COOPÉRATION MAROC–CONSEIL MONDIAL DE L’EAU QUI PREND DE L’AMPLEUR

Dans son intervention, Loïc Fauchon, président du Conseil Mondial de l’Eau, a rendu hommage au Maroc pour la profondeur de sa vision hydrique. Il s’est félicité d’une coopération renforcée avec le Royaume, matérialisée par un projet de centre international dédié aux eaux non conventionnelles et aux énergies renouvelables.

Pour lui, le Maroc incarne une voie « réaliste, proactive et fondée sur l’innovation », qui fait du dessalement, de la réutilisation des eaux usées et de la transition énergétique les fondements d’une souveraineté hydrique nouvelle. Le Royaume figure déjà parmi les pays pionniers dans l’intégration des énergies renouvelables dans le dessalement, réduisant les coûts énergétiques et l’empreinte carbone de cette technologie.

Loïc Fauchon a également plaidé pour la création d’une coalition internationale de l’eau, regroupant scientifiques, gouvernements et entreprises afin d’accélérer le déploiement de solutions numériques, d’intelligence artificielle et d’ingénierie innovante. L’objectif est d’opérer un changement profond dans les méthodes traditionnelles de gestion hydrique, longtemps limitées à une logique de pénurie et de contrôle.

LA VISION AFRICAINE DE L’EAU 2063 : RABAT ET MARRAKECH AU CŒUR DU DISPOSITIF

L’Afrique a occupé une place centrale dans les débats, notamment lors de la session spéciale du Conseil des ministres africains chargés de l’eau (AMCOW). Nizar Baraka, vice-président de l’AMCOW pour l’Afrique du Nord, a rappelé l’engagement total du Maroc envers la Vision et la Politique Africaine de l’Eau 2063 (VPAE 2063).

Cette vision, adoptée à Dakar, ambitionne de transformer les défis hydriques en opportunités de développement. Elle repose sur la généralisation des accès à l’eau potable, la protection des bassins, la sécurisation des systèmes d’assainissement, la résilience climatique et la construction d’une gouvernance africaine intégrée.

Dans un continent où la population devrait doubler d’ici 2050, la pression sur l’eau devient structurelle. Sécheresses prolongées, crues destructrices, urbanisation rapide et faible niveau d’infrastructures aggravent la vulnérabilité de nombreuses régions. « L’eau doit devenir un moteur de transformation et non un frein au développement », a insisté Baraka.

Cheikh Tidiane Dieye, ministre sénégalais de l’Hydraulique et président de l’AMCOW, a souligné l’urgence d’agir : « Nous sommes à un tournant. Les réalités liées à l’eau, aggravées par le changement climatique, imposent une mobilisation générale. »

À partir de 2026, l’Afrique entrera dans la phase opérationnelle de la Vision 2063, avec un plan d’action 2026-2033 visant à renforcer les capacités, structurer les priorités et moderniser les approches de gestion hydrique à l’échelle nationale et régionale.

LE MAROC ÉRIGE LE MODÈLE « EAU–ÉNERGIE–ALIMENTATION » EN PILIER STRATÉGIQUE

Le ministre Nizar Baraka a présenté la stratégie hydrique du Maroc, devenue un cas d’école. L’approche nationale repose sur un modèle intégré où eau, énergie renouvelable et sécurité alimentaire sont interconnectées. Le Royaume considère désormais l’eau non plus comme une ressource passive mais comme un levier de souveraineté.

Les plans directeurs intégrés des bassins hydriques (PDAIRE) à l’horizon 2050 permettent de cartographier les ressources, les fragilités et les besoins prioritaires de chaque bassin. Alimentant le Plan national de l’eau, ils servent de base à la planification stratégique.

Le Maroc déploie simultanément :

  • un programme massif de dessalement, visant 1,7 milliard de m³ par an en 2030
  • la construction et la modernisation de grands barrages
  • la réutilisation croissante des eaux usées traitées
  • la recharge artificielle des nappes phréatiques
  • la digitalisation des réseaux d’eau et des systèmes de comptage
  • des innovations comme les panneaux solaires flottants ou l’extraction d’eau de l’air

Ce modèle a été salué par les partenaires internationaux présents. La Chine a souligné la convergence entre les deux pays en matière de gestion de la demande et d’intégration technologique, tandis que la Turquie a plaidé pour une coopération renforcée face à la multiplication des phénomènes hydriques extrêmes.

L’INNOVATION AU SERVICE DE LA RÉSILIENCE : LES GRANDS ENSEIGNEMENTS DU CONGRÈS

Les travaux scientifiques et techniques du Congrès ont donné lieu à des discussions approfondies sur les moyens de concilier résilience, innovation et durabilité. Plusieurs participants ont souligné l’urgence d’adopter des technologies avancées de dessalement, moins énergivores et mieux adaptées aux contextes locaux.

La coopération hydrique transfrontalière est revenue avec insistance dans les débats. Les experts ont plaidé pour un partage élargi de données hydrométéorologiques, un financement accru des infrastructures régionales et une harmonisation des cadres juridiques. La sécurité hydrique, dans de nombreuses régions, dépend d’une gestion collective des bassins partagés.

La culture de l’économie d’eau a également été présentée comme un pilier essentiel. Les panélistes ont mis en avant la nécessité d’une communication grand public visant à sensibiliser les ménages, les agriculteurs et les industriels.

LE PNAM : UNE RÉVOLUTION SILENCIEUSE DANS L’ASSAINISSEMENT

L’un des moments importants du congrès a été consacré à la restitution du Programme national d’assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées traitées (PNAM). Créé en 2005 puis révisé en 2018, ce programme majeur constitue un pilier de la politique hydrique nationale.

L’objectif est ambitieux : atteindre d’ici 2040 un taux de raccordement de 95 % et un taux de dépollution de 80 %, tout en réutilisant plus de 573 millions de m³ d’eau par an. Cette réutilisation est essentielle pour irriguer les espaces verts, alimenter l’agriculture ou stabiliser les nappes.

Selon Tarik Hamane, directeur général de l’ONEE, les résultats sont tangibles : réduction de la pollution, modernisation des infrastructures urbaines, amélioration de la qualité de vie et montée en compétence des opérateurs locaux. Le PNAM a aussi permis de renforcer l’adhésion sociale grâce à une stratégie de communication intégrant l’approche genre.

Pour Catherine Bonnaud, directrice de l’AFD au Maroc, il s’agit d’un programme « exemplaire », qui accompagne la transition hydrique et soutient le développement territorial.

UNE DÉCLARATION POUR UN NOUVEAU PACTE MONDIAL DE L’EAU

Le Congrès se conclura par la Déclaration de Marrakech, un texte stratégique visant à renforcer le lien entre science, politique et action. Cette déclaration marque la volonté collective d’accélérer la coopération internationale et d’encourager la mise en œuvre de solutions innovantes capables de répondre aux défis hydriques mondiaux.

À Marrakech, un consensus s’est imposé : l’eau n’est plus seulement un enjeu environnemental. Elle est devenue un défi géopolitique, social, sanitaire et économique qui conditionne la stabilité des nations et l’avenir des générations.

Le Maroc, grâce à son expertise, sa vision stratégique et sa diplomatie hydrique active, s’est positionné comme l’un des acteurs centraux de cette mobilisation planétaire.

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