Environnement
Oasis de Tata : les seguias, mémoire vivante et enjeu d’avenir pour la gestion de l’eau
Dans les oasis de la province de Tata, les seguias ne sont pas de simples canaux d’irrigation.
Dans les oasis de la province de Tata, les seguias ne sont pas de simples canaux d’irrigation. Elles incarnent un système ancestral de gestion collective de l’eau, façonné par des siècles d’adaptation à un environnement aride. Aujourd’hui fragilisé par le changement climatique et les inondations répétées, ce patrimoine écologique fait l’objet d’un vaste programme de réhabilitation dans la commune de Tamanart, afin de préserver l’équilibre oasien et de garantir la continuité de l’activité agricole.
L’eau au cœur de l’histoire oasienne
Dans le sud-est marocain, la vie humaine et agricole s’est construite autour de la maîtrise de l’eau. À Tata, l’implantation des oasis et leur pérennité reposent depuis toujours sur la gestion des eaux de crue et des nappes souterraines. Les seguias, réseaux ingénieux de canaux à ciel ouvert ou semi-enterrés, ont permis de capter, répartir et optimiser une ressource rare, faisant de l’eau un facteur de stabilité sociale et économique.
Ce système traditionnel ne s’est pas limité à une prouesse technique. Il a structuré l’organisation collective des communautés, imposant des règles coutumières précises pour le partage équitable de l’eau, en fonction des besoins agricoles et des contraintes naturelles.
Une gouvernance collective éprouvée par le temps
La force des seguias réside dans leur mode de gestion communautaire. Chaque agriculteur connaît ses droits et ses devoirs, définis par des usages transmis de génération en génération. Cette régulation fine a permis aux oasis de traverser des périodes de sécheresse comme d’abondance, en ajustant la distribution de l’eau aux réalités climatiques.
Grâce à cette organisation, l’eau est restée un moteur de production agricole, favorisant la culture du palmier dattier et d’autres productions vivrières, tout en assurant une cohésion sociale fondée sur la solidarité et la concertation.
Des fragilités accentuées par le changement climatique
Ces dernières années, l’équilibre oasien a été mis à rude épreuve. Les effets du changement climatique, combinés à des conditions naturelles extrêmes, ont provoqué des inondations dévastatrices dans plusieurs zones de la province de Tata. Les seguias, souvent construites en terre ou en matériaux traditionnels, ont subi d’importants dégâts, perturbant l’irrigation et fragilisant les moyens de subsistance des habitants.
Face à ces défis, la préservation du système traditionnel ne peut plus se limiter à l’entretien coutumier. Elle nécessite des interventions structurées, capables de renforcer les infrastructures tout en respectant l’esprit originel de la gestion collective de l’eau.
Un vaste chantier de réhabilitation à Tamanart
Dans ce contexte, un programme de réhabilitation est en cours dans la commune rurale de Tamanart. Les travaux portent sur la réparation et la consolidation des seguias endommagées, dans le cadre d’un projet plus large dédié à la réhabilitation des zones inondables. L’objectif est double : atténuer les effets du changement climatique et renforcer la résilience des écosystèmes oasiens.
Ce chantier vise à améliorer l’efficacité de la distribution de l’eau de surface, à sécuriser les infrastructures hydrauliques et à garantir la continuité de l’activité agricole, pilier de l’économie locale.
Un investissement structurant pour le développement local
Selon Ahmed Dahbi, ingénieur à la Direction provinciale de l’agriculture de Tata, l’évaluation des dégâts a permis de définir trois axes d’intervention prioritaires : le développement hydro-agricole, notamment la réhabilitation des seguias, un programme de protection contre les inondations et un dispositif de distribution de plants de palmiers dattiers.
Le projet de réhabilitation des seguias de Tamanart mobilise un budget de plus de 16 millions de dirhams. L’état d’avancement des travaux varie entre 20 et 70 %, selon la nature des interventions, traduisant l’ampleur et la complexité du chantier.
Préserver un patrimoine, préparer l’avenir
Au-delà de l’aspect technique, la réhabilitation des seguias s’inscrit dans une démarche de développement durable. Il s’agit de préserver un patrimoine écologique et culturel unique, tout en adaptant ses fondements aux contraintes contemporaines.
En revitalisant ce système d’irrigation ancestral, les pouvoirs publics entendent soutenir la productivité de l’agriculture oasienne, renforcer la sécurité hydrique et maintenir l’équilibre fragile qui caractérise les oasis du sud-est marocain. Les seguias demeurent ainsi un jalon historique et social majeur, mais aussi un levier stratégique pour un avenir oasien résilient.