Attentat contre le candidat Miguel Uribe Turbay en Colombie met le ‘’président Guérillero’’ sur la sellette – Par Assia Makhlouf

Attentat contre le candidat Miguel Uribe Turbay en Colombie met le ‘’président Guérillero’’ sur la sellette – Par Assia Makhlouf

Le climat politique est d’autant plus tendu que le président en exercice, Gustavo Petro, ancien membre du M-19 — le Mouvement du 19 avril —, peine à convaincre qu’il a définitivement rompu avec les pratiques du passé.

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La tentative d’assassinat du sénateur Miguel Uribe Turbay, candidat à l’élection présidentielle colombienne de 2026, a provoqué une vague de condamnations à travers le monde. L’ONU, les États-Unis et plusieurs chancelleries dénoncent une attaque qui illustre le climat politique délétère en Colombie, nourri par une culture de violence héritée d’une histoire marquée par la guérilla et le terrorisme. Au cœur de la polémique : l’ambiguïté du pouvoir actuel, dirigé par un ex-guérillero du M-19, qui peine à rompre avec les méthodes du passé.

Par Assia Makhlouf

Un attentat qui secoue la campagne présidentielle

Samedi 7 juin, en pleine réunion publique à Bogota, le sénateur Miguel Uribe Turbay, figure montante du Centre démocratique (droite) et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2026, a été victime d’une tentative d’assassinat. Un jeune homme de 15 ans, dont les motivations restent à éclaircir, a ouvert le feu, touchant le parlementaire de 39 ans à la tête à deux reprises.

Transporté d’urgence dans un état jugé "très grave", le sénateur se trouve toujours en soins intensifs. Les autorités ont rapidement interpellé l’assaillant, déclenchant une enquête confiée aux services antiterroristes.

L’ONU et les chancelleries condamnent

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a condamné fermement cet "acte déplorable de violence politique". Dans un communiqué diffusé lundi par son porte-parole, le chef de l’ONU a exigé "une enquête approfondie" et appelé à ce que les auteurs soient traduits en justice.

"Rien ne saurait justifier une telle attaque contre un représentant démocratiquement élu et candidat à la magistrature suprême", a-t-il insisté.

De nombreuses capitales ont rapidement emboîté le pas.

Les États-Unis ont condamné "un attentat inacceptable contre la démocratie colombienne", ajoutant dans un communiqué du Département d’État que cet acte est aussi "le résultat d’une rhétorique de gauche violente émanant des plus hautes sphères du gouvernement colombien".

L’Union européenne a exprimé "sa solidarité avec Miguel Uribe Turbay, sa famille et le peuple colombien" et rappelé "l’absolue nécessité de garantir une campagne électorale libre et sécurisée en 2026".

Des réactions similaires sont venues de l’Espagne, du Royaume-Uni, du Canada et de plusieurs pays d’Amérique latine, où l’inquiétude monte quant au climat politique en Colombie.

Une culture de la violence profondément enracinée

Si l’émotion est forte, c’est que cet attentat s’inscrit dans une longue tradition de violence politique en Colombie.

Le pays porte les stigmates de décennies de guerre civile larvée, marquée par l’action des guérillas communistes — au premier rang desquelles les FARC et l’Armée de libération nationale (ELN) — mais aussi par les groupes paramilitaires d’extrême droite.

Plus insidieusement, la culture de la violence a aussi été alimentée par l’héritage du Sentier lumineux péruvien, dont les méthodes de terreur urbaine ont inspiré certains groupes radicaux en Colombie.

Le recours à la violence ciblée contre des figures politiques, des journalistes ou des magistrats reste tristement courant. Rien qu’en 2024, plus de 50 candidats ou responsables locaux ont été menacés ou attaqués, selon l’ONG colombienne Indepaz.

Dans ce contexte, l’attentat contre Miguel Uribe Turbay ravive les craintes d’un nouveau cycle de violences à l’approche des élections.

Un président sous le feu des critiques

Le climat politique est d’autant plus tendu que le président en exercice, Gustavo Petro, ancien membre du M-19 — le Mouvement du 19 avril —, peine à convaincre qu’il a définitivement rompu avec les pratiques du passé.

Le M-19, l’un des groupes les plus redoutés des années 1980, s’était distingué par des actions violentes spectaculaires, dont l’attaque sanglante du Palais de Justice de Bogota en 1985. Bien que le mouvement ait officiellement déposé les armes en 1990, son héritage continue de hanter la scène politique.

Élu en 2022 sur une plateforme progressiste, Gustavo Petro n’a jamais totalement renié son passé de guérillero. Ses opposants l’accusent aujourd’hui d’entretenir une rhétorique clivante et parfois ambiguë à l’égard des groupes radicaux.

Le Département d’État américain ne s’est pas privé de le rappeler, pointant "une atmosphère de polarisation nourrie par les discours présidentiels", et appelant le gouvernement à "clarifier son attachement aux principes démocratiques".

Une démocratie en danger ?

À huit mois de l’ouverture officielle de la campagne présidentielle, l’attentat contre Miguel Uribe Turbay sonne comme un signal d’alarme.

"Cet acte barbare est un avertissement. Nous ne devons pas laisser la violence dicter l’agenda politique", a déclaré l’ancien président Iván Duque.

De son côté, le président Petro a dénoncé "un crime odieux" et promis "une enquête sans complaisance". Mais ses paroles peinent à apaiser les critiques face aux doutes qui planent sur ses vrais desseins et sur sa suspecte fermeté face aux violences politiques.

Dans un pays où la frontière entre militantisme radical et action violente reste poreuse, la classe politique colombienne apparaît plus divisée que jamais.

À l’heure où le pays cherche à consolider son fragile processus de paix, l’attentat de Bogota rappelle que la démocratie colombienne demeure sous la menace persistante des armes.