International
Sénégal : Bassirou Faye lance son parti et acte sa rupture avec Sonko
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye apparaît sur un écran géant avant le début de la cérémonie de lancement de Kiiraay, son nouveau parti, à l'hôtel King Fahd, dans le quartier des Almadies à Dakar, le 25 juillet 2026. (Photo Seyllou /AFP)
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a officiellement lancé, samedi à Dakar, son nouveau parti politique, Kiiraay, les Patriotes républicains. Cette initiative consacre la rupture avec son ancien Premier ministre et mentor Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale et toujours à la tête du Pastef, formation majoritaire au Parlement.
Une nouvelle formation autour du chef de l’État
Réunis dans un grand hôtel de Dakar, plusieurs centaines de responsables politiques, élus locaux, militants et représentants de la société civile ont assisté à la naissance officielle de Kiiraay. Le nom du parti signifie « protection » ou « bouclier » en wolof, tandis que son slogan, « Patriotes républicains », cherche à associer l’héritage patriotique de la majorité actuelle à une orientation plus institutionnelle.
Bassirou Diomaye Faye a présenté cette nouvelle formation comme un cadre politique fondé sur « la République, l’éthique, la transparence, la fraternité et le travail ». Il a également insisté sur le patriotisme, la proximité avec les citoyens et l’engagement en faveur du développement du Sénégal.
La forte affluence a donné à la cérémonie des allures de démonstration de force. Plusieurs sympathisants, n’ayant pu accéder à la salle, sont restés à l’extérieur sous une chaleur intense, brandissant des pancartes et portant des foulards à l’effigie du président.
Selon Aminata Touré, superviseure générale de la coalition Diomaye Président, 437 partis et mouvements auraient décidé de fusionner au sein de cette nouvelle organisation. Un congrès devrait se tenir après la saison des pluies afin de structurer durablement la formation et d’en définir les principales instances.
Une séparation politique désormais assumée
La création de Kiiraay intervient après plusieurs mois de tensions entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Les deux hommes avaient longtemps milité ensemble au sein du Pastef, dont le discours panafricaniste et antisystème avait séduit une large partie de la jeunesse sénégalaise.
Ousmane Sonko avait joué un rôle déterminant dans l’ascension politique de Bassirou Diomaye Faye. Empêché de se présenter à l’élection présidentielle de 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation, il avait soutenu la candidature de son proche allié. Une fois élu, Bassirou Diomaye Faye l’avait nommé Premier ministre.
Le tandem incarnait alors la promesse d’une rupture avec la gouvernance de l’ancien président Macky Sall. Leur campagne reposait sur la transformation économique, la justice sociale, la souveraineté nationale et la lutte contre la corruption.
Mais les divergences se sont progressivement accentuées. Elles auraient notamment porté sur la gestion de l’importante dette publique, les priorités économiques et la conduite générale des affaires de l’État. Le 22 mai, le président a finalement limogé Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre.
Ses alliés l’ont ensuite porté à la présidence de l’Assemblée nationale. Il demeure le chef incontesté du Pastef, qui contrôle 130 des 165 sièges de la chambre unique du Parlement. Cette majorité donne à Ousmane Sonko un poids politique considérable face au président.
Une bataille pour l’héritage du changement
En lançant Kiiraay, Bassirou Diomaye Faye cherche à construire sa propre base politique, distincte de celle de son ancien mentor. « Kiiraay est le parti majoritaire dans ce pays », a-t-il affirmé devant ses partisans, en mettant en avant l’adhésion de maires, de responsables sectoriels et de personnalités issues de la société civile.
Plusieurs militants et cadres du Pastef ont récemment annoncé leur départ pour rejoindre le camp présidentiel. Ce mouvement pourrait accélérer la recomposition de la majorité et ouvrir une lutte d’influence entre les deux formations.
Pour les partisans de Bassirou Diomaye Faye, le nouveau parti doit permettre de concrétiser plus efficacement les promesses de changement formulées en 2024. Certains estiment que les réformes attendues ne pouvaient plus être conduites dans le cadre actuel du Pastef.
La création de Kiiraay est également présentée comme l’aboutissement d’un processus de restructuration engagé en novembre 2025, avec l’objectif de réunir les différentes composantes de la coalition présidentielle dans une organisation unique.
Une institutionnalisation du clivage
La rivalité entre les deux anciens alliés s’est également déplacée sur le terrain institutionnel. Fin juin, l’Assemblée nationale avait adopté un projet de loi destiné à réduire les prérogatives du président, notamment en lui interdisant de diriger un parti ou une coalition.
Cette disposition avait été perçue comme une tentative de limiter la marge de manœuvre de Bassirou Diomaye Faye au moment où celui-ci préparait son nouveau parti. Le Conseil constitutionnel a toutefois invalidé la procédure d’adoption de cette réforme au début du mois de juillet.
La décision a levé un obstacle juridique majeur au lancement de Kiiraay. Elle a aussi confirmé que la confrontation entre le président et le camp Sonko ne relevait plus seulement de divergences personnelles, mais d’une véritable bataille pour le contrôle du pouvoir et de la majorité.
À moins de deux ans de leur arrivée au sommet de l’État, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko incarnent désormais deux pôles concurrents. La création de Kiiraay marque ainsi une étape décisive dans la recomposition du paysage politique sénégalais et ouvre une nouvelle période d’incertitude pour la coalition qui avait porté la promesse de rupture en 2024. (Quid avec MAP et AFP)