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Polémique sur Aïd Al-Adha : le gouvernement sort enfin de son silence, livre ses chiffres et défend sa stratégie – Par Assia Makhlouf

Le ministère de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts Ahmed Bouari
Par Assia Makhlouf
Le chemin de l’enfer est parfois pavé de bonnes intentions. Censée garantir l’approvisionnement en ovins pour l’Aïd Al-Adha et soulager le pouvoir d’achat, la subvention gouvernementale à l’importation suscite aujourd’hui débats et soupçons. Si les autorités défendent un dispositif nécessaire dans un contexte de crise, ses détracteurs dénoncent une mesure coûteuse, peu transparente, et au bénéfice limité pour les consommateurs.
Rabat - Le ministère de l'Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts est enfin sorti de son silence annonçant ses chiffres : le coût total des subventions accordées pour l'importation exceptionnelle d'ovins destinés à l'Aïd Al-Adha en 2023 et 2024 s'élève, affirme-t-il à 437 millions de dirhams (MDH), loin des milliards de avancés par l’opposition et par un parti de la majorité, l’Istiqlal. Cette initiative visait en principe à pallier la diminution du cheptel national due aux conditions climatiques défavorables et à stabiliser les prix des viandes rouges sur le marché national. Mais n’a pas eu, de l’aveu même du ministre délégué au Budget, Fouzi Lekjaa, l’effet escompté.
Selon le communiqué officiel, 193 MDH ont été alloués en 2023 pour l'importation de 386 000 têtes d'ovins, et 244 MDH en 2024 pour 489 000 têtes. Au total, 875 000 ovins ont été importés sur ces deux années. Le ministère précise que 156 importateurs ont participé à cette opération, dont 61 en 2023 et 95 en 2024, tous sélectionnés selon les critères définis conjointement par le ministère de l'Économie et des Finances et le ministère de l'Agriculture.
Cette mesure exceptionnelle s'inscrit dans un contexte marqué par une succession d'années de sécheresse ayant affecté les réserves fourragères et entraîné une réduction significative du cheptel national. Face à cette situation, le gouvernement a adopté une série de mesures pour soutenir le pouvoir d'achat des citoyens, notamment l'exemption de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour plusieurs produits de base et la suspension des droits de douane sur des produits tels que le blé tendre et le bétail. Ces actions ont contribué à stabiliser les prix et à éviter des hausses significatives sur le marché.
Toutefois, ces subventions ont récemment suscité des débats au sein de l'opinion publique et de la sphère politique. Des voix se sont élevées pour questionner le montant total des aides allouées et leur efficacité réelle sur la stabilisation des prix des viandes rouges. Certains estiment que les chiffres avancés par le gouvernement sont sous-évalués et que les subventions auraient principalement bénéficié à un nombre restreint d'importateurs, sans impact significatif sur le pouvoir d'achat des consommateurs.
En réponse à ces critiques, le ministère de l'Agriculture a réaffirmé que la suspension des droits de douane et de la TVA n'a pas eu d'impact négatif sur le budget de l'État, soulignant que les taux appliqués précédemment (200%) avaient pour objectif principal de protéger le cheptel national et ne généraient pas de recettes substantielles pour le Trésor public. Le ministère a également insisté sur le fait que ces mesures ont permis d'assurer un approvisionnement adéquat du marché en viandes rouges, contribuant ainsi à la stabilité des prix et à la préservation du cheptel national.
Néanmoins, des partis de l'opposition continuent de remettre en question la transparence et l'efficacité de ces subventions. Ils appellent à une enquête approfondie pour déterminer si les fonds publics ont été utilisés de manière optimale et si les objectifs fixés ont été atteints. Ces débats reflètent une préoccupation croissante quant à la gestion des ressources publiques et à la nécessité d'une communication gouvernementale plus transparente sur les mesures économiques adoptées.
En dépit de ces controverses, le gouvernement maintient que les subventions à l'importation d'ovins étaient une réponse nécessaire aux défis posés par les conditions climatiques et économiques, visant à protéger le pouvoir d'achat des citoyens et à assurer la disponibilité des viandes rouges lors de l'Aïd Al-Adha. Le ministère de l'Agriculture souligne que l'opération d'importation de bétail reste ouverte, avec la poursuite de la suspension des droits de douane et de la TVA, afin de continuer à soutenir le marché national.