Qui pour se porter volontaire afin d’initier le président algérien à la logique ? – Par Abdelhamid Jmahri

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Abdelmadjid Tebboune, l’inénarrable président de l’Algérie 

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Lorsqu’un chef d’État confond rhétorique politique et contorsions intellectuelles, cela donne une étrange démonstration où la logique fait le grand-écart à chaque bout de phrase. Abdelmadjid Tebboune, président algérien, fait montre d’un art rare de tordre les faits, les évidences et même le bon sens, au point de convoquer la légalité internationale comme témoin imaginaire d’une gêne que lui seul a constatée. Dans cette satire implacable, Abdelhamid Jmahri démonte pièce par pièce une mécanique impossible après à remonter.

Lors d’une rencontre avec la presse diffusée samedi dernier par les chaînes de télévision et les stations de radio algériennes, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déclaré :  

« L’accord entre la France et le Maroc (concernant le Sahara marocain) ne dérange pas l’Algérie, mais le problème réside dans la manière ostentatoire » dont s’est faite l’annonce, car cela gêne les Nations unies et la légalité internationale. »

La logique aurait voulu que l’hôte du palais d’El Mouradia parle de son ire et des réactions, électriques, coléreuses, irascibles, furieuses, furibondes, inquiètes, impulsives, agacées, tendues… qui ont suivi la décision du président français Emmanuel Macron de reconnaître la souveraineté marocaine.

Il aurait été logique, par exemple, qu’il évoque le communiqué publié par son ministère des Affaires étrangères, dirigé par celui qu’il qualifie de « personne très compétente » en qui il a « une confiance totale », en l’occurrence le ministre Ahmed Attaf.

Il aurait été logique aussi qu’il revienne sur ce communiqué dans lequel l’oligarchie du pays voisin exprimait sa « forte condamnation de cette décision inattendue » prise par le gouvernement français.

Et il aurait été tout aussi logique qu’il se souvienne du ‘’rappel immédiat’’ de son ambassadeur suite à la décision de l’Élysée.

Sans oublier la menace qu’il avait brandie à l’époque, à savoir que son gouvernement « tirerait toutes les conséquences de cette décision française, et en tiendrait le gouvernement français seul entièrement responsable ».

Mais puisque la logique n’est manifestement pas le point fort du gouvernement voisin, et que le président ne semble pas personnellement contrarié, il a inventé une autre entité à qui la France aurait causé... de l’inconfort !

Et cette entité, c’est… ‘’la légalité internationale et les Nations unies’’ !

Or, s’il nous est possible d’imaginer certaines manifestations par lesquelles l’ONU exprimerait sa gêne face à la position française — par exemple, une déclaration de son secrétaire général, ou un communiqué du Conseil de sécurité, jusqu’à présent, nous n’en avons absolument aucune trace.

Comment donc Abdelmadjid Tebboune a-t-il su que la légalité internationale était « embarrassée » par cette décision ?  

A-t-il eu un entretien privé avec elle ? Lui a-t-elle envoyé une lettre ? Ou s’agit-il d’une inspiration divine, révélée nuitamment par l’Archange Gabriel émissaire nocturne de cette légalité quasi-céleste ?

  1. Le président algérien affirme également qu’il sait que « la France et le Maroc s’entendent très bien ». Et cela, selon lui, ne le dérange pas, ni lui, ni les siens. Le problème, dit-il, c’est « la manière dont on s’en vante ».

Si l’on suit cette logique toute présidentielle, la reconnaissance aurait dû user d’un silencieux et se faire en douce.  

La lettre d’Emmanuel Macron au Roi du Maroc aurait dû être rédigée à l’encre invisible, et Rachida Dati et Gérard Larcher, qui se sont rendus au Sahara, auraient dû y aller incognito, de préférence de nuit, déguisés comme pour un bal masqué que l’on désigne aussi par « mascarade » de l’italien « mascherata » !  

Ainsi, ce n’est pas la reconnaissance en soi qui pose problème, mais la manière dont la France a exprimé son changement de position historique en faveur du Maroc.

  1. Le président algérien assure aussi qu’il n’est « pas dupe », pas plus que ceux qui gouvernent avec lui ou à travers lui. Il affirme avec assurance qu’il sait « parfaitement que la question de l’autonomie est une idée française avant que nos voisins de l’ouest ne se mettent à la défendre. »

Il est inutile ici de rappeler l’origine marocaine de l’idée d’autonomie, ni son évolution dans la pensée politique du Royaume.  

Pas la peine non plus de revenir aux années 1970 et aux positions des forces politiques (dont l’Union socialiste) qui plaidaient pour un système de décentralisation élargi basé sur des principes démocratiques, sociaux, économiques et culturels.

Tout cela, le président Tebboune n’en a cure. Ce qui importe ici, c’est cette insinuation insultante : que la politique souveraine du Maroc — y compris ce qui concerne son intégrité territoriale — est dictée par la France.

Dans la logique bancale du président Tebboune, se niche ce complexe algérien profond : puisque l’Algérie est une création coloniale française, tout le Maghreb obéirait à la même logique.

L’Algérie, qui se vantait fièrement d’être « un cadeau du colonialisme » et qui revendique sa naissance comme issue du système colonial, voudrait aujourd’hui convaincre son peuple — et ce qu’il lui reste d’alliés — que le Maroc aussi serait soumis à la France.

Nous n’avons aucune envie d’engager un débat logique avec le président Tebboune — lui qui tente d’enfouir la logique dans les sables du désert (soit dit en passant, il est né dans la ville d’El Mechria, province de Naâma, en bon français l’autruche.

Mais, pour mieux comprendre la logique présidentielle, tentons d’en faire une reconstruction :

- L’autonomie est une idée française ;  

- Le Maroc l’a adoptée après coup ;  

- L’Algérie a rappelé son ambassadeur, furieuse que la France reconnaisse une idée… française ;  

- Et, samedi 22 mars, après un an de vives tensions avec Paris, l’Algérie a soudainement réalisé qu’elle n’était pas du tout contrariée;  

- Mais elle l’est, en réalité, parce que l’ONU et la légalité internationale sont gênées ;  

- Ou plutôt, elle est gênée seulement par la façon dont la France s’est vantée de sa reconnaissance.

La conclusion logique aurait dû être :  

« Nous nous sommes trompés. Le dossier relève des Nations unies, et concerne la France et le Maroc. Nous nous engageons à nous en retirer totalement. »

Mais il a préféré une autre logique : rechercher la réconciliation avec Paris, à tout prix.

Même si cela signifie forcer la logique à se plier !

En fin de compte, il apparaît que la logique, chez M. le président, est une méthode systématique pour tomber dans l’erreur (ou la contradiction) ... mais avec calme et assurance !

C’est pourquoi, lorsque nous avons posé la question :  

Qui pour se porter volontaire pour initier le président algérien à la logique ? nous le faisions en toute connaissance de cause : c’est une tâche titanesque, à la confrontation de laquelle même les montagnes s’effondreraient.

Elle exige la patience de Job, l’habileté de David, la force de Salomon, la sagesse de Luqman, le savoir d’Al Khadir, et… l’intercession de notre Prophète Sidna Mohammad (paix et salut sur lui) !

Et pour finir :  

Que Dieu donne patience au Maroc, à son Roi et à son peuple.  

Lui l’omniscient, qui peut tout.