Maitre Ziane, ni révolutionnaire ni traitre, seulement la mauvaise habitude de vivre au-dessus de lois

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Homme sans remords, il n’a qu’un regret, d’avoir un jour croisé, dans une autre vie, le chemin de feu Aziz Belal… Sinon, aujourd’hui, pour Mohamed Ziane il n’y aurait que 15 cas de Covid-19 au Maroc. Peu lui importe qu’en même temps il porte une double protection contre le coronavirus : Une visière et un masque. Dans cette image-oxymore qu’il offre on retrouve tout Ziane, qui ne s’embarrasse jamais de rien. Il est dans son élément et s’il y a un domaine où l’ex-bâtonnier de Rabat ne craint personne, c’est l’excès excessif. Toute sa carrière d’avocat et d’homme politique, il l’a construite sur l’outrance. Proférer la plus grosse des conneries sans rien craindre, ni Dieu ni les hommes. A midi-deux Il est capable d’assurer sans sourciller qu’il est minuit et quart. « Et alors ! » c’est son surnom et son cri de guerre. Lui-même se définit ainsi, « j’en ai » et ce n’est certainement pas à son ventre qu’il pense. Et il en avait le jour où il s’est fait l’avocat du gouvernement contre l’irréductible syndicaliste qui faisait trembler le pays à l’époque, Noubir Amaoui. En face de lui il y avait les avocats de tous les barreaux du Maroc. On ne voyait que des robes noires dans le tribunal de première instance de Rabat et on n’entendait que Ziane. C’était en avril 1992. Noubir Amaoui fut condamné à deux ans de prison ferme dont il purgea quatorze mois au pénitencier de Salé. Mohamed Ziane sera récompensé en 1995 en devenant, pied de nez à l’opposition, le ministre délégué du premier ministère des Droits de l’Homme au Maroc. Là encore il va se distinguer en s’élevant aux cotés du patronat contre la campagne d’assainissement piloté par celui qui était le puissant ministre de l’Intérieur Driss Basri. On le fera sortir du gouvernement par le haut en le faisant démissionner, acte extrêmement rare à l’époque dans les usages de la monarchie marocaine. On raconte qu’il avait un solide parapluie. Réputé proche de Réda Guédira, conseiller personnel de Roi, dont il fut pendant un temps le gendre, Mohamed Ziane va partir en vrille jusqu’à disparaitre de la scène, se contentant de sandwichs politiques tel l’hébergement des diplômés chômeurs dans le siège de son micro-parti. 77 ans et toute sa gorge, il va se découvrir une seconde jeunesse avec les jeunes de la contestation du Rif. Sans gêne parce que sans mémoire, il va rapidement troquer sa robe d’avocat des oppresseurs contre celle de « défenseur des opprimés », avec les mêmes excès de langage. Pendant un temps il fait le bonheur de « sites d’information » animés par de jeunes autoproclamés journalistes pour qui ne comptent que les cilcs et le buzz. En Avril dernier, le même mois où a été condamné Noubir Amaoui 28 ans auparavant, le fils du remuant avocat, soupçonné, en pleine pandémie, d’écouler des masques alternatifs de contrebande, de piètre qualité, a été arrêté et entendu par la police de Casablanca. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre le propos de Mohamed Ziane lorsqu’il déclare à la dernière manifestation des avocats à Casablanca : « je suis le seul à payer le plus cher prix dans l’histoire de ce pays [pour ses idées et ses opinions], alors que je n’ai jamais été ni un révolutionnaire ni un traitre ». Sans doute. Mais réactionnaire prétendument loyal qui avait pris la mauvaise habitude de vivre au-dessus des lois. (NK)

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