Santé
Autisme : agir tôt, accompagner mieux — L’appel de la neuropsychologue Hind Bouamar à la Journée mondiale de sensibilisation

Soutenir, accepter, comprendre l’autisme et les autistes
2 avril, Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme. Mais l’autisme n’est pas l’affaire d’un jour. La neuropsychologue Hind Bouamar appelle à une détection plus précoce des troubles du spectre autistique et à une prise en charge individualisée. Elle insiste sur l’importance d’activités adaptées, de parcours éducatifs personnalisés et d’un accompagnement renforcé des familles pour garantir l’inclusion sociale, scolaire et professionnelle des personnes autistes.
Par Fatine El Fatini - MAP
À l’occasion de la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, célébrée chaque 2 avril, la neuropsychologue Hind Bouamar appelle à une mobilisation collective pour une meilleure prise en charge des personnes présentant un trouble du spectre de l’autisme (TSA), notamment les enfants. Dans un entretien accordé à la MAP, la spécialiste met en lumière les défis persistants, les approches recommandées et les leviers d’intégration pour favoriser le développement et l’épanouissement de ces individus souvent mal compris.
Un diagnostic encore trop tardif et des ressources insuffisantes
Premier constat alarmant : le TSA reste largement méconnu, ce qui entrave sa détection précoce, pourtant essentielle. Les signes d’alerte — comme l’absence de babillage dès 12 mois, de mots à 18 mois ou de phrases simples à 24 mois — sont encore ignorés par de nombreuses familles et parfois même par les professionnels de la santé. À cela s’ajoutent des comportements répétitifs, un isolement marqué, un langage non fonctionnel et des routines rigides, qui constituent autant d’indices souvent repérés trop tard.
« Le diagnostic intervient encore trop souvent à un stade avancé, sans véritable accompagnement structuré, faute de professionnels formés ou de structures spécialisées », déplore Hind Bouamar. Le coût élevé des soins, nécessitant souvent l’intervention de plusieurs spécialistes, est un frein supplémentaire pour de nombreuses familles.
Miser sur les activités personnalisées pour révéler les potentiels
Pour libérer le potentiel des personnes autistes, il n’existe pas de solution universelle. Chaque enfant ou adulte autiste possède un profil unique, avec ses forces, ses centres d’intérêt et ses besoins. D’où l’importance d’une approche individualisée dans le choix des activités : sport, arts, jeux éducatifs, ateliers sensoriels… tous ces outils doivent être adaptés pour encourager la communication, renforcer l’autonomie et développer les compétences sociales et cognitives.
« C’est l’articulation entre un accompagnement thérapeutique structuré et des activités ciblées qui permet un véritable épanouissement », souligne la neuropsychologue.
Intégration sociale : vers une société plus inclusive
Selon Hind Bouamar, la pleine intégration sociale, scolaire et professionnelle des personnes autistes passe d’abord par la formation des professionnels à la spécificité du TSA. Cela implique également le développement de centres d’intervention précoce et des parcours éducatifs adaptés, avec la présence d’auxiliaires de vie scolaire et de référents spécialisés.
Les environnements doivent être pensés pour accueillir les profils neurodivergents : bruit, lumière, contacts physiques… autant de facteurs à ajuster pour éviter les comportements de repli ou de détresse.
L’accompagnement des familles joue aussi un rôle fondamental. La mise en place de structures d’écoute et de guidance parentale est essentielle pour soutenir les proches dans leur parcours et pour assurer la continuité des efforts thérapeutiques à la maison.
Une responsabilité collective
La neuropsychologue insiste : faire progresser la cause de l’autisme n’est pas uniquement l’affaire des spécialistes ou des familles concernées. C’est un enjeu de société, un appel à bâtir un modèle plus inclusif, plus humain et plus respectueux des différences.
À l’heure où la diversité cognitive gagne en reconnaissance, cette Journée mondiale de sensibilisation nous rappelle qu’il est urgent d’écouter, comprendre et agir, pour que chaque enfant, chaque adulte autiste puisse trouver sa place, sans compromis sur sa dignité ni sur ses aspirations.